La Chronique internationale de Salifou DIAGNE

Le vent du pouvoir tourne est-il entrain de tourner à Bissau ? Umaro Embaló qui croyait avoir ficelé son agenda politique depuis son exil, doit-il revoir tous ses plans relatifs à son retour triomphal qui s'évapore?

Alors qu'il était sur le point de perdre la présidentielle en 2025 dans son pays, Umaro Embaló a préféré "aiguillonner" un coup d'État contre lui-même grâce au général Horta Inta-A Na Man et ses hommes. Objectif, empêcher l'opposition de prendre les rênes du pays.

Après un exil doré au Congo Brazzaville et au Maroc, Umaro Embaló a annoncé avec fracas son retour pour le 4 octobre 2026 et sa candidature à la présidentielle du 6 décembre.

Malheureusement pour lui, la réalité des casernes vient de lui infliger une véritable douche froide.

SUR LA PISTE D'ATTERRISSAGE...

En politique, le timing est une arme, et ceux qui détiennent les clés des pistes d'atterrissage dictent le rythme de la transition.

Hier nuit, la junte au pouvoir à Bissau suite au coup d'État téléguidé de Umaro Embaló a refusé pour le moment son retour.

Derrière les déclarations officielles de la junte, se cache une subtile démonstration de force.

En invoquant des motifs élastiques de « sécurité nationale » et d'« ordre public » pour bloquer le retour de l'ex-chef d'État, le général Horta Inta-A Na Man et ses hommes envoient un signal limpide : le pouvoir ne se négocie pas par des effets d'annonce médiatiques.

Ce verrouillage sécuritaire agit comme un filtre invisible, destiné à paralyser les ambitions de l'ancien président avant même qu'il ne puisse fouler le sol bissau-guinéen.

Ainsi, l’agenda de Embaló est en train de se heurter à un mur de béton militaire. Pensant pouvoir capitaliser sur les réformes de la nouvelle Constitution adoptée en août pour s'offrir un régime présidentiel fort à sa mesure, l’ancien président voit ses propres espoirs se retourner contre lui.

En effet, les maîtres du palais de Bissau ont parfaitement compris le jeu : en contrôlant l’accès physique au territoire, ils confisquent la capacité d'influence de la « Plateforme républicaine » que Embaló comptait lancer en grande pompe mi-octobre.

... DERNIER MOT À LA JUNTE

Une question cruciale plane désormais sur l’avenir de la Guinée-Bissau : le patron de la junte va-t-il définitivement faire foirer les plans de l’ancien président ?

Tout indique que l'appareil de transition militaire n'a aucune intention de jouer les faire-valoir ou de servir de marchepied pour un retour automatique à l'ordre ancien.

En grippant la machine électorale de l’exil, la junte redessine les contours du scrutin de décembre, poussant les observateurs à se demander si la candidature de Embaló n'est pas déjà mort-née.

Le temps presse, les certitudes vacillent, et le destin de Bissau s'écrit à huis clos. Pour Embaló, le défi n'est plus seulement de convaincre les électeurs, mais de rompre le blocus invisible imposé par l'armée.

Face à une junte qui joue la montre et maîtrise l’art du contre-pied, l’ancien homme fort de Bissau doit d’urgence réinventer sa stratégie, sous peine de voir son agenda politique balayé par le vent d'une transition qui a choisi ses propres maîtres.

L'Afrique en marche du 2 octobre 2026 No 1264