Peut-on désigner au terme du protocole d'accord de cessez-le-feu conclu entre les États-Unis et l'Iran un vainqueur ou un perdant militaire absolu?

Ce protocole d'accord de cessez-le-feu est un  compromis politique transitoire qui vise à restaurer le statu-quo ante bellum après un peu plus de trois mois de guerre. L'accord cadre, finalisé sous la médiation du Pakistan et qui sera officiellement signé à Genève le 19 juin 2026, ouvre une période de négociations techniques de 60 jours. 

Cependant, au regard de l'analyse des gains et des concessions, on peut dresser le bilan des forces en présence.

CAMP DES GAGNANTS 

Il y a l'Iran. Ce pays peut faire valoir ses gains économiques immédiats. En effet,  Téhéran s'en sort avec des avancées majeures pour son régime. 

L'accord prévoit l'arrêt immédiat des hostilités sur tous les fronts (incluant le Liban), la levée complète du blocus naval américain et la suspension des sanctions sur le pétrole et le gaz. 

De plus, l'Iran obtient la restitution immédiate de 12 milliards de dollars d'avoirs gelés (sur un total de 24 milliards prévus). 

L'état-major iranien a d'ailleurs qualifié l'accord de « victoire d'acier » contre ses ennemis.

On a ensuite Donald Trump avec des gains politiques domestiques surtout le jour de ses 80 ans.

En effet, sous une intense pression aux États-Unis en raison de l'inflation rampante (4,2 % en mai) et de l'explosion des prix du carburant causée par le conflit, le président américain peut revendiquer la désescalade. 

D'ailleurs, Donald Trump a immédiatement salué la future réouverture du détroit d'Ormuz pour faire chuter les cours du pétrole mondiaux.

Enfin, on a l'économie mondiale et les marchés. Dès l'annonce du protocole, les cours du pétrole ont chuté de plus de 4 % tandis que les places boursières mondiales ont fortement rebondi, soulageant les craintes de stagflation globale

CAMP DES PERDANTS 

Le camp des insatisfaits, il y a Israël. Marginalisé stratégiquement, le gouvernement de Benyamin Netanyahou est le grand insatisfait de ce protocole. 

Israël réclamait l'élimination totale du programme nucléaire iranien et refusait que le Liban soit inclus dans le cessez-le-feu. Le pays redoute un compromis trop favorable à Téhéran qui maintient la menace du Hezbollah à sa frontière.

On a la ligne dure des radicaux des deux pays. Aux États-Unis, de nombreux parlementaires (y compris dans le camp républicain de Trump) critiquent les concessions financières massives accordées à l'Iran sans contrepartie nucléaire définitive à ce stade. 

À l'inverse, l'opposition démocrate souligne que Donald Trump a ramené le pays au point de départ après avoir lui-même déchiré l'accord de 2015. 

Un statu quo qui reste à confirmer, car rien n'est définitivement réglé sur le fond. Le protocole d'accord n'est qu'un cadre de transition. Les questions les plus épineuses (l'avenir exact du programme nucléaire, le démantèlement balistique, le contrôle à long terme du détroit d'Ormuz et le plan de reconstruction estimé à 300 milliards de dollars) font l'objet d'un compte à rebours de 60 jours.

Donald Trump a d'ailleurs déjà averti qu'il reprendrait les frappes militaires si Téhéran ne pliait pas sur le volet nucléaire lors des négociations à venir.

Radji SANOUSSI 

L'Afrique en marche du 15 juin 2026 No 1203