"NIAMEY ACCUSE, COTONOU REPOND. ENTRE VERITE POLITIQUE ET  DEVOIR DE FRATERNITE : DEUX ÉTATS, DEUX GOUVERNEMENTS, UN MEME HERITAGE", tel est l'intitulé de cette chronique.


Dans l’histoire des peuples, surviennent des moments où le sens élevé de la responsabilité commande de regarder au-delà des passions immédiates pour retrouver ce qui demeure essentiel : la paix et la fraternité entre les peuples. 

Et dans une Afrique de l’Ouest déjà éprouvée par les crises politiques, les violences armées et les fractures diplomatiques, le moindre soupçon peut devenir une étincelle, et la moindre accusation, peut creuser entre les peuples des fossés que l’Histoire avait pourtant pris des générations à combler. 


AU NOM DE LA GÉOGRAPHIE HUMAINE ENTRE LES PEUPLES DU NIGER ET DU BÉNIN...

Surtout lorsqu’il s’agit de deux pays voisins, la prudence ne saurait être l’expression d’une faiblesse congénitale. Elle devient une nécessité. Car les gouvernements peuvent changer, les régimes peuvent évoluer, les relations diplomatiques peuvent connaître des turbulences ; mais les peuples, eux, demeurent avec leur histoire, leurs échanges, leurs familles, leurs solidarités et cette géographie humaine que les frontières ne parviennent jamais totalement à enfermer.

C’est pourquoi, alors que la tension monte à nouveau entre deux États voisins comme le Bénin et le Niger, une question devrait toujours précéder toutes les autres :  sommes-nous en train de protéger les peuples ou de les exposer davantage aux conséquences de nos querelles ? 

Nelson Mandela disait : « Le ressentiment, c’est comme boire du poison et espérer que l’autre meure. ». Une formule qui résonne avec une singulière actualité dans une région où les blessures politiques sont encore nombreuses et où aucune nation ne peut raisonnablement souhaiter l’effondrement de son voisin sans en subir lui-même, tôt ou tard, les contrecoups.

C’est dans cet esprit qu’il faut regarder aujourd’hui la controverse qui oppose à nouveau le Niger et le Bénin. Car au-delà des accusations et des démentis, au-delà des postures et des susceptibilités diplomatiques, demeure une vérité plus profonde : les peuples du Niger et du Bénin sont aussi deux communautés appelés à vivre avec leur géographie, leurs histoires et leurs intérêts communs. 

Et dans ces temps de turbulences, une conviction doit rester intacte : la paix d’un voisin n’est jamais une menace pour soi ; elle est une garantie de stabilité pour tous. 

C’est donc avec la sérénité de ceux qui acceptent le dialogue et la fraternité, qu’il faut entendre et comprendre la position de Cotonou. 

Oui le Niger accuse. Mais le Bénin dément. Et dans cette nouvelle séquence de brume à l’horizon, une question s’impose : allons-nous continuer de laisser les querelles des États devenir finalement les querelles des peuples ? 


...LE DÉMENTI DE WILFRIED HOUNGBÉDJI 

La réponse du Bénin est nette et sans ambiguïté. Par la voix de son ministre porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, Cotonou affirme son opposition à toute tentative de faire vaciller le Niger. 

Le Bénin dit : «Nous ne voulons pas de la déstabilisation du Niger. ». Le Bénin dit : « Nous ne sommes pas les ennemis du peuple nigérien. ».

Le Bénin dit : « Nous voulons vivre en paix avec notre voisin. ».

Le Bénin dit : «Nous n’avons aucun intérêt à voir le Niger sombrer dans le chaos.».

Des phrases courtes. Mais lourdes de sens. Car dans une région déjà éprouvée par le terrorisme, c’est parfois jeter une étincelle dans une poudrière que de laisser de nouvelles pépinières de division s’enraciner dans le terreau. 

Or l’Afrique de l’Ouest n’a plus besoin d’étincelles. Elle a besoin de lumière.

Le Bénin n’a aucun intérêt à voir le Niger s’effondrer. Wilfried Léandre Houngbédji l’a réaffirmé haut et fort, puis a semblé indiquer qu’il faut regarder la géographie avec les yeux de la raison. 

