La Chronique internationale de Salifou DIAGNE

La question de savoir si le duo Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko a "failli" suite à la répression contre les étudiants de Dakar? Cette question fait l'objet d'un vif débat au Sénégal, question exacerbée suite à une répression violente sur le campus de l'Université Cheikh Anta Diop (UCAD), ce lundi 9 février.  

Au terme de la répression, on déplore un mort, un étudiant en médecine, en occurrence Abdoulaye Ba. Il a perdu la vie lors de l'intervention musclée des forces de l'ordre à l'intérieur du campus social en violation des franchises universitaires. Outre, cette perte en vie humaine, les affrontements ont fait de nombreux blessés sans oublier environ 105 étudiants interpellés à la suite de ces heurts.

Alors que les étudiants englués dans la faim depuis plusieurs semaines en raison des retards de paiement de bourses et de projets de réformes universitaires contestés, le duo Faye-Sonko, a préféré le bâton à la carotte.

Dès lors, la critique de "faillite" soulevée est à juste titre, et ce pour plusieurs raisons.

COMME DU DÉJÀ VU

D'abord, cette répression marque un tournant important pour un régime issu lui-même de la lutte syndicale et de la contestation juvénile. 

En effet, la perception d'un échec repose sur plusieurs contradictions perçues par l'opinion publique. Il y a la trajectoire syndicale du duo constitué par le président Faye et le premier ministre Sonko, un duo issu du monde syndical. La mort d'un étudiant pour des revendications similaires à celles qu'ils portaient autrefois est jugée politiquement intolérable. 

Cette répression est d'autant plus intolérable quand Ousmane Sonko dans une intervention ce weekend accuse les étudiants d'être manipulés par des hommes politiques.

Cependant, après son réquisitoire suivi de la répression, le gouvernement tente de gérer la crise par la transparence judiciaire, car le coût humain de cette répression entache gravement le crédit moral du duo Sonko/Faye auprès de sa base électorale la plus active : la jeunesse étudiante. Ensuite, il y a la désillusion de la jeunesse. Des étudiants expriment leur déception, et rappellent  qu'ils se sont battus pour l'accession de ce régime au pouvoir dans l'espoir d'une rupture avec les méthodes répressives du passé. 

Faire convoyer les policiers au campus pour "fesser" les étudiants, n'est donc pas le propre du pouvoir défunt de Macky Sall. Aujourd'hui, la critique en son temps du duo Faye-Sonko contre le régime passé était donc trop facile quand les pourfendeurs en font autant aujourd'hui.

SAUVER LA FACE 

Le gouvernement et ses soutiens nuancent cette analyse en invoquent  l'héritage économique.  En effet, le duo Faye-Sonko justifie la lenteur des réformes et les difficultés financières (retards de bourses) par l'état "catastrophique" des finances publiques, état trouvé à son arrivée.

Ousmane Sonko est très conscient de ce qui vient de se passer. Son engagement envers le projet de transformation du pays, tout en demandant de la patience aux Sénégalais face aux urgences sociales, peut-il faire oublier cette erreur fatale? 

C'est surtout Ousmane Sonko qui risque d'être le gros perdant suite à cette répression, car à l'heure des tensions au sommet avec le président Faye, celui-ci peut se frotter les mains des agissements imputables à son 1er ministre dans un climat de tensions croissantes entre le président et son premier ministre. 

Le lancement immédiat d'une enquête et la reconnaissance publique des violences par le gouvernement, visent à se démarquer de l'impunité souvent reprochée aux régimes précédents. 

Cela suffira-t-il pour permettre à Ousmane Sonko pour un retour en grâce ? 

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L'Afrique en marche du 11 février 2026 No 1114