L'Editorial de Murielle MENSAH

Avec le concours RFI "Prix découvertes" 2026, un Béninois est sur le toit mondial. Il s'agit de Paoli Tossou avec "Opa" comme nom d'emprunt d'artiste. Avec cette consécration, que doit faire la musique béninoise dans un proche avenir après ce motif de fierté ?

Le lauréat "Opa",est une "pépite" de la musique béninoise. "Opa" est considéré comme une étoile montante de l'Afrobeat. Il annonce urbi après ce prix qu'il veut porter haut les couleurs du Bénin sur la scène internationale.

Son style musical est un mélange d'afrobeats, de soul et de jazz, intégrant des sonorités traditionnelles béninoises. Il a été couronné par un jury illustre assuré par la légende du rap francophone, MC Solaar 

MC Solaar qu'on ne présente plus. Son regard, attendu comme celui d'un "sage" du hip-hop, a su guider le choix du futur lauréat parmi les talents.

"Opa" a su mobiliser également le vote digital du public. Il a été  largement en tête des votes ouverts jusqu'au 11 mars 2026 pour permettre au public de soutenir ces talents.

Outre le lauréat pour ce concours, le Bénin a eu l'honneur avec la présence de deux artistes béninois parmi les dix finalistes du prestigieux Prix "Découvertes RFI" 2026. Il y a également son compatriote Yehoué Yéton, remarqué pour son style audacieux baptisé "Vaudon Rock", une fusion enracinée dans la culture traditionnelle.

En 45 éditions de ce prestigieux concours de RFI, c'est la première fois que le lauréat est d'origine béninoise. Avec cette consécration, le lauréat béninois veut succéder aux grands noms de la musique africaine et de faire rayonner la culture béninoise à travers le monde à la suite de l'emblématique de la musique mondiale, notre compatriote Angélique Kidjo.

GARDER LE CAP ET POURSUIVRE LA DYNAMIQUE 

Après ce prix, que doit faire la musique béninoise pour rester dans la même dynamique? 

Avec cette victoire, scellée le 12 mars 2026 au terme du concours RFI Découvertes 2026, le milieu musical béninois doit travailler davantage pour maintenir cette dynamique et transformer ce succès d'estime en une industrie pérenne.

Pour cela, la musique béninoise doit relever plusieurs défis stratégiques.

Elle doit professionnaliser l'exportation. En effet, le succès de "Opa" prouve que le talent béninois s'exporte, mais il doit être soutenu par des structures professionnelles qui agiront comme des tourneurs et bookers pour sécuriser la présence des artistes sur les scènes internationales.

Ensuite, la musique béninoise doit structurer l'économie numérique. Dans cette perspective, le secteur culturel béninois qui pèse plus de 281 millions de dollars (environ 1 % du PIB), doit savoir surfer sur la monétisation numérique, qui pour le moment reste un obstacle. Seuls 29 % des artistes africains dont béninois maîtrisent réellement les outils digitaux nécessaires pour rentabiliser leurs œuvres sur les plateformes de streaming.

En plus, la musique béninoise doit investir dans la formation et les infrastructures. En effet,  la pérennité passe par la création d'entreprises culturelles viables et le maintien de salles de concert indépendantes doit permettre aux talents émergents de se produire et de s'aguerrir.

En outre, la musique béninoise doit également savoir s'appuyer sur les grands événements nationaux ici au pays comme également à l'extérieur.

Ici au pays, il y a des plateformes comme le FInAB (Festival International des Arts du Bénin) et les VodunDays, qui doivent continuer à servir de vitrines mondiales pour connecter les créateurs béninois aux réseaux professionnels internationaux.

Enfin, il faut revaloriser le patrimoine traditionnel. L'exemple de rythmes comme le "Tchinkoumé" montre qu'il existe un potentiel inexploité de musiques racines qui, si elles sont mieux subventionnées et promues, peuvent offrir une identité forte et singulière au Bénin sur l'échiquier mondial. 

À s'y méprendre, le sacre de "Opa" ne sera qu'une goutte d'eau dans le mer.

L'Afrique en marche du 13 Mars 2026 No 1137