Bien que l'État sénégalais ait alloué plus de 90 milliards de FCFA aux bourses pour l'année universitaire 2024-2025 (montant porté à 105 milliards pour 2025 selon les ministères des Finances et de l'Enseignement supérieur), cette enveloppe record n'a pas suffi à apaiser le climat social. Au contraire, la situation a dégénéré en une crise majeure.
90 milliards à payer, est-ce une charge difficile pour le duo Faye-Sonko ? La contestation actuelle, loin d'être calmée par ces montants, est alimentée par plusieurs facteurs critiques.
Il y a en premier lieu, la réforme du paiement et la "suppression des rappels". En effet, le principal déclencheur de la colère étudiante début février 2026 est une réforme perçue comme une suppression brutale des rappels de bourses. Dès lors, les étudiants dénoncent une remise en cause de leurs acquis sociaux et une mesure qu'ils jugent illégale.
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Le ministère de l'Enseignement supérieur n'est pas de cet avis. Il affirme qu'il n'y a pas de suppression, mais une volonté de régulariser les paiements pour éviter les retards chroniques.
Ensuite, il y a un lien masqué entre retards de paiement et contexte économique. En effet, en dépit des budgets annoncés, les étudiants de l'Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar et d'autres universités (Saint-Louis, Thiès), protestent contre des retards de paiement persistants dans un contexte de vie chère.
Le gouvernement assure de son côté qu'aucun arriéré de bourse n'est dû à la date du 10 février 2026. C'est dans ce contexte que la contestation a atteint un point de non-retour le 9 et 10 février 2026 avec des heurts violents entre étudiants et forces de l'ordre.
Si les 90 ou 105 milliards démontrent un effort budgétaire réel du gouvernement, la méthode de réforme et les incidents tragiques de février 2026 ont transformé la question des bourses en une crise politique et sécuritaire.
Et le duo Faye-Sonko qui est déjà soumis à de fortes pressions économiques craint en 2027 à payer 120 milliards de F.CFA. Que faire quand les finances de l'Etat sénégalais sont dans un très mauvais état ?
À titre de rappel, c'est le gouvernement Wade qui a généralisé le paiement de bourse. Donc, aujourd'hui comme hier, la question du paiement à bonne date des bourses est toujours une question récurrente. La fin de ce feuilleton n'est donc pas pour demain ?
Stanislas KPADÉ
L'Afrique en marche du 11 février 2026 No 1114
