La Chronique Inter de Salifou DIAGNE
Le boycott des élections communales au Cameroun en 2020 par Maurice Kamto et son parti le MRC, lui a été préjudiciable. Entre autres, c'est l'une des raisons de la mise à l'écart de sa candidature. Après cet événement au Cameroun, quels enseignements les opposants africains doivent-ils en tirer?
La décision du Conseil constitutionnel camerounais d’écarter la candidature de Maurice Kamto, est encore fraîche dans la mémoire collective africaine.
Maurice Kamto, leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), mais coopté par le Manidem pour l’élection présidentielle d’octobre 2025 a été mis à l'écart pour : « Irréguliers administratives et juridiques.», selon le Conseil constitutionnel.
BOYCOTT DES ÉLECTIONS...
Les observateurs avertis ne sont pas dupes. Tous ont compris que c'est une manœuvre destinée à éliminer un rival sérieux face au président sortant, Paul Biya.
Ce scénario à la camerounaise n’est pas isolé sur le continent africain. Au Tchad, en Guinée ou encore au Bénin, des figures de l’opposition ont déjà été exclues du jeu électoral par des moyens juridiques ou administratifs. Comparaison n'est pas raison, surtout que dans les trois cas à peine évoqués, il n'y a pas eu préalablement boycott d'élections.
La question demeure : « Les opposants africains doivent-ils boycotté les élections même s'ils sont persuadés que le processus est un simulacre ? Doivent-ils boycotté les élections quand le boycott s'avère être un outil à double tranchant? ».
Alors que certains opposants sur le continent maintiennent la stratégie du boycott face à des scrutins jugés verrouillés, d’autres y voient un piège politique qui risque de marginaliser davantage les forces contestataires.
Face aux codes électoraux verrouillés et autres tripatouillages déjà orchestrés, certains partis de l'opposition optent pour le boycott. Par leur décision, ils espèrent ainsi délégitimer le scrutin. Ce fut le cas de Moïse Kamto et de son parti le MRC au Cameroun.
Mais l’expérience montre que cette stratégie, peut au contraire renforcer le pouvoir en place. Les élections se tiennent malgré tout, et les opposants absents perdent une tribune précieuse.
...COUTEAU À DOUBLE TRANCHANT ?
Même si le boycott reste un outil de contestation légitime, même si le processus électoral est manifestement biaisé, le boycott devient un couteau à double tranchant.
En effet, le boycott équivaut à céder du terrain sans combattre. Le cas camerounais, avec la mise à l’écart de Maurice Kamto, pourrait bien devenir un tournant dans la réflexion stratégique de l’opposition sur le continent.
L’affaire Kamto rappelle que l’opposition africaine doit réfléchir à des stratégies plus robustes.
Ils doivent savoir mobiliser une base populaire massive afin de projeter une alternative politique concrète.
Face aux codes électoraux verrouillés, il leur revient de construire des coalitions solides afin de peser davantage face aux partis au pouvoir.
Anticiper les obstacles juridiques et savoir garder une pression continue sur les institutions électorales doivent être entre autres des atouts pour éviter l’effacement politique.
En cette fin 2025 et en 2026, de nombreux scrutins sont à l'horizon en Afrique. Que doivent faire désormais ceux qui appellent au boycott des élections sur le continent? Le débat est davantage ouvert.
lafriqueenmarche du 13 août 2025 No 975


