Adja Ouèrè ce dimanche 30 août 2026. Un silence de cathédrale a davantage figé l’assistance suspendant le souffle d’une classe politique habituellement invitée par Séfou Fagbohoun ici même.

Dans l'assistance, il y avait Bruno Amoussou, Louis Vlavonou (tous anciens présidents du Parlement et récemment sénateurs), sans oublier les autres...

SILENCE !

Il ne peut en être autrement, car celui qui est au pupitre n'est pas n'importe : Jérôme Bibilary, ami de 40 ans qui a vécu une fraternité agissante avec l'illustre désormais de vénérée mémoire.

Sous les dorures de cette bâtisse du regretté Fagbohoun, l'émotion a été à son comble à l’instant précis où l’ami a pris la parole pour saluer son frère de toujours.

Les regards émus des dirigeants se sont adoucis, captivés par la pureté d’un vibrant hommage qui transcendait tous les clivages partisans.

Dans cette atmosphère chargée d'une rare vérité, chaque mot prononcé par Jérôme Bibilary résonnait comme un rappel puissant de notre commune humanité, transformant ce domicile de Fagbohoun en un sanctuaire d'espérance.

La force de ce témoignage a opéré une alchimie secrète, insufflant une lueur d'éternité dans le cœur de chaque leader présent.

Quand Jérôme Bibilary poursuivait son hommage, l'absence du défunt est devenue une présence magnétique, unissant les amis et les adversaires politiques d'hier dans une même vibrante contemplation.

Ce moment de grâce absolue prouve que l'authenticité d'une amitié peut dicter sa loi aux différentes obédiences.

Laissez-vous inspirer par la grandeur de cet instant unique et redécouvrez comment ce témoignage partagé possède le pouvoir invisible, mais absolu de repasser en revue la vie de Séfou Fagbohoun.

Titus FOLLY

À titre de rappel, dans mon témoignage il y a quelques jours, j'ai laissé entendre que j'ai connu Fagbohoun grâce à Jérôme Bibilary, un aîné dans la profession dont le style est d'une marque déposée.

Je vous invite à déguster cette remarquable fluidité d'idées dans le témoignage ci-dessous.

...À SÉFOU, MON FRÈRE DE PLUS DE QUARANTE ANS...

PAR JÉRÔME BIBILARY

Témoignage d’un ami

Il y a des départs que l’on apprend avec les oreilles.

Et puis il y a ceux que l’on reçoit avec le cœur.

Depuis que j’ai appris que Séfou FAGBOHOUN avait répondu à l’appel du Père céleste, quelque chose en moi refuse encore de comprendre.

Je cherche mes mots.

Je cherche surtout à comprendre comment parler d’un homme avec lequel j’ai partagé plus de quarante années d’amitié, de fidélité, de confidences, de combats, de joies, d’épreuves et de fraternité.

Plus de quarante ans…

Quarante années, c’est une vie.

C’est une génération.

C’est suffisamment long pour voir un homme changer de statut, de responsabilités, de fortune et de dimension. Mais c’est aussi suffisamment long pour découvrir ce qui, derrière les titres et les apparences, ne change jamais.

Et chez Séfou, ce qui ne changeait pas, c’était l’essentiel : l’homme.

Je pourrais parler de Séfou, l’homme politique.

Je pourrais parler de Séfou, l’homme d’affaires.

Je pourrais parler de Séfou, le chef d’entreprise, le patriarche, le chef de famille, le chef de collectivité, le philanthrope ou encore l’homme de foi.

Mais toutes ces dimensions ne racontent finalement qu’une seule et même histoire : celle d’un homme qui avait choisi de vivre en laissant quelque chose derrière lui.

Et cet homme-là, avant tout, était mon ami.

Mon frère.

...PLUS DE QUARANTE ANS D’UNE FIDÉLITÉ RARE

Notre histoire ne commence pas avec les titres.

Elle commence bien avant.

À une époque où nous n’avions ni les responsabilités qui furent plus tard les nôtres, ni les moyens, ni probablement l’idée de ce que la vie ferait de chacun de nous.

Nous étions simplement deux hommes qui se sont rencontrés, qui ont appris à se connaître et qui, au fil des années, ont compris qu’ils pouvaient compter l’un sur l’autre.

Puis le temps a fait son œuvre.

Il y eut les réussites.

Les épreuves.

Les joies.

Les inquiétudes.

Les désaccords parfois.

Les grands tournants de la vie.

Et pourtant, notre amitié a traversé tout cela

C’est peut-être cela, finalement, la véritable définition de l’amitié : ne pas être présent seulement lorsque la vie sourit, mais rester lorsque la vie éprouve.

