L'Editorial de Murielle MENSAH
On a suivi samedi dernier sur RFI le patron du magazine "Jeune Afrique", François Soudan. Ce jour-là, dans son émission hebdomadaire sur ladite radio, il a livré la substance de la manchette consacrée au Bénin suite au choix de Romuald Wadagni. Tentant d'expliquer ce choix, entre autres arguments, il cite le critère du département d'origine du porte-étendard de la mouvance. Par rapport à ce critère de département d'origine, et si le magazine avait une mauvaise grille de lecture ?
« Patrice Talon pour éviter le clivage Nord/Sud, a misé sur Romuald Wadagni originaire du département du Mono...», déclare François Soudan
Il poursuit : « Patrice Talon a choisi un candidat de ce département dont l'un des ressortissants n'a jamais accédé à la magistrature suprême depuis 1960, date d'indépendance du Bénin...».
Ce décryptage du magazine n'est-il pas en déphasage avec la vision de Patrice Talon?
En effet, depuis que le système partisan a été mis en orbite, « Patrice Talon n'est pas dans la
psychologie de promotion, ni dans la psychologie punitive sur la base de département d'origine.», pour reprendre l'éditorialiste en chef, Titus Folly.
En effet, la belle époque héroïque du département d'origine est morte au temps pressant du réformateur et ce pour plusieurs raisons.
D'abord, le défi philosophique fondamental du département d'origine qui se jouait sous nos yeux dans ce pays a quitté le paillasson avec Talon. Il suffit de voir la composition des cabinets ministériels pour constater que les réalités d'antan ne sont plus totalement d'actualité.
Et dans les lieux privilégiés du système partisan, l'élaboration politique qui redonne sens et force à l'engagement collectif, passe par les partis et non par le département d'origine.
Ensuite, quand les partis politiques se dressent depuis la réforme du système partisan comme des piliers au cœur de l'arène publique, le département d'origine n'a plus bénéficié d'une pulsation démocratique.
DÉPARTEMENT : RÉALITÉ DÉPASSÉE...
En outre, il faut souligner qu'avec le système partisan, le département d'origine n'a plus jamais été un terreau fertile où germent les idées. Le département d'origine ne traduit plus les aspirations collectives ni les projets pour l'avenir de la Nation.
Dans la démocratie versus Talon, le département d'origine n'a plus d'éloges dans le parti comme un agrégat de volontés.
Osons donc le dire, le département d'origine n'a plus une fonction vitale dans le corps démocratique. Il n'est plus là pour insuffler la vie politique, ni pour animer ce débat public. Il n'est plus là pour forger l'opinion, pour affiner et donner corps aux idées et aux choix collectifs.
Si avant, le département d'origine, était une force agissante, un élan catalyseur de l'expression du suffrage, il est désormais une force inerte, car n'étant plus une propulsion qui participe activement au rite démocratique. Il n'est plus le soufflet qui renouvelle la légitimité du pouvoir.
Depuis 2016, et après la réforme du système partisan, le département d'origine n'est plus un intermédiaire essentiel, un pont jeté pour avoir la légitimité.
Depuis 2016, et après la réforme du système partisan, le département d'origine n'est plus mêlé aux éléments inspirés qui déplacent subtilement l'accent de l'individu vers le collectif.
Avec le système partisan, Patrice Talon, par ses changements, n'a plus besoin d'anciennes échelles de promotion.
Le département d'origine n'est donc plus un architecte attitré de programmes, de manifestes, de promesses, de propositions pour conditionner la prise des rênes du Bénin.
Certes, Romuald Wadagni est du département du Mono. Après la réforme du système partisan, ce critère ne peut plus être déterminant pour le choix de l'argentier national.
Le magazine "Jeune Afrique" qui pourtant, a souvent l'exclusivité des déclarations de Patrice Talon ( comme ce fut le cas du dossier "Olivier Boko" ), s'est-il mépris ?
lafriqueenmarche du 23 septembre 2025 No 1011

