Intitulée : " Chers mathématiciens africains, chers amoureux des nombres et de la rigueur ", cette tribune du chasseur de rats et expert en géostratégies disruptives, Samuel Kamé-Domguia à l'occasion du célèbre "Pi Day", fait remarquer que l’Afrique est l’un des grands berceaux de la pensée mathématique. Lisez ci-dessous l'intégralité de sa réflexion. L'expert est auteur d'un livre mémorable : « L’Afrique au cœur de la science : De l’Antiquité aux révolutions technologiques » (2025, 716 pages).

Chers mathématiciens africains, Chers amoureux des nombres et de la rigueur, 

En ce 14 mars, Journée internationale des mathématiques, le célèbre Pi Day, proclamé par l’UNESCO,  je voudrais adresser mes salutations fraternelles à tous les matheux africains.

Cette date, notée 3/14, 14e jour du 3e mois, évoque les premières décimales du nombre π (3,14), constante fascinante qui gouverne la géométrie du cercle et accompagne l’humanité dans sa compréhension du monde depuis des millénaires.

Mais cette journée est aussi l’occasion de rappeler une vérité historique souvent oubliée : l’Afrique est l’un des grands berceaux de la pensée mathématique mondiale.

Des scribes de l’Égypte antique qui résolvaient déjà des problèmes d’algèbre et de géométrie il y a plus de trois millénaires, aux savants d’Alexandrie qui ont structuré la géométrie classique, jusqu’aux universités savantes de Tombouctou où l’on enseignait astronomie et calcul dans le Sahel médiéval, l’histoire des mathématiques porte une empreinte africaine profonde.

Mais cette intelligence mathématique ne s’est pas seulement exprimée dans les manuscrits et les écoles savantes.

Elle s’est également inscrite dans les formes mêmes des sociétés africaines.

Les recherches contemporaines ont montré que de nombreuses architectures traditionnelles africaines — dans l’organisation des villages, des concessions et des palais — obéissent à des logiques fractales, c’est-à-dire des structures géométriques où un motif se répète à différentes échelles.

Ces principes que la science moderne appelle aujourd’hui mathématiques fractales étaient déjà présents dans des pratiques spatiales et esthétiques ancestrales.

On retrouve cette même logique dans certains arts textiles africains.

Au Cameroun, par exemple, les motifs géométriques du Ndop Bamiléké révèlent une remarquable maîtrise de la symétrie, de la répétition et de la variation des formes, autant de principes mathématiques qui traduisent une pensée abstraite profondément enracinée dans la culture.

C’est précisément ce fil historique que j’ai essayé de retracer dans mon ouvrage « L’Afrique au cœur de la science : De l’Antiquité aux révolutions technologiques » (2025, 716 pages), qui montre comment les civilisations africaines ont contribué à l’édification de plusieurs fondements scientifiques qui structurent aujourd’hui la modernité.

La célébration du Pi Day ne doit donc pas seulement être une fête académique autour d’une constante mathématique. Elle doit être aussi un rappel de mémoire et un appel à l’avenir.

Car les mathématiques sont aujourd’hui au cœur des grands enjeux du monde contemporain : Internet, cryptographie, modélisation climatique, intelligence artificielle, ingénierie spatiale, physique quantique, économie quantitative, pharmacocinétique, médecine moderne à travers la modélisation des maladies, l'imagerie médicale (IRM, scanners) et l'analyse statistique des données, et l'IA qui repose sur l'algèbre linéaire, les probabilités et l'optimisation pour modéliser et traiter des données.

La 15ᵉ Semaine des mathématiques (14–25 mars 2026), placée sous le thème "Égalités", nous rappelle d’ailleurs une vérité profonde : devant une équation, il n’y a ni hiérarchie sociale, ni frontière, ni privilège.

Il n’y a que la logique, la rigueur et l’intelligence.

À tous les mathématiciens africains, (clin d’œil particulier aux femmes et aux personnes vivant avec un handicap) — enseignants, chercheurs, étudiants, ingénieurs et passionnés de nombres — je souhaite une excellente Journée internationale des mathématiques.

Continuez à penser, à démontrer, à modéliser, à questionner et à transmettre.

Car chaque théorème démontré est, en réalité, une victoire silencieuse de l’esprit humain sur l’ignorance.

Bonne fête à tous les matheux africains.

You are the best. 

Colonel Samuel KAMÉ-DOMGUIA Ancien chasseur de rats 🐀 Consultant International Senior Expert en géostratégies disruptives

L'Afrique en marche du 19 mars 2026 No 1141