L'attaque coordonnée du 25 avril 2026 au camp de Kati, ainsi que sur Bamako et d'autres villes stratégiques (Gao, Kidal, Sévaré), met de manière indéniable en lumière, la persistance de vulnérabilités critiques au cœur même de l'appareil sécuritaire malien.
Au titre des principaux points de friction identifiés entre capacités sécuritaires et de renseignement et la réalité du terrain, force est de constater le
déficit de renseignement préventif.
Malgré l'utilisation de drones et le soutien de partenaires internationaux (notamment russes), la capacité des groupes armés dont le JNIM (affilié à Al-Qaïda) et les rebelles du FLA (Front de Libération de l'Azawad), à coordonner des assauts simultanés sur plusieurs fronts sans être détectés, pose question sur l'efficacité des services de surveillance.
FRAGILITÉS NOTABLES
Mieux, il faut déplorer la vulnérabilité du cœur du pouvoir au camp de Kati, ville garnison située à seulement 15 km de Bamako et lieu de résidence du président Assimi Goïta.
Dès lors, sa résidence reste une cible privilégiée.
Le fait que ce verrou stratégique soit "percé" par des tirs et des explosions affaiblit le récit de stabilisation porté par les autorités.
L'attaque ne s'est pas limitée au sud. En effet, simultanément, une menace hybride et étendue des groupes rebelles au nord ont affirmé avoir repris le contrôle de positions clés comme Kidal. Ce qui force l'armée à diviser ses forces et ses moyens de renseignement sur plusieurs théâtres d'opérations.
Ces événements marquent une escalade sans précédent depuis l'arrivée au pouvoir de la junte il y a cinq ans, provoquant des victimes de haut rang, notamment le ministre de la Défense, Sadio Camara.
Bien que l'armée affirme avoir repris le contrôle des positions attaquées, les conséquences politiques et institutionnelles sont là.
La répétition de ces incursions à Kati (déjà visée en juillet 2022) souligne la difficulté de sécuriser durablement les zones périurbaines face à des groupes mobiles et bien informés.
MAUVAIS EFFET AU COEUR DU POUVOIR
À Kati, là où le souffle de la Nation devrait être le plus pur, une ombre s’étire sur les collines de Kati. Ce sanctuaire, jadis rempart inviolable, semble aujourd'hui traversé par des courants invisibles, des bruits de bottes s’échappent. Comment le fer peut-il rouiller de l'intérieur ?
Quand le silence des couloirs devient le porte-voix de l'ennemi, c'est que l'armure a des pores. On guette l'horizon, l'œil fixé sur la poussière lointaine, alors que des loups partagent peut-être le même repas, le même secret, la même respiration.
Les renseignements, ces fils d'or qui tissent la survie, semblent s'effilocher sous les doigts de tisserands de l'ombre, transformant la vigilance en un miroir sans tain.
Kati ne peut être à la fois le bouclier et la passoire. Un cœur qui saigne en silence finit par affaiblir tout le corps. Il est temps de fermer les vannes du doute, car une citadelle qui regarde ailleurs pendant qu'on lui vole son âme n'est plus qu'une coquille vide offerte aux vents contraires.
Que la lumière revienne là où les regards se croisent, pour que le Mali ne soit plus trahi par ceux-là mêmes qui ont juré de le veiller.
Arouna AMADOU
L'Afrique en marche du 27 avril 2026 No 1166

