La Chronique internationale de Salifou DIAGNE
Le dernier fait d'arme inédit de la part du mouvement rebelle du M23 soutenu selon plusieurs acteurs internationaux par Kigali, est l'usage de drones pour bombarder l'aéroport de Kisangani en RDC, aéroport a des centaines de km des rayons d'action des rebelles. Après cet acte, une épineuse question de politique étrangère est d'actualité. Le président américain, Donald Trump, détient-il des leviers suffisants pour réellement “punir” le président rwandais Paul Kagamé ?
L’attaque, survenue il y a quelques jours contre la flotte aérienne militaire de RDC, découle d'une tactique stratégique contre une cible de choix. En effet, c'est de Kisangani que les avions militaires congolais décollent pour aller bombarder les cibles rebelles. Cependant, ce choix tactique a surpris plus d'un observateur, car la rébellion démontre sa montée en puissance pour s'attaquer à une infrastructure militaire très loin de son rayon d'action. Ce dernier acte se greffe aux autres en dépit de la signature d’un accord de paix négocié à Washington par les présidents de la RDC et du Rwanda sous médiation américaine.
Dans la série d'actes d'hostilité, il y avait déjà eu la prise de la ville stratégique d’Uvira en République démocratique du Congo (RDC), une violation claire de cet accord de Washington. L’administration américaine a publiquement condamné l’action rwandaise, après la prise d'Uvira, car elle menace la stabilité régionale et mine la crédibilité de sa diplomatie.
QUE POURRA TRUMP CONTRE KAGAMÉ ?
Donald Trump dispose traditionnellement de plusieurs instruments pour exercer une pression sur un État qu’il juge en infraction avec les intérêts de son pays ou avec des engagements internationaux.
Par rapport à des actions punitives, l'actuel président américain dispose des sanctions économiques et financières.
Washington peut imposer des sanctions ciblées contre des individus proches du régime de Kagame, des responsables militaires ou des entités économiques rwandaises.
De telles sanctions peuvent limiter les transactions financières internationales du Rwanda et bloquer des avoirs. Ces mesures ont déjà été envisagées par certains responsables occidentaux et africains pour « tenir Kigali responsable » des événements à Uvira.
Ensuite, Donald Trump peut suspendre la coopération avec le Rwanda. En effet, les États-Unis fournissent une aide militaire, économique et sanitaire à de nombreux pays africains, dont le Rwanda. Trump pourrait décider de réduire ou suspendre cette assistance. Ce qui pourrait créer une pression économique stratégique sur Kigali.
Mieux, Donald Trump, en coordonnant des sanctions ou des résolutions avec des partenaires européens, pourrait isoler diplomatiquement le Rwanda.
À la tribune du Conseil de sécurité de l’Onu récemment, l’ambassadeur américain, a déjà explicitement accusé le Rwanda de « mener la région vers une guerre accrue ».
KAGAMÉ, PAS DE LA DERNIÈRE PLUIE
Malgré ces outils, la capacité de Trump à “punir” Kagame, reste limitée, ce pour plusieurs raisons. Il y a en premier des liens historiques et géopolitiques forts entre les deux pays. En effet, les relations entre Kigali et Washington, bien que parfois tendues, ne sont pas purement "adversariales".
En effet, les États-Unis voient souvent le Rwanda comme un partenaire stratégique en Afrique orientale, notamment sur les questions de sécurité régionale, de lutte contre l’extrémisme et de coopération économique. Une rupture trop brutale, pourrait donc nuire aux intérêts américains dans la région.
Ensuite, le président américain doit comprendre que Kagame, est un homme politique difficile à isoler En effet, Paul Kagame, a une expérience de la scène internationale et sait naviguer entre les pressions étrangères et les alliances régionales.
Même face à des sanctions, il était déjà allé jusqu’à dire aux pays sanctionnant Kigali : « d'aller au diable », minimisant publiquement l’impact de ces mesures.
En outre, Paul Kagamé saura faire le dos rond pour minimiser l’influence des sanctions, même si elles affectent l’économie ou certains dirigeants rwandais,Le président rwandais est conscient que ces sanctions n’entraîneraient pas nécessairement un changement de politique rapide.
Les précédentes sanctions en réponse au soutien supposé de Kigali au M23 ont eu des effets mitigés.
Jusqu’à présent, l’administration Trump a plutôt opté pour des avertissements et des pressions diplomatiques que pour des sanctions fortes. Elle a appelé à des responsabilités pour les "perturbateurs de paix" à l’Onu et insisté sur le respect des accords de paix signés à Washington.
Une punition trop brutale risquerait d’entraîner des conséquences géopolitiques complexes. On peut évoquer notamment une détérioration des relations entre Washington et plusieurs pays d’Afrique centrale, déjà fragilisés par des décennies de conflits.
Si Trump dispose de moyens pour sanctionner Kigali, leur mise en œuvre effective reste un calcul délicat. Donald Trump sait que Paul Kagamé n'est pas né de la dernière pluie, car le leader rwandais, a plus d'un tour dans son escarcelle pour faire le dos rond.
L'Afrique en marche du 8 février 2026 No 1112


