La Chronique internationale de Salifou DIAGNE
La succession à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), place Emmanuel Macron dans une position diplomatique délicate. Il est coincé entre les ambitions de la République démocratique du Congo (RDC) et la volonté de reconduction du Rwanda. Que fera-t-il entre ces deux fronts qui se regardent en chiens de faïence ?
Pour être élu secrétaire général de l'OIF, l'onction du président français est obligatoirement requise. Il en est ainsi depuis l'avènement de cette institution. On est pas secrétaire général de l'OIF sans le président français en exercice.
Et cette fois-ci encore, il n'y aura pas un nouveau secrétaire général sans l'aval du président français. Dans cette perspective, tout à laisse à croire que Emmanuel Macron sera confronté à une foire d'empoignes.
En effet, entre la RDC et le Rwanda, un duel diplomatique est grandement ouvert. Le poste de secrétaire général de l'OIF, traditionnellement attribué par consensus, fait l'objet d'une rivalité frontale pour le sommet de novembre 2026 au Cambodge.
ENTRE TSCHISEKEDI ET KAGAMÉ, DES ÉQUATIONS POUR MACRON
Le Rwanda, le 12 janvier 2026, a officiellement annoncé la candidature de Louise Mushikiwabo pour un troisième mandat. Le pouvoir de Kigali met en avant les réformes de gouvernance et de transparence financière entreprises depuis 2019.
Une candidature qui n'est pas du goût de la RDC. Dès lors, le régime de Kinshasa, a officialisé annoncé dans la nuit du 26 au 27 février 2026, la candidature de Juliana Amato Lumumba, fille du héros de l'indépendance Patrice Lumumba. Dès lors, pour la RDC, plus grand pays francophone au monde, elle entend "s'interposer" face à la candidature rwandaise pour incarner un "nouveau souffle".
Entre le RDC et le Rwanda, le président français doit naviguer entre plusieurs impératifs contradictoires. D'abord, il y a la puissance démographique de la RDC. En effet, lors d'un tête-à-tête à l'Élysée le 25 février 2026, Félix Tshisekedi, a directement soumis cette candidature à Emmanuel Macron.
Le président français sait qu'après des tensions liées à une "omission" à Villers-Cotterêts lors du dernier sommet de la Francophonie en France, son silence initial sur la crise à l'Est de la RDC, interprétée comme une omission coupable, n'est plus une tactique possible. Pour Macron, il faut tout faire pour ne plus fâcher Kinshasa.
Emmanuel Macron est confronté à un dilemme élyséen. Il doit condamner les velléités territoriales du M23 sans fragiliser une alliance avec le Rwanda, pilier de la nouvelle architecture sécuritaire française en Afrique.
Emmanuel Macron, après avoir soutenu le Rwanda en 2018, pour ce poste confié à Louise Mushikiwabo, est aujourd'hui, face à ces deux candidatures.
Si Macron décide de soutenir la candidature de la Rwandaise pour un 3 ème mandat, c'est qu'il va se mettre à dos, le poids des chiffres de la première puissance démographique de l'OIF (la RDC avec ses 100 millions d'habitants qui parlent français).
FUNAMBULISME DE MACRON ?
Dans l'arène feutrée de la Francophonie, Emmanuel Macron, pourrait s’adonner à un exercice de haute voltige diplomatique, une danse sur un fil où chaque mot pèse le poids d’une influence géopolitique avec ou sans mutation.
Entre la République démocratique du Congo (RDC), premier bassin de locuteurs francophones au monde, et le Rwanda, partenaire stratégique dont la figure de proue, Louise Mushikiwabo, dirige le secrétariat général de l’OIF, le président français, tentera l’impossible synthèse, avec un jeu d'équilibre.
D'un côté, Macron réaffirmera son attachement à la souveraineté congolaise, refusant tout double standard face aux agressions de ce pays.
De l'autre, il pourrait maintenir un lien privilégié avec Paul Kagame, voyant dans le Rwanda, un modèle de résilience et d'efficacité militaire.
ISSUE DE SECOURS
Emmanuel Macron, face à ces équations, avec le soutien de ses autres pairs de la Francophonie, pourrait recourir à un mode opératoire pour renvoyer dos-à-dos, la RDC avec la force symbolique de sa puissance démographique et le Rwanda avec son label sécuritaire.
L'OIF va-t-elle devenir un terrain de jeux minés par une diplomatie d'équilibre?
Comme on le voit, Emmanuel Macron est sur une corde raide, car le prochain sommet de la Francophonie s'annonce comme celui des paradoxes.
À titre de rappel, le calendrier de l'élection affiche deux dates importantes. D'abord en avril 2026, c'est la date limite pour le dépôt officiel des candidatures.
Ensuite, en novembre 2026, au Cambodge, c'est la date de l'élection finale du nouveau secrétaire général de l'OIF lors du Sommet de la Francophonie
L'Afrique en marche du 9 mars 2026 No 1133


