La Chronique internationale de Salifou DIAGNE
La visite officielle du général Abdourahamane Tiani en Algérie, du 15 au 16 février 2026, manque-t-elle une normalisation diplomatique majeure après des mois de tensions entre l'AES et l'Algérie ? Ce rapprochement entre Niamey et Alger, interroge-t-il sur la cohésion de l'Alliance des États du Sahel (AES)? Assimi Goïta a-t-il des inquiétudes à se faire ? Doit-on reprocher l'instinct de survie au général Tiani ?
La visite officielle du général Abdourahamane Tiani en Algérie semble davantage relever d'un pragmatisme stratégique économique que d'une rupture conventionnelle ou structurelle de l'AES.
À la question de savoir si Assimi Goïta doit-il s'inquiéter ? L'enjeu pour le Mali est la gestion de ses propres tensions avec Alger, notamment depuis la fin de l'Accord d'Alger de 2015 et l'anéantissement du drone malien de surveillance acquis à grand frais.
Le séjour du général Abdourahamane Tiani en Algérie peut être justement perçu plutôt qu'un ajustement et non une fissure.
PORTES D'UNE DIPLOMATIE...
En effet, ce déplacement s'inscrit également dans une stratégie coordonnée entre Niamey, Bamako et Ouagadougou pour briser l'isolement régional. À Alger, le général Tiani, entre autres dossiers de souveraineté économique ne pourrait occulter une médiation potentielle. Lors des échanges entre Tiani et Tebboune, l'ombre de Assimi Goïta a dû planer.
Le Niger pourrait jouer un rôle de facilitateur pour apaiser les relations entre l'Algérie et le Mali.
Donc, il n'y a pas de lézardes dans l'AES ?
La visite de Tiani souligne des nuances dans les priorités nationales des membres de l'AES. Au pragmatisme économique, le Niger cherche à relancer le projet de Gazoduc transsaharien (TSGP) reliant le Nigeria à l'Algérie. C'est un projet essentiel pour son désenclavement.
Mieux, au nom de la sécurité frontalière, Niamey et Alger, ont convenu de renforcer leur coopération sécuritaire pour stabiliser leur frontière commune. C'est un impératif que le Niger ne peut ignorer malgré ses engagements dans l'AES. Cependant, reconnaissons-le, il y a des signaux contradictoires.
...EN PARALLÈLE
En effet, si certains observateurs y voient un signe que "la confiance n'existe plus" au sein de l'AES, d'autres considèrent que c'est une "grandeur stratégique". Le séjour algérois de Tiani permet à l'AES de s'ouvrir à un partenaire régional incontournable en dépit des divergences entre Alger et Bamako.
Il faut donc reconnaître la divergence d'intérêts, car si le Mali maintient une ligne dure envers Alger, le Niger privilégie la reprise de projets économiques vitaux. Ce qui engendre une asymétrie diplomatique au sein de l'AES
En somme, plus qu'une visite en forme de "lézarde", et si ce séjour algérien de Tiani illustrait plus la volonté du Niger de mener une diplomatie multidirectionnelle pour assurer sa survie économique, tout en restant ancré dans le bloc sahélien?
L'Afrique en marche du 23 février 2026 No 1122


