Romuald Wadagni a pris les rênes du Bénin à la suite de Patrice Talon, le 24 mai dernier. Dans quelques heures, le nouveau président de notre pays bouclera 100 jours de gouvernance. Que retenir de cette période que les spécialistes sous tous les cieux qualifient de : « Mise en route du cap symbolique.»?
D'ABORD, concernant les sujets domestiques, comme grand marqueur, en 100 jours à la tête du Bénin, Wadagni a impulsé un style fondé sur la proximité et l'écoute citoyenne.
En effet, dès sa prise de fonctions le 24 mai 2026, le chef de l’État a imposé un changement de marque dans la pratique du pouvoir.
Pour gouverner, il a séquencé les réunions de l'exécutif en ateliers d'avenir. Les conseils des ministres sont devenus mensuels précédés de multiples réunions.
Loin des protocoles rigides, les descentes inopinées de Wadagni sur le terrain, comme ses visites surprises à Parakou, illustrent une volonté de toucher du doigt les réalités de ses concitoyens.
Ce choix délibéré d'un leadership à visage humain cherche à réduire la distance traditionnelle entre le sommet de l’État et la population.
ENSUITE, Wadagni a mis en exergue une continuité économique stratégique sous le sceau de la rigueur.
Ancien grand argentier national pendant une décennie, le président a inscrit ses premiers pas dans une trajectoire de consolidation financière rassurante pour les marchés et les partenaires internationaux. Les réformes économiques structurelles se poursuivent sans rupture, capitalisant sur les acquis de la modernisation de la gestion publique.
Cette rigueur budgétaire vise à pérenniser la croissance tout en garantissant la solvabilité et la crédibilité souveraine du pays.
ÉGALEMENT, on retient l'engagement pour la matérialisation du social dans le quotidien des ménages.
Conformément aux engagements solennels pris lors de son discours d’investiture, Romuald Wadagni s'attelle à traduire les indicateurs macroéconomiques en bien-être palpable.
Les premières mesures sectorielles ciblent l'accélération de l'accès aux services de base, notamment la gratuité ou l'allègement des coûts de santé.
Le défi central reste d'enrayer le sentiment d'exclusion sociale d'une partie de la population.
EN OUTRE, Wadagni accorde une attention particulière à l'autonomisation des jeunes et des femmes.
Il s'efforce d'insuffler une nouvelle dynamique en faveur des forces vives de la Nation. Des programmes pilotes de formation aux métiers de l’innovation et de soutien direct aux micro-entrepreneuses, souvent appelées les "bonnes dames", commencent à être déployés.
L'ambition est d'offrir des opportunités concrètes d'emploi et de financement pour transformer la jeunesse en un levier majeur de productivité.
Dans le même sillage, il imprime déjà son ancrage du développement territorial en lien avec son projet des six pôles régionaux de croissance durant son septennat
ENFIN, sa fermeté face au défi sécuritaire au Nord est constante. Le Bénin confronté à la persistance de la menace terroriste dans la partie septentrionale du pays, le chef de l'État sait qu'il doit combiner fermeté opérationnelle et dialogue.
Ses réunions avec la hiérarchie militaire et les soldats ont permis de réaffirmer le soutien total de la Nation aux forces de défense et de sécurité face au terrorisme.
Face au défi sécuritaire, en parallèle, le pouvoir mise sur le renforcement du développement socio-économique des zones frontalières pour couper l'herbe sous le pied des recruteurs extrémistes.
SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE...
Sur l'échiquier régional et africain, le début de mandat de Wadagni est caractérisé par une volonté impressionnante.
Son abnégation en vue de la normalisation des relations avec le Niger, est l'un des faits saillants de la politique étrangère de ces 100 jours.
Sans tergiverser, dès son investiture, le président Wadagni s'est rendu à Niger pour apaiser les tensions avec son voisin.
Les discussions engagées autour de la réouverture des frontières terrestres et de l'optimisation des flux logistiques augurent d'une décrispation majeure.
Ce dégel diplomatique est perçu comme une bouffée d'oxygène indispensable pour les acteurs du transport et du commerce béninois.
À la suite du Niger, Wadagni a été également au Burkina pour asseoir une convergence dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.
Il a été aussi au Mali pour boucler avec les pays de l'AES avec un changement de style notable et une diplomatie offensive.
Cette reprise immédiate du dialogue de bon voisinage avec les pays de l'AES (Niger, Burkina Faso, Mali) renforce la diplomatie de bon voisinage.
Le président Wadagni a en outre multiplié les déplacements stratégiques en Afrique de l'Ouest, notamment au Nigeria, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, mais aussi à Bruxelles pour consolider le partenariat avec l'Union européenne.
L'objectif affiché est d'attirer de nouveaux investissements privés tout en réaffirmant le rôle pivot du Bénin dans l’intégration sous-régionale.
...EN DÉPIT DE L'EMBELLIE, DEUX POINTS NOIRS
Malgré l'admiration des Béninois pour ce bon début de Wadagni, force est de constater qu'il y a des ressentiments.
Le premier sujet qui fâche est relatif au coût de la connexion.
En effet, depuis quelques jours, la fin de l'Internet abordable continue d'être au centre des débats. La disparition des forfaits illimités à 5 000 FCFA et 10 000 FCFA chez les opérateurs mobiles début août 2026 constitue le premier grand point noir social du début de ce mandat.
Ainsi, la réalité tarifaire fait que le premier palier pour bénéficier d’une offre réellement illimitée a bondi à 15 100 FCFA / 17 000 FCFA.
D'où l'incompréhension suite à cette hausse drastique qui contredit l'ambition affichée par le nouveau président, celle de mettre en œuvre un progrès social accéléré, d'autant plus qu'un ministère dédié à l'Intelligence artificielle et à la digitalisation vient d'être créé.
Pour la jeunesse et les entrepreneurs du numérique, cette mesure fragilise fortement l'inclusion digitale.
ENSUITE, certains Béninois n'ont pas oublié les 48 h de manque de réactivité des autorités suite à l'inondation du pont de Godomey (Djonou / Houédonou).
Les usagers de cette voie interEtats Cotonou-Calavi- Bohicon-Parakou- frontière Niger ont partagé leur exaspération face aux perturbations subies au niveau de cet axe névralgique du Grand Nokoué durant 48 h.
En fin juin 2026, suite aux fortes précipitations qui ont submergé le pont, coupant la circulation et paralysant le trafic routier, la réponse des autorités n'a pas été immédiate pour évacuer les eaux stagnantes et libérer la chaussée.
Cependant, durant cette sorte d'épisode critique au niveau de ce pont, il faut saluer le professionnalisme des forces de sécurité qui ont su réguler le trafic.
Les 100 premiers jours posent ainsi les jalons d'une gouvernance qui cherche à concilier l’efficacité technique héritée de son parcours et l’apaisement politique nécessaire à la stabilité nationale.
Après 100 jours, et pour le reste du septennat que Wadagni remplisse les greniers de grains (de bons grains) de maïs.
lafriqueenmarche du 30 août 2026 No 1247

