Les universités francophones d’Afrique de l’Ouest accueillent, depuis plusieurs décennies, des professeurs béninois pour des échanges universitaires et des coopérations scientifiques intenses. 

Visiting professors, co-encadreurs de thèses, ou partenaires de projets de recherche...sont les catégories représentatives des flux d'enseignants béninois du supérieur dans les universités francophones d'Afrique de l'Ouest. 

C'est une évidence, les enseignants-chercheurs béninois sont bel et bien presents dans les universités francophones d'Afrique de l'Ouest.


DES STATISTIQUES POUR...

Pourtant, derrière ces collaborations visibles, il y a un vide informationnel. On ne dispose pas aujourd’hui d’un recensement public et centralisé mesurant leur présence dans les universités voisines, ni de leur répartition par discipline.

Certaines disciplines ressortent nettement lorsque l’on suit les publications et portails universitaires.

L’agronomie, les sciences de l’environnement et les sciences de la vie comptent plusieurs spécialistes béninois qui interviennent dans des laboratoires et formations régionales.

L’économie et les finances publiques, disciplines dans lesquelles le Bénin a développé des compétences administratives ces dernières années, voient aussi des enseignants-chercheurs béninois participer à des colloques et masters régionaux. 

Les sciences sociales (anthropologie, sociologie, sciences politiques) profitent quant à elles de réseaux transnationaux où les chercheurs béninois sont actifs. 

Ces constats proviennent de profils publics et de collaborations identifiables. Cependant,  les statistiques restent ponctuelles plutôt que représentatives d’un mouvement important.

Pour expliquer le manque de statistiques fiables, il y a plusieurs raisons relatives à l’absence de données synthétiques.

D'abord, les annuaires universitaires ne publient pas toujours la nationalité des personnels

Ensuite, les statuts sont variés (permanents, contractuels, invités, chercheurs associés) et difficiles à harmoniser ;

En outre, la mobilité académique intra-régionale se fait souvent via des contrats à court terme ou des projets, échappant aux recensements nationaux .

Enfin, les bases internationales (Unesco) n’agrègent pas la mobilité par nationalité entre pays d’Afrique de l’Ouest. 

Toutes ces limites rendent impossible aujourd’hui l’énoncé d’un pourcentage ou d’un volume fiable sans investigation dédiée. 


...UNE CARTOGRAPHIE FIABLE

Des pistes existent pour combler le vide. Il faut lancer une enquête conjointe grâce aux ministères de l’Enseignement supérieur de la sous-région. Ce qui permettra d'exploiter les déclarations d’affiliation ou d'encourager la collecte de la nationalité dans les annuaires universitaires. 

À défaut, les décideurs et chercheurs continueront de s’appuyer sur des observatoires ponctuels et des études de cas utiles, mais insuffisantes pour une politique coordonnée de mobilité académique.

L’absence de chiffres n’empêche pas d’y voir un enjeu politique et scientifique. Il faut y remédier et mieux connaître la diffusion des compétences béninoises permettrait de valoriser la diaspora académique, d’orienter les coopérations universitaires et d’améliorer la circulation des savoirs. 

Pour le Bénin comme pour les pays d’accueil, un recensement faciliterait la gestion des ressources humaines en enseignement supérieur et la planification des formations (masters, doctorats) répondant aux besoins régionaux.

En clair, la présence des professeurs béninois dans les universités francophones d’Afrique de l’Ouest est réelle et importante sur le plan qualitatif (apports scientifiques, encadrements, expertise), mais elle reste mal quantifiée.

Il urge donc d'avoir des statistiques fiables. Ce qui passe par un travail coordonné. Pour ce faire, les demandes officielles aux universités et ministères, la compilation des affiliations dans les bases bibliographiques, et le recensement des engagements temporaires sont d'une impérieuse nécessité.

Sans cela, le récit restera celui d’une diaspora scientifique visible par morceaux, mais invisible dans les bilans officiels.


Blanchard LAWSON depuis Dakar 


lafriqueenmarche du 25 septembre 2025 No 1013