La Chronique Internationale de Salifou DIAGNE
En RDC, on n'a pas encore eu le verdict du dossier "Joseph Kabila". Cependant, la réquisition d’une condamnation à mort pour l’ex-président Joseph Kabila (au pouvoir de 2001 à 2019), a été prononcée. Ce cas congolais n'est qu'un énième d'une longue série. Et si on revisitait l'histoire?
« L'ancien chef de l’État a trahi la Nation en privilégiant ses intérêts personnels et ceux d’un cercle restreint, au détriment du peuple congolais », fait savoir le procureur de RDC au terme de la réquisition.
Pourtant, dans ce pays, cette dernière qui est abolie dans les faits, est toujours inscrite dans le code pénal congolais. L'allure de cette réquisition va-t-elle donner droit à un verdict corsé?
Tout porte à le croire sans être un oiseau de mauvais aloi. En effet, la main lourde du parquet général à cette étape de la procédure contre l’ancien président Joseph Kabila, poursuivi pour : « haute trahison, crimes économiques et complicité dans des crimes contre l’humanité», trace déjà une sorte de sillon d'un verdict aux antipodes de la clémence. À moins que...
L’annonce de cette réquisition n'a pas provoqué une onde de choc en Afrique, car la condamnation d'ex présidents relève d'un sujet désormais ordinaire.
CÔTE D'IVOIRE, CAMEROUN, MAURITANIE....
L’histoire politique de l’Afrique contemporaine regorge d’exemples où des chefs d’État, fraîchement arrivés au pouvoir, ont entrepris de juger, voire de condamner leurs prédécesseurs.
Ces procès, souvent hautement médiatisés, oscillent entre quête de justice et règlements de comptes politiques.
En Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara n'a rien fait pour empêcher l'extradition de Laurent Gbagbo à la CPI.
Mais cette initiative est restée vaine, car l'ex leader du FPI a été innocenté par l'instance judiciaire internationale. Et au grand dam de ses "censeurs" locaux, il est rentré triomphalement au bercail.
En Mauritanie, l'ancien président, Mohamed Ould Abdelaziz, a vu sa peine triplée en appel il y a quelques semaines. Il est passé de cinq à 15 ans de prison ferme pour enrichissement illicite après avoir été condamné le 4 décembre 2023 par le régime de son successeur, Ould Ghazouani.
Au Cameroun, l'ex président Ahmadou Ahidjo, a été condamné
par contumace en 1984 à la peine de mort par fusillade par le régime de son filleul politique, Paul Biya. Au bout du rouleau, Ahmadou Ahidjo est mort en exil et sa dépouille repose toujours au Sénégal.
...BURKINA, TUNISIE, TCHAD, EGYPTE
Au Burkina, Blaise Compaoré a fait face à son passé. Après 27 ans de règne, il a été renversé en 2014 par une insurrection populaire. Exilé en Côte d’Ivoire, il est jugé par contumace en 2022 et condamné à la prison à perpétuité pour son rôle dans l’assassinat du président Thomas Sankara en 1987. Un verdict qui a marqué une étape majeure dans la quête de vérité du peuple burkinabè.
Au Tchad, il y a eu le procès historique de Hissène Habré qui s'est déroulé au Sénégal.
Renversé en 1990 par Idriss Déby Itno, l’ancien président tchadien Hissène Habré a été jugé bien plus tard, en 2016, par un tribunal spécial africain à Dakar.
Il a été condamné à la prison à vie pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et actes de torture. Ce procès a constitué une première en Afrique, car un ancien chef d’État jugé et condamné par un tribunal panafricain.
En Égypte, Hosni Moubarak a été sur le ban des accusés après la révolution de 2011. Il a été jugé pour corruption et complicité dans la mort de manifestants. Condamné à la prison à perpétuité en 2012, sa peine a ensuite été allégée.
En Tunisie, Zine El-Abidine Ben Ali, chassé du pouvoir en 2011 après la révolution tunisienne, a été condamné à de multiples peines de prison. Il a été condamné jusqu’à la perpétuité, pour corruption, abus de pouvoir et répression sanglante. Mort en exil en Arabie Saoudite en 2019, il n’a jamais purgé ses peines.
Après ce périple africain, cependant, deux questions demeurent entre volonté de justice et instrumentalisation politique.
Dès lors, ces condamnations servent-elles avant tout la justice et la réconciliation? Ou sont-elles des "armes" pour bien asseoir le pouvoir du successeur décidé à solder les comptes avec le régime précédent?
lafriqueenmarche du 25 août 2025 No 985


