Dans un contexte de croissance entrepreneuriale rapide, de plus en plus de jeunes entrepreneurs africains entre impatience et réalités économiques,

s’interrogent sur les délais et les garanties de rentabilité de leurs affaires. Le dernier projet relatif au plus grand port du Nigeria lancé par Aliko Dangote peut-il mieux les formater?  

« Selon une étude menée par la Banque africaine de développement (BAD) en 2023, on a une statistique intéressante. En effet, 68 % des jeunes entrepreneurs africains attendent un retour sur investissement dans un délai inférieur à 12 mois, contre 24 mois en moyenne dans les pays occidentaux...», détaille Kudus Maufu, conseiller financier en investissement. 

« Cependant, avec l'annonce il y a quelques jours du projet du plus grand port du Nigeria, projet piloté par Dangote, les paradigmes des jeunes entrepreneurs nigérians et africains doivent commencer par changer...», poursuit-il.

Le conseiller financier en investissement, Kudus Maufu, analyse et conclut: « Ce type d’investissement de la part de Dangote, incitera les jeunes entrepreneurs nigérians et africains à changer leur conception et façon d'entreprendre.». 

Pour Bisiru Gadiru, un spécialiste en analyse de données financières, des marchés et des tendances économiques : « En déposant il y a quelques jours, une demande de licence pour construire le plus grand port du Nigeria, Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique, a naturellement insufflé un effet catalytique aux jeunes investisseurs africains...».

Il continue son décryptage : « Cela est d'autant plus nécessaire, car l'impatience des jeunes investisseurs nigérians et africains est notoire, eux qui ont toujours leur logique court-termiste...».

«Cependant, cette impatience des jeunes entrepreneurs s’explique notamment par leur précarité économique persistante, un accès limité au crédit et une absence de sécurité sociale. Ce qui fait que le retour sur investissement apparaît comme un mythe ou une réalité pour les jeunes entrepreneurs africains.», avance ce spécialiste en analyse de données financières, des marchés et des tendances pour boucler son décryptage.


DANGOTE : UN MODÈLE...

Pour l'expert et gestionnaire de portefeuille, Sadik Alajimisa : « Le vent d'innovation insufflé à l’esprit d’entrepreneuriat en Afrique par Dangote ces derniers temps, doit permettre aux jeunes entrepreneurs africains, d'apprendre à investir autrement. Certes, ces dernières années, les jeunes entrepreneurs africains ont acquis une certaine expertise par rapport aux marchés locaux, aux plateformes numériques et aux start-ups technologiques...».

Il poursuit : « Cependant, une problématique revient avec insistance. Le retour sur investissement qui se heurte à une réalité relative : la vision court-termiste des jeunes entrepreneurs africains...».

Pour lui: « Par rapport au retour sur investissement, les jeunes entrepreneurs africains sont pressés.

En dépit de l’engouement, plusieurs facteurs ralentissent le retour sur investissements. En effet, les jeunes entrepreneurs africains s'attendent à des résultats immédiats pour rembourser les prêts et dettes. Pour cela leur logique court-termiste qui prend le pas sur tout...».

« Outre les mobiles de cette logique, il y d'autres handicaps qui contraignent les jeunes entrepreneurs africains à être impatients. Il y a la fiscalité lourde et les fluctuations monétaires dans les pays à inflation élevée. Tous ces éléments sont de nature à fragiliser les modèles économiques auxquels les jeunes entrepreneurs africains doivent faire face...», déclare l'expert et gestionnaire de portefeuille, Sadik Alajimisa


...POUR JEUNES ENTREPRENEURS AFRICAINS IMPATIENTS

« Il faut aussi déplorer la concurrence informelle non régulée, qui pousse certains jeunes entrepreneurs africains à abandonner faute de gains rapides. », mentionne quant à lui, Abdelaziz Shakiru, un Credit Risk Manager.

« C'est là où l'expérience de Dangote peut inculquer un nouveau regard sur l'investissement aux jeunes entrepreneurs africains. En effet, il urge de donner une nouvelle culture de la patience économique aux jeunes africains. De plus en plus de programmes de formation en gestion, de financements structurés et de partenariats internationaux permettent aux jeunes entrepreneurs africains d’adopter une vision plus stratégique et long-termiste du retour sur investissement. », précise-t-il.

Selon lui : « Il faut saluer le travail de réseautage de la part d'incubateurs comme Tony Elumelu Foundation, "Suguba" ou "Janngo Capital". Tout ce beau monde accompagne les jeunes entrepreneurs africains avec une vision du développement à 3 à 5 ans. Aux jeunes africains, il faut à  tout prix leur apprendre à miser sur la croissance durable plutôt que l’enrichissement immédiat. À tout cela, l'expérience de Aliko Dangote doit encore peser pour changer les paradigmes aux jeunes entrepreneurs africains...».

Il poursuit : « Désormais,  contre la logique court-termiste, il faut une éducation financière renforcée pour une valeur ajoutée et pour la pérennisation de l’activité...».

IAbdelaziz Shakiru,  Credit Risk Manager, déclare pour finir : « Pour sortir du court-termiste, il faut une éducation financière de masse pour faire comprendre aux jeunes africains le sens du retour sur investissement. Et en la matière, Aliko Dangote a un grand rôle à jouer.


Wilfried GBÊGAN correspondant au Nigeria 


lafriqueenmarche du 26 juillet 2025 No 961