Le Niger n’est pas une île. Le Bénin non plus. Entre le Bénin et le Niger, il n’existe pas seulement une frontière tracée sur une carte. Et c’est précisément cette réalité que rappelle le ministre porte-parole du gouvernement béninois : « Ce sont nos frères, ce sont nos parents, les populations sont les mêmes de part et d’autre des frontières et nous avons vocation à coexister pacifiquement pour le bien de nos pays, pour le bien de nos populations. ».

De sorte que, quand le Niger souffre, le Bénin ne peut pas faire semblant de ne pas entendre. Quand le Niger est déstabilisé, le Bénin ne peut pas considérer que la crise s’arrêtera miraculeusement à la frontière. 

Car les crises n’ont pas de passeport. La violence ne demande pas de visa. Le terrorisme ne respecte pas les frontières. La pauvreté ne connaît pas les postes de contrôle. Et les populations déplacées ne demandent pas à la géographie où elles ont le droit de chercher refuge. 

Alors pourquoi le Bénin souhaiterait-il la déstabilisation du Niger ? Quel intérêt aurait Cotonou à voir s’embraser un pays limitrophe ? 

Quel bénéfice pourrait tirer le Bénin du chaos chez son frère d’à côté ? Aucun ! répond Cotonou. Parce que lorsqu’un voisin tombe dans le précipice, la sagesse n’est pas de le pousser. 

Elle consiste à lui tendre la main.

Autant de réflexions cartésiennes de haute portée spirituelle et philosophique, que soulève la précieuse intervention de Wilfried Léandre Houngbédji. S’il y a des moments où le silence devient coupable, il y a aussi des moments où parler devient un devoir. Le Bénin a parlé. Il a parlé clairement. 

Et voilà qui devrait suffire à remettre les pendules à l’heure. Car pour le Bénin, lorsqu’un pays s’effondre, les conséquences ne restent jamais enfermées derrière ses frontières. Alors, quel bénéfice le Bénin pourrait-il tirer d’un Niger déstabilisé et fragilisé ? 

Ces deux pays ne sont pas des adversaires naturels. Ils sont voisins par la géographie, frères par l’histoire et profondément liés par leurs peuples. 

Il y a donc lieu de lancer ce vibrant appel : ne laissons pas les accusations incendier ce que l’histoire a patiemment construit. Ne transformons pas le voisin en ennemi. Ne transformons pas le frère en suspect. Le Niger a besoin de paix. Le Bénin a besoin de paix. 

Toute l’Afrique de l’Ouest a besoin de paix. Alors, moins de murs. Et davantage de ponts. Car comme nous l’enseignait encore Léopold Sédar Senghor, l’avenir de l’Afrique ne peut pas être construit dans le rejet de l’autre. Notre avenir sera partagé ou il sera fragile. 

C’est pourquoi il faut prêter oreille à la parole de Cotonou, qui mérite d’être entendue au-delà du tumulte diplomatique. Ce n’est pas seulement une posture de courtoisie. C’est aussi une exigence de bon voisinage : le Bénin ne se rendra pas complice de la malice de la violence contre le Niger a martelé Wilfried Léandre Houngbédji.


Alors, à nos frères nigériens : le Bénin ne fera jamais de la violence contre le Niger un instrument de sa politique, à en croire le ministre porte-parole du gouvernement du Bénin. Les peuples béninois et nigérien méritent mieux. 

Le grand écrivain nigérian Chinua Achebé nous rappelle, que lorsqu’un conflit déchire une communauté, ce ne sont pas seulement les protagonistes qui souffrent. C’est tout le tissu social qui se fissure.

Ô Bénin ! Ô Niger ! Que la sagesse de nos peuples soit plus forte que les tempêtes de la politique. Ne laissons surtout pas les frontières nous séparer, quand l’histoire nous commande de vivre ensemble. Que Cotonou et Niamey se parlent. 

Que les peuples se rapprochent.

Enfin que la fraternité triomphe de la division !


lafriqueenmarche du 7 septembre 2026 No 1252