L'Editorial de Murielle MENSAH 

Le premier gouvernement de Romuald Wadagni marque un tournant historique pour le Bénin.

Si on doit saluer la renaissance ou le retour du ministère de la Communication et des Médias, ne faut-il pas souligner de manière subtile et profonde les inquiétudes liées à la disparition du ministère du Plan et à la mise sous tutelle du ministère du Travail? 

Le tout premier exécutif de Romuald Wadagni dessine une architecture politique audacieuse. Ce gouvernement met en exergue à la fois l'admiration pour ses ambitions de modernité et une vigilance républicaine face à ses arbitrages structurels.

En effet, le Bénin vient de dessiner la nouvelle grammaire de son avenir et ce dans le grand livre de la République. Avec le premier gouvernement,  s’écrit comme une promesse de métamorphose, une œuvre de rupture où l'audace architecturale le dispute à la rigueur des équilibres.

DÉPARTEMENT DES MÉDIAS...

S'il faut saluer cette équipe, il faut d’abord célébrer un retour de la lumière, celui de la renaissance du ministère de la Communication et des médias. 

C’est le réveil d’une voix nationale, celui de la reconnaissance institutionnelle relative à la liberté du récit par les médias pour le rôle indéniable au profit de notre démocratie depuis la Conférence nationale de1990.

Redonner ses lettres de noblesse à la régulation et à la valorisation du paysage médiatique, c’est réinvestir l’esprit public, offrir un miroir à notre culture et armer le Bénin pour la modernité de l'image et de l'influence. 

Il y a quelques années, le régime de Patrice Talon, a cru devoir mettre un terme à ce département ministériel. Et revoici le retour de ce ministère avec Romuald Wadagni.

Cette résurrection est un acte de foi envers l'intelligence collective démocratique du Bénin avec le rôle joué par la presse nationale. 

Cependant, en dépit de l'éclat de cette renaissance, on ne saurait occulter les silences troublants par rapport à cette nouvelle carte ministérielle avec  un vertige ressenti face à l’effacement du ministère du Plan ? 

... ABSENCE DE BOUCLIER POUR LES GÉNÉRATIONS FUTURES 

Le Plan n’est pas une simple administration, il est la boussole d'une Nation, le sanctuaire où l'avenir se cartographie à l'abri des urgences du quotidien. 

Dissoudre cette entité, c'est prendre le risque d'ancrer le navire national dans le culte de l'immédiat, en oubliant que la prospective est le bouclier des générations futures. Puissent les arbitrages techniques ne pas sacrifier le temps long sur l'autel de la seule performance financière.

Cette même vigilance s’impose à l'évocation de la mise sous tutelle du ministère du Travail, désormais placé sous tutelle du Département du Budget. 

Le travail est le premier vecteur de la dignité humaine, le ciment du pacte social. En réduisant son autonomie institutionnelle, le signal envoyé, interroge sur la productivité qui aurait-elle pris le pas sur la protection? L’économie aurait-elle définitivement asservi le social ? 

Mettre le monde du travail sous tutelle, c'est fragiliser le dialogue direct entre l'État et ses forces vives, au moment précis où le capital humain exige la plus entière considération.

Le gouvernement Wadagni I est une machine puissante, taillée pour les défis de performance de ce septennat.

Espérons simplement que dans cette quête de vitesse et d'optimisation, l'État n'oublie ni de planifier son horizon, ni de protéger ses bâtisseurs.

L'Afrique en marche du 28 mai 2026 No 1190