À Addis-Abeba, capitale de L'Éthiopie, le 14 mars 1976, l'ultime match de la Can 1976, découlait d'un championnat, donc loin du format actuel avec les 1/8, 1/4, 1/2 et finale. Lors de cet ultime match, on avait un duel entre "Sily national" de Guinée-Conakry et "Lions de l'Atlas" du Maroc. L'équipe marocaine d'alors après l'ouverture du score par les Guinéens, a quitté la pelouse avant de revenir sur l'aire de jeu et d'égaliser pour remporter la coupe. Si comparaison n'est pas raison, pourquoi les mêmes causes de 1976 ne doivent-elles pas produire les mêmes effets qu'en 2026 ?

Lors de ce duel final de la Can 1976, entre Guinée Conakry et Maroc, les Marocains ont quitté aussi le terrain, lors de cet ultime match qui n'était pas une finale classique, mais la dernière rencontre d'une poule finale à quatre équipes. 

Ce match est en effet resté dans les mémoires pour son scénario "surréaliste" et les tensions sur le terrain. 

Cette rencontre historique du 14 mars 1976, à Addis-Abeba, découlait du format unique, donc pas de match à élimination directe après les poules. 

Les deux premiers des deux groupes initiaux se retrouvaient dans un mini-championnat final.

L'enjeu : Le Maroc arrivait en tête avec 4 points (victoires contre l'Égypte et le Nigeria). La Guinée suivait avec 3 points. Un match nul suffisait aux Marocains pour être sacrés, tandis que la Guinée devait impérativement gagner.

CONFRONTATION SURRÉALISTE ET RETRAIT DU MAROC

L'ouverture du score guinéenne est intervenue à la 33 ème minute. Le métronome du "Sily national", Chérif Souleymane, marque pour la Guinée.

Suite à ce but (contesté par les Marocains) ou à une décision arbitrale ultérieure, les joueurs marocains, ont temporairement quitté la pelouse en signe de protestation.

Le retour au jeu est dû à la pression des officiels et pour éviter une disqualification immédiate, les "Lions de l'Atlas", ont finalement repris la partie

Alors que la Guinée tenait son premier titre, le Marocain Ahmed Makrouh (dit "Baba"), a décoché une frappe lointaine légendaire à la 86 ème minute, égalisant à 1-1.

Conséquence, le sacre du Maroc est intervenu grâce à ce nul (1-1). De ce fait, le Maroc termine premier de la poule avec 5 points et remporte la seule CAN de son histoire.

L'incident du retrait du terrain et l'égalisation salvatrice marocaine, continuent d'alimenter la frustration guinéenne, car le "Sily national" termine deuxième avec 4 points. 

LE MAROC DANS LE RÉTROVISEUR 

Ce souvenir est d'ailleurs revenu au premier plan de l'actualité sportive en mars 2026, la Fédération guinéenne de football ayant évoqué cet incident historique pour demander une révision du titre suite à des sanctions récentes de la CAF contre d'autres Nations pour des faits de "walk-off". 

Et si le Maroc regardait  dans le rétroviseur après avoir aussi quitté le terrain lors du match contre la Guinée Conakry lors de la Can 1976 ? 

Dans l’éclat de l’histoire, le passé n’est jamais un poids, mais une boussole silencieuse. Le Maroc, fort de sa stature actuelle, sait que pour toucher les sommets de demain, il faut parfois oser fixer le miroir de ses propres ombres. 

Se souvenir de l’épisode de la Can 1976 face à la Guinée, ce n’est pas raviver une blessure, c'est honorer la mémoire du chemin parcouru.

Quitter le terrain autrefois était un cri ; aujourd'hui, c'est dans la maîtrise du temps et de l'espace que doit se forger la véritable légende.

Regarder dans le rétroviseur, c’est s’assurer que l’élan vers la gloire, ne laisse aucune leçon derrière lui. Car le plus grand voyageur n’est pas celui qui ignore ses faux pas, mais celui qui les transforme en tremplin pour l’éternité.

Si en 1976 à la Can, le Maroc, a quitté le terrain lors du match face à la Guinée Conakry, l'histoire du football continental, doit reposer sur la pure détermination de la justice.

Face à l'adversité sénégalaise d'aujourd'hui et malgré un sentiment d'injustice, les "Lions de l'Atlas", ne doivent pas oublier de transformer leur vive émotion de défaite en une force collective inébranlable de justice.

En revenant sur le terrain pour marquer ce but historique contre le Maroc le 18 janvier dernier, les Sénégalais n'ont pas seulement remporté une coupe ; ils ont gravé dans le marbre la valeur du refus de l'injustice.

Ce sacre du Maroc en 1976 doit aussi demeurer et servir de boussole en 2026, au nom de la justice sportive continentale.

Le 18 janvier 2026, avec la victoire des "Lions de la Teranga", le destin était écrit. En dépit de la pression et portés par une rage de vaincre, les Sénégalais reviennent sur la pelouse pour offrir à leur pays, sa 2 ème étoile. 

De 1976 à 2026, nous voici onde sur onde, comme un flot puissant qui inonde comme un océan.

Si le 14 mars 1976, quitter le terrain a été un flot de lumière, déguerpir la pelouse le 18 janvier 2026, ne peut conduire à verser des larmes au calvaire pour les mêmes forfaits dans les mêmes circonstances.

Sylvestre Wa DONDO

L'Afrique en marche du 19 mars 2026 No 1141