L'Editorial de Murielle MENSAH
Boni Yayi, le prédécesseur de Patrice Talon et président du parti de l'opposition "Les Démocrates", a rendu le tablier relatif aux rênes de cette formation politique. Si certains applaudissent Boni Yayi pour son don de soi, cette démission, n'est-elle pas loin des côtes de la victoire? Cette présidence LD sans résultats, n'est-elle pas une parenthèse perdue?
Boni Yayi n'est plus le président du parti "Les Démocrates". Il l'a fait savoir par une correspondance formelle à l'instance faîtière dudit parti et à la base militante, ce 4 mars.
DE PARAKOU À COTONOU EN PASSANT PAR CALAVI
Cette démission retrace le parcours de la gouvernance de ce parti sous le parapluie de Boni Yayi, de Parakou à Cotonou en passant par Calavi durant ces trois dernières années.
En effet, à Parakou, on était en octobre 2023, au congrès de ce parti. Cette réunion statutaire se tenait au lendemain de la victoire parlementaire historique de ce parti, une performance, qui a consacré la fin de la 8 ème législature avec une Assemblée nationale monocolore.
Quand Boni Yayi a pris la place de Éric Houndété, le tacticien des législatives de 2023 à Parakou, avec émotion, il avait promis noblesse et finesse politique pour des horizons meilleurs.
Après, nous voici en octobre 2025 à Calavi. Le Bénin attendait ce rendez-vous pris pour la désignation du duo présidentiel LD.
À cet instant de l'histoire, Boni Yayi, a lamentablement fait piètre figure avec un schéma biaisé et foiré. La suite...aucun Béninois n'est encore amnésique.
Et nous voici cette fois-ci à Cotonou, ce 4 mars 2026 où la classe politique et l'opinion publique internationale et nationale, ont été informées de sa démission de la présidence du parti.
Cette démission est-elle un acte de courage exemplaire? A-t-il préféré partir pour dire Mea Culpa ?
ENTRE LES UNS ET LES AUTRES
Si on reconnaît la valeur d'un chef, non seulement à la force de son ascension au congrès de Parakou, que dire de la dignité de son retrait?
Depuis ce 4 mars, certains choisissent de congratuler Boni Yayi, pour avoir choisi de quitter la présidence de son parti, en ne signant pas une fin, mais en scellant un héritage.
Pour ceux qui apprécient encore son leadership, sa décision est la bonne possible, surtout dans un monde politique de plus en plus difficile pour lui.
Il fallait choisir la liberté, après le souffle du combat. Et c'est ce que Boni Yayi a fait avec courage
Pour ses admirateurs, ce geste n’est pas un aveu de faiblesse, c’est le sacrifice ultime d’un leader qui place la cause au-dessus de sa propre personne.
Pour eux encore, Boni Yayi a été, durant ces années, le rempart contre l'arbitraire et la voix de ceux que l'on n'entendait plus.
Pour ceux qui le congratulent, son départ est une dernière leçon de démocratie, car il montre que le leader qui a été, restera une lumière et une boussole morale.
Pour les admirateurs de Boni Yayi, c'est que leur leader est resté maître de son destin et fidèle à ses convictions, car le parti va continuer, et sera porté par l’étincelle qu'il a allumée.
DÉMISSION APRÈS UN FIASCO
Se fondant sur leur hauteur de vue, beaucoup d'observateurs avertis voient un échec de leadership derrière cette décision, derrière la non/rigueur politique de Boni Yayi.
Pour eux, son départ est un aveu d'impuissance, car la démission supplée l'échec sur toute la ligne.
En effet, pour ceux qui font le constat d'échec de Boni Yayi, sa démission, loin d'être un acte de noblesse, survient au milieu des ruines d’une ambition non accomplie.
Ce départ n'est pas une simple passation de pouvoir, mais le constat d'une vacuité stratégique qui a laissé les espoirs de l'opposition en friche.
En dirigeant ce parti, Boni Yayi n'a pu transformer la détermination de l'opposition en force politique cohérente.
Aujourd'hui, son bilan est là, froid et indiscutable. Au bilan de ces trois ans de gouvernance, que d'occasions manquées, avec un horizon illisible et une base militante plongée dans l'inertie.
Partir aujourd'hui, c'est acter que le gouvernail a été tenu sans boussole, laissant le navire dériver loin des côtes de la victoire.
Une présidence de parti sans résultats, n'est-elle pas une parenthèse perdue? N'a-t-on pas assister à la faillite d'une méthode ?
L'Afrique en marche du 5 mars 2026 No 1131


