La Chronique internationale de Salifou DIAGNE

Franck Nyamsi, l'éminent professeur agrégé de philosophie en France, de nationalité camerounaise et qu'on ne présente plus, a ses comptes bancaires désormais bloqués par le pouvoir Macron. Pourquoi une telle décision si radicale de la part de Paris ? Comment interpréter ce Bâillon de la bien-pensance?

Le gouvernement français a officiellement ordonné le gel des avoirs de Franklin Nyamsi alias "Nyamsi Wa Kamerun Wa Afrika".

C'est un arrêté officiel daté du 10 février 2026, signé conjointement par le ministre de l'Intérieur et celui de l'Économie de France, qui ordonne le gel de ses fonds et ressources économiques pour une durée de six mois. La décision a été publiée au Journal officiel (Légifrance) le 10 février 2026. 

Quel est le motif invoqué pour une telle extrémité?   Cette sanction s'inscrit dans un cadre de lutte contre l'ingérence étrangère. En effet, ce professeur agrégé de philosophie et militant panafricaniste, est très critique envers la politique française en Afrique. Mieux, il anime régulièrement des conférences sur la géopolitique du Sahel. 

Cette mesure interdit à toute personne ou entité de mettre des fonds à sa disposition ou de faciliter l'utilisation de ses ressources en France. 

SPARADRAP SUR LA BOUCHE 

Cette décision radicale du gouvernement français, a surpris plus d'un.

En dépit du ton éloquent, incisif et analytique du professeur Nyamsi, cette décision souligne le paradoxe entre les valeurs prônées par la France des libertés et particulièrement la liberté de presse. 

Malheureusement, la France franchit le rubicon avec la réalité des sanctions appliquées à la liberté d'expression de cet intellectuel.

Et nous voici avec le bâillon de la bien-pensance. En effet, pour le pouvoir Macron, l'influence pro AES du professeur Nyamsi n'est que de la dissidence. Le verdict est donc tombé, froid comme une sentence de tribunal d'exception. Cette sanction frappe celui dont le seul crime est d'avoir brisé le miroir des faux-semblants. 

Dans ce grand théâtre de la liberté d’expression dont la France se veut le metteur en scène souverain, nous découvrons aujourd'hui le raccourci du système bâillon contre le professeur Nyamsi.

On nous vante un espace de liberté ouvert, une agora universelle où chaque voix compte. Pourtant, dès qu’une parole s’écarte du script préétabli, dès qu’un intellectuel refuse de se plier aux dogmes de la pensée circulaire, la machine à exclure se met en marche. 

Cette sanction n'est plus une mesure de régulation ; elle est un instrument d'une Inquisition moderne. Pourquoi ce bannissement du professeur Nyamsi ? Parce qu’il dérange Il bouscule le confort des certitudes, il expose les doubles standards et il refuse de valider une vision du monde dictée par une France  moralisatrice. 

En sanctionnant ce grand penseur, la France ne protège pas ses valeurs. Elle avoue sa propre fragilité. Elle  démontre qu'il ne sait plus débattre, mais seulement abattre. On l'accuse de « désinformation » ou de « dangerosité », termes élastiques que l’on étire au gré des intérêts du moment. Pourtant, la véritable dangerosité réside dans ce précédent fumeux : l’idée que l'Etat français puisse décider, de manière arbitraire, de qui a le droit d’exister sur la place publique mondiale.

Si la liberté ne vaut que pour ceux qui disent « OUI », alors elle n'est qu'une parodie de liberté. 

En tentant d'éteindre une voix qui lui déplaît, la France donne à son adversaire la plus belle des confirmations : celle d'avoir touché juste. Car on ne cherche à faire taire que ceux qui portent une vérité qu'on ne sait plus réfuter.

Aujourd'hui, ce n'est pas seulement un homme que l'on sanctionne, c'est le droit à la critique que l'on assassine. Si la France méditait mieux ce que l'histoire nous enseigne, une leçon que les censeurs oublient toujours?  « Plus on tente d'étouffer un souffle, plus il se transforme en tempête du double standard et non de souveraineté.».

L'Afrique en marche du 19 février 2026 No 1120