Le pays de Thomas Sankara et de Ibrahim Traoré, le 16 mars 2026, lancera un "Diaspora Bond" de 240 milliards F.CFA, avec comme cible les Burkinabè de l'extérieur. 

Le Burkina avec cette opération démontre à plus d'un titre que la première banque de l'Afrique, c'est sa diaspora.

DES STATISTIQUES DE LUEURS

Selon la Banque mondiale, les transferts de fonds vers l'Afrique subsaharienne ont atteint 54 milliards de dollars en 2023. C'est plus que l'aide publique au développement. Mais ce n'est que la partie visible de l'iceberg.

En effet, l'épargne totale de la diaspora africaine déposée dans des comptes à l'étranger est estimée à plus de 500 milliards de dollars par la Banque africaine de développement. 500 milliards qui ne travaillent pas pour le continent, mais pour les occidentaux dont les banques détiennent cette cagnotte.

Cet argent (500 milliards de dollars), dort dans des banques européennes, américaines et du Golfe. Il finance leurs économies, leurs entreprises, leurs projets. Pendant ce temps, nos États courent après le FMI et la Banque mondiale.

BURKINA : INVERSER LA TENDANCE

Le président Ibrahim Traoré et son gouvernement, ont donc  décidé de suivre cette voie. 240 milliards F.CFA, tel est le montant de l'obligation diaspora qui sera lancée le 16 mars 2026.

Cet argent servira à financer des projets structurants. Des infrastructures, des unités de transformation, des routes, des écoles. Des projets qui créeront de l'emploi, de la richesse, de l'espoir.

Au lieu d'emprunter à la Banque mondiale ou au FMI, avec leurs conditions et leurs taux, le Burkina choisit de faire confiance à ses propres enfants.

C'est un changement de paradigme. Une rupture avec la logique de dépendance qui a trop longtemps paralysé nos économies.

Pendant que d'autres continuent de négocier des prêts à des taux usuraires, le Burkina de Ibrahim Traoré cherche l'argent là où il est vraiment : dans les poches des Burkinabè de l'extérieur.

AVANT LE BURKINA, D'AUTRES CAS

En cela, il faut saluer les pays africains qui ont déjà montré la voie, par rapport au problème du manque d'argent pour financer des projets structurants en Afrique avec des "véhicules d'investissement" adaptés. 

C'est le cas de L'Éthiopie qui a lancé des ''Diaspora Bonds'' en 2008 et 2011. Résultat, plus de 1,5 milliard de dollars mobilisés pour financer le barrage de la Renaissance, le plus grand projet hydroélectrique d'Afrique. Aujourd'hui, ce barrage change la donne énergétique du pays.

Le Maroc a structuré l'investissement de sa diaspora depuis des décennies. En 2023, les Marocains résidant à l'étranger ont transféré plus de 11 milliards de dollars. Une partie est captée par des bons du Trésor spécifiques. Le pays a compris que sa diaspora est un levier stratégique.

Le Ghana a lancé plusieurs obligations diaspora, avec des résultats encourageants. En 2017, une première émission a permis de lever 75 millions de dollars. En 2023, une nouvelle opération visait 200 millions. Les Ghanéens de l'étranger répondent présents.

Le Kenya a aussi emprunté cette voie. En 2020, le pays a lancé des "infrastructure bonds" spécifiquement destinés aux Kenyans de l'extérieur. Plus de 500 millions de dollars levés en deux ans.

Hors d'Afrique, l'Inde est un autre cas d'école. Ce pays, a mobilisé plus de 30 milliards de dollars via ses ''Resurgent India Bonds'' et ''India Millennium Deposits'' auprès de sa diaspora. Cette manne a financé des infrastructures majeures.

DES SONS DANS LE CREUX D'OREILLES 

Quand tu empruntes à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international, tu acceptes leurs conditions, études, experts, délais, priorités. En clair, ton développement est piloté de l'extérieur.

Cependant, quand tu empruntes à ta diaspora, tu restes maître de tes choix. Tu définis tes priorités, tes projets, tes échéances. La diaspora ne vient pas avec des conditions politiques ou des exigences cachées.

Quand tu empruntes à l'étranger, les intérêts partent. Ils ne reviennent jamais. Quand tu empruntes à ta diaspora, l'argent circule chez toi. Il produit chez toi. Il crée de la valeur chez toi. Les intérêts restent dans l'économie nationale.

Quand tu empruntes à l'étranger, tu renforces ta dépendance. Quand tu empruntes à ta diaspora, tu renforces ta souveraineté.

L'initiative du Burkina Faso ne doit être un cas isolé. C'est une tendance de fond. Les pays qui réussissent sont ceux qui mobilisent leurs propres ressources, qui font confiance à leurs propres forces, qui créent leurs propres instruments de financement.

La diaspora africaine, c'est 500 milliards de dollars d'épargne. C'est aussi des compétences, des réseaux, une expérience acquise ailleurs. C'est une force colossale pour le développement.

À l'heure où les financements sont rares, la diaspora doit être un recours pour avoir des instruments fiables, transparents, et rentables.

Il est temps de comprendre que la première banque de l'Afrique, c'est l'Africain lui-même.

Il est temps d'arrêter de courir après l'argent des autres quand le nôtre dort dans leurs banques.

Le Burkina Faso vient de prendre une décision courageuse et intelligente. 240 milliards FCFA mobilisés auprès de sa diaspora. C'est un signal fort envoyé à tout le continent.

AVEC BONHEUR 

Sachons désormais mobiliser l'argent de la diaspora pour retrouver le bonheur ineffable afin  d'impulser le  développement de l'Afrique.

Avec une intelligence inexprimable, faisons recours à l'argent de la diaspora pour permettre aux larmes d'antan de passer.

Quel bonheur d'avoir désormais la diaspora comme guide. Du mal de la tyrannie du FMI et de la Banque mondiale, plus de joug où nous plions.

Jean-Pierre SAMOU correspondant au Burkina

L'Afrique en marche du 5 mars 2026 No 1130