Lisez désormais tous les vendredis l'analyse de Yacine HASSAN sur un sujet de géopolitique.
Il y a eu la saisie par le Niger du stock d'uranium de la société française "Orano". Il y a eu ensuite un contentieux entre le Niger et ladite société devant la Cour d'arbitrage. Alors que tous les observateurs avisés s'attendaient à ce que l'uranium saisi soit vendu à la Russie, contre toute attente, c'est une société de Roumanie qui a signé un contrat avec le Niger, c'est une société roumaine qui a misé. Quels sont les dessous de cette vente à cette société roumaine ?
URANIUM NIGÉRIEN, GRAND COUP D'UNE SOCIÉTÉ ROUMAINE
Le nom de cette société roumaine est "Nuclearelectrica" SA, filiale de "Feldioara Nuclearelectrica").
Pour acheter l'uranium nigérien, la société roumaine s'est donc positionnée
C'est une entreprise semi-publique de Roumanie chargée du secteur de l'énergie nucléaire qui exploite la centrale nucléaire de Cernavodă dont le PDG a nom Cosmin Ghiță.
VOLUME CONCERNÉ ET VALEUR ESTIMÉE
La compagnie a manifesté un intérêt ferme pour acquérir 300 tonnes de concentré d'uranium (communément appelé yellow cake). Ce qui représente environ un tiers du stock bloqué à l'aéroport de Niamey.
La transaction potentielle est évaluée à environ 40 millions de dollars.
CLIMAT DU CONTENTIEUX AVEC "ORANO"
Cet accord d'achat fait suite à la décision du régime de Tiani de nationaliser la mine de la Somaïr et de rompre ses liens historiques avec l'entreprise française "Orano" afin de diversifier ses partenaires internationaux.
Bien qu'un intérêt ferme et un accord préliminaire aient été établis, des blocages juridiques de la part d'Orano (en procédure d'arbitrage international), en occurrence le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). Ce qui
complique la finalisation définitive du contrat avec la société roumaine.
POURQUOI UNE SOCIÉTÉ ROUMAINE ET NON RUSSE COMME ROSATOM ?
Le positionnement d'une société étatique roumaine, "Nuclearelectrica" SA, pour acheter une partie de l'uranium nigérien, s'explique par une stratégie de contournement juridique et diplomatique visant à débloquer une situation critique aussi bien pour "Orano" que pour Niamey.
Bien que le Niger se soit fortement rapproché de la Russie depuis l'avènement du régime Tiani, le pays de Poutine par le truchement du géant russe "Rosatom" a évité d'acheter le stock saisi.
En effet, dès la saisie du stock, le groupe français "Orano" a initié un blocage judiciaire majeur pour empêcher (l'ex-Somaïr) qui retient plus de 1000 tonnes de concentré d'uranium (yellowcake) à l'aéroport de Niamey de vendre le stock saisi.
Le groupe français a donc saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI).
Ce dernier a interdit formellement au Niger de vendre ce stock à des tiers tant que le litige financier n'est pas réglé.
Acheter directement cet uranium allait exposer la Russie à de lourdes poursuites internationales pour recel ou transport illégal.
La Russie s'est abstenue et a eu raison de le faire. Quelle sera l'issue de ce dossier très sensible ? On attend de voir.
L'Afrique en marche du 2 octobre 2026 No 1264

