Alors que les États-Unis ont mené des frappes aériennes sur le sol nigérian le 25 décembre, le gouvernement fédéral d’Abuja adopte une attitude prudente et réservée face à l’opinion nationale et internationale.
Après plusieurs heures d’incertitude et de réaction diplomatique, les autorités nigérianes semblent privilégier une stratégie d’apaisement plutôt que d’escalade après le bombardement décidé par Trump.
La stratégie du gouvernement de Tinubu consiste à observer un silence calculé après l’opération américaine. En effet, l'intervention militaire américaine, présentée par Washington comme une opération ciblée contre des cellules de l’État islamique dans le nord-ouest du Nigeria, a suscité de vives réactions au Nigeria.
Pourtant, contrairement aux attentes de certains observateurs, le gouvernement nigérian n’a pas condamné fermement l’action ni pris de position agressive contre les États-Unis.
...STRATÉGIE DE PROFIL BAS
Dans une brève déclaration officielle, le ministre des Affaires étrangères a simplement confirmé que : « Des opérations conjointes avaient eu lieu dans le cadre de la lutte contre le terrorisme tout en appelant à un dialogue renforcé entre Washington et Abuja pour éviter toute mésentente...».
Aucune critique ouverte envers l’intervention n’a été formulée. Cette approche est un choix politique important pour éviter une crise diplomatique avec les USA.
Des analystes politiques à Abuja expliquent ce silence stratégique par la volonté du gouvernement de préserver les relations avec une puissance alliée essentielle en matière de sécurité.
Les efforts de coopération entre les forces armées nigérianes et leurs homologues américains dans la lutte contre les groupes armés violents, s’étendent sur plusieurs années. Dès lors, une rupture diplomatique pourrait menacer le soutien logistique et le partage de renseignements dont dépend encore une partie de l’appareil sécuritaire nigérian.
Le Nigeria ne veut pas transformer un événement ponctuel en une crise diplomatique majeure. Le gouvernement du Nigeria priorise d’abord la sécurité du pays et la lutte contre les extrémistes.
DES VOIX ACERBES...
Ce silence gouvernemental n’est pas partagé par toute la classe politique nigériane. Plusieurs députés de l’opposition ont demandé à Abuja de clarifier la nature exacte de l’accord qui a permis aux forces américaines d’opérer sur le territoire national.
Certains leaders religieux et organisations de la société civile exigent également plus de transparence. Ceci est d'autant plus nécessaire afin que l’intervention n’ouvre la voie à d’autres actions étrangères sans consultation préalable.
Dans les rues d’Abuja et de Lagos, les réactions des citoyens oscillent entre incompréhension et inquiétude et tous appellent à la paix.
Le Nigeria privilégie une communication prudente. Lors d’échanges téléphoniques avec plusieurs partenaires africains et occidentaux, des responsables nigérians, ont insisté sur la nécessité d’une approche coordonnée contre le terrorisme, sans pour autant faire de commentaires tranchés sur des opérations spécifiques.
Cette attitude mesurée reflète la volonté du gouvernement de ne pas compromettre ses engagements multilatéraux, notamment au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et des Nations unies.
Il faut gérer une opinion publique potentiellement sensible à la perception d’une ingérence étrangère.
...À L'HORIZON
Au-delà de l’instant présent, cette posture gouvernementale pourrait avoir des conséquences sur la crédibilité et la perception du leadership nigérian.
Des experts en relations internationales préviennent qu’un manque de communication claire peut alimenter des théories de méfiance accrue envers les institutions publiques, surtout dans le contexte d’une Nation confrontée à des défis sécuritaires persistants.
Une stratégie qui pourrait s’avérer payante à court terme, mais qui devra être clarifiée si la population nigériane exige une plus grande transparence sur la gestion de sa propre sécurité nationale.
Pour l’instant, le gouvernement d’Abuja préfère garder le silence, pour privilégier la stabilité diplomatique et la coopération stratégique que des prises de position radicales.
Wilfried GBÊGAN correspondant au Nigeria
lafriqueenmarche du 26 décembre 2025 No 1076
