Le Rapport 2026 de l'ONG Reporters sans frontières (RSF) sur l'exil des journalistes, publié à l'occasion de la Journée internationale des réfugiés le 20 juin dernier, tire la sonnette d'alarme sur l'augmentation dramatique du nombre de professionnels des médias africains contraints de fuir leur pays.

Face à une répression croissante, l'organisation s'inquiète des conditions extrêmement précaires de vie pour les journalistes réfugiés.

L'engrenage de l'exil des journalistes en Afrique a son épicentre dans les Grands Lacs. Le rapport thématique "Dans la peau d’un journaliste dans les Grands Lacs" révèle que près de 500 professionnels ont été détenus en 10 ans dans cette zone. 

En République démocratique du Congo (RDC), la guerre à l'Est prend les journalistes en étau entre le groupe rebelle M23 et l'armée régulière. Ce qui pousse des dizaines de journalistes à l'exil sécuritaire.

On a ensuite le tour de vis au Sahel. Au Niger, un pays qui subit une lourde chute au Classement mondial RSF 2026, au Mali et au Burkina Faso, l'instrumentalisation des lois sur la "sécurité nationale" par les régimes militaires pousse les voix indépendantes vers la sortie.

On a encore les régimes hermétiques. C'est le cas de l'Érythrée (systématiquement dernière du classement) ou Djibouti. 

Dans ce dernier pays, la peur d'un emprisonnement arbitraire sans procès à perpétuité maintient une dynamique de fuite continue vers l'extérieur.

NOMBREUSES INQUIÉTUDES 

RSF a documenté surtout la répression transnationale. En effet, les journalistes ayant traversé les frontières ne sont plus en sécurité. En effet, les services de renseignement de leur pays d'origine continuent de les traquer ou de menacer leurs familles restées sur place.

Il faut ensuite déplorer la précarité administrative et financière. En effet,  l'accès au statut officiel de réfugié est entravé par des barrières linguistiques et des lenteurs bureaucratiques qui maintiennent ces professionnels dans une totale instabilité économique.

Le deuil professionnel est également identifié.  En effet, faute de structures d'accueil adéquates et d'autorisations de travail, une immense majorité de ces reporters est contrainte d'abandonner le métier..Ce qui engendre de vastes "déserts d'information" dans leurs pays d'origine.

RECOMMANDATIONS DE RSF

L'ONG recommande de manière urgente la  préservation du droit international à l'information.

Reporters sans frontières exhorte les États d'accueil et les bailleurs à agir sur trois axes fondamentaux.

D'abord, il s'agit de pérenniser les fonds d'urgence. En effet, il s'agit d'augmenter les dotations structurelles et durables des programmes d'aide (comme Journalism in Exile Fund) plutôt que des financements éphémères par projet.

Ensuite, il est question de créer des incubateurs de médias..Il faut financer et déployer des espaces de coworking dotés d'outils de production et de mentorat (à l'image du pôle Voix en exil développé en France). Ce qui permettra aux rédactions africaines exilées de continuer à émettre.

Enfin, il faut aussi faciliter l'intégration légale en mettant en place des visas humanitaires spécifiques, pour simplifier l'enregistrement juridique des médias en exil et leur accorder des exonérations fiscales durant leurs premières années d'installation.

Enerst DJONKEP depuis Yaoundé (Cameroun) 

L'Afrique en marche du 23 juin 2026 No 1209