Valorisée dans les cercles économiques locaux, la notion "enfant du pays" influence les dynamiques entrepreneuriales en Afrique. Entre inclusion communautaire et concurrence biaisée, ce concept ne soulève-t-il pas des enjeux économiques complexes?
Capital, stratégie ou qualité des produits ne suffisent plus pour faire des affaires en Afrique. On préfère propulser la notion "enfant du pays", un système qui peut freiner l'implantation d'entreprises compétentes, mais perçues comme extérieures, même si elles proposent de meilleurs services ou produits.
Selon une étude réalisée en 2023 par l’Observatoire africain des pratiques économiques locales, près de 38 % des contrats locaux au Cameroun et en Guinée seraient attribués à des entrepreneurs considérés comme "locaux de souche", parfois sans appel d’offre rigoureux. Ce qui démontre qu'il y a une influence dans l’attribution des marchés publics.
En effet, dans certains cas, cela ralentit la compétitivité, limite l’innovation, et entraîne une fragmentation des marchés par zones ethniques ou régionales.
En effet, dans de nombreuses régions, le statut "enfant du pays" c’est-à-dire d’individu originaire d’une localité précise, reste un atout déterminant dans l’acceptation sociale et économique d’un entrepreneur.
UN CONCEPT, ET AU-DELÀ...
La réalité relative à la reconnaissance identitaire à valeur économique tend à être
ancrée dans l’histoire communautaire africaine.
Mieux, elle influence fortement les dynamiques économiques locales. En effet, être identifié comme un enfant du pays, c’est bénéficier d’une présomption de confiance, de proximité culturelle et de loyauté.
Cela peut se traduire par un certain nombre de conditions très favorables. On peut citer un accès facilité aux terres ou aux locaux commerciaux. L'enfant du pays peut bénéficier d'une clientèle fidèle par solidarité ethnique ou régionale.
Des réseaux d’affaires informels, souvent basés sur la parenté, les liens communautaires ou les alliances traditionnelles sont également d'une utilité.
Dans certaines régions rurales ou semi-urbaines, on constate la solidarité économique et la concurrence faussée, ce statut peut être décisif pour remporter un marché local, au détriment d’acteurs considérés comme "étrangers", même s’ils sont du même pays.
...ENFANT DU PAYS, ÉCHELLE IDÉALE
D’un point de vue économique, cette pratique peut favoriser l’inclusion des acteurs locaux et soutenir la circulation de richesses au sein des communautés.
Toutefois, elle soulève aussi des enjeux de distorsion de concurrence.
Dans le secteur des marchés publics ou des appels d’offres, la notion d’enfant du pays peut également s’immiscer, parfois au détriment de la transparence économique.
Bien que non écrite dans les textes, cette préférence locale peut influencer certaines décisions politiques, notamment au niveau communal ou régional.
L’un des grands défis est de trouver un équilibre entre valorisation des compétences locales et respect des règles de concurrence et de performance. Cela suppose une politique de soutien aux PME locales, non pas sur base identitaire, mais selon des critères économiques clairs.
Il urge également de promouvoir une éducation à l’entrepreneuriat ouvert, qui favorise la collaboration interrégionale.
Aussi, faut-il des dispositifs de contrôle pour limiter le clientélisme ou la discrimination territoriale.
En clair, les enjeux pour l’avenir, c'est de professionnaliser sans exclure.
Wilfried GBÊGAN correspondant au Nigeria
lafriqueenmarche du 4 août 2025 No 970