Séfou était de ces hommes-là.

Un homme fidèle.

Un homme dont la parole avait du poids.

Il savait dire la vérité sans humilier, conseiller sans rabaisser, reprendre sans blesser.

Avec lui, l’amitié n’était pas une simple proximité.

C’était un engagement.

L’HOMME DE FOI ...

Il y avait chez Séfou une dimension que ceux qui ne l’ont connu qu’à travers la vie publique n’ont peut-être jamais suffisamment perçue : sa foi.

Sa relation avec Dieu ne relevait pas seulement des paroles.

Elle se manifestait dans sa manière de considérer l’homme, dans son rapport à la famille, dans son sens du partage et dans cette conviction profonde que ce que Dieu nous donne n’est jamais exclusivement destiné à nous-mêmes.

Séfou savait que l’homme n’est qu’un passager.

Il savait que les maisons que nous construisons, les entreprises que nous développons, les responsabilités que nous assumons, les honneurs que nous recevons et les richesses que nous accumulons restent ici-bas.

Un jour, tout cela demeure derrière nous.

Ce qui nous survit, ce sont les traces que nous avons laissées dans la vie des autres.

Et Séfou semblait avoir compris cette vérité.

Il savait aussi que la foi ne devait jamais être une frontière entre les hommes.

Peut-être est-ce ce qui donne à certains de ses actes leur véritable portée.

À Adja-Ouèrè, il a fait construire une mosquée et une église protestante méthodiste.

Deux lieux de culte.

Deux confessions.

Une même terre.

Un même voisinage.

Un même message.

Il n’a pas construit des murs entre les croyants. Il a construit un pont entre les hommes.

Mais ces deux édifices ne racontent qu’une partie de son engagement.

Car Séfou ne construisait pas uniquement pour la foi.

Il construisait pour l’homme.

Il a également contribué à la réfection et à la rénovation de plusieurs autres lieux de culte, notamment des églises catholiques et d’autres confessions chrétiennes.

Ce détail est important.

Parce qu’il montre que sa générosité ne s’arrêtait pas à une appartenance religieuse.

Lorsqu’un lieu de prière avait besoin d’être relevé, lorsqu’une communauté avait besoin d’un soutien, il savait répondre présent.

Et son engagement dépassait largement le domaine religieux.

À Adja-Ouèrè, son empreinte s’est également retrouvée dans des réalisations et des soutiens qui touchent directement à la vie quotidienne des populations : le commissariat, le lycée technique, la mairie et bien d’autres infrastructures ou initiatives communautaires.

Derrière chacune de ces actions, il n’y avait pas seulement un bâtiment.

Il y avait une vision.

Celle d’une communauté qui doit pouvoir apprendre, se soigner, se protéger, administrer ses affaires, pratiquer sa foi et préparer son avenir.

C’est cela aussi, le philanthrope.

Ce n’est pas seulement celui qui donne de l’argent.

C’est celui qui transforme une partie de ce qu’il possède en possibilités pour les autres.

LE BÂTISSEUR DE SA COMMUNAUTÉ...

Lorsque je regarde aujourd’hui le parcours de Séfou, je comprends que le mot qui lui correspond peut-être le mieux est celui de bâtisseur.

Il bâtissait des entreprises.

Il bâtissait des relations.

Il bâtissait des familles.

Il bâtissait des ponts.

Et, lorsque les circonstances l’exigeaient, il contribuait à bâtir ou à réhabiliter des infrastructures dont la communauté avait besoin.

Une école n’est pas simplement un bâtiment.

C’est une promesse faite à la jeunesse.

Un commissariat n’est pas simplement un bâtiment.

C’est une contribution à la sécurité des citoyens.

Une mairie n’est pas simplement un bâtiment.

C’est un espace où s’organise la vie collective.

Une église ou une mosquée ne sont pas simplement des édifices.

Ce sont des lieux où l’homme vient chercher Dieu, la consolation, l’espérance et parfois la force de continuer.

Voilà pourquoi je refuse que l’on réduise la générosité de Séfou à quelques réalisations emblématiques.

Son œuvre est plus vaste que les monuments que l’on peut montrer du doigt.

Elle se trouve aussi dans les gestes anonymes.

Dans les aides ponctuelles.

Dans les mains tendues.

Dans les situations débloquées.

Dans les familles soutenues.

Dans les personnes qu’il a accompagnées sans jamais demander que leur gratitude devienne publique.

...LE PÈRE, LE CHEF DE FAMILLE

Je veux aussi parler de Séfou comme père.

Parce qu’avant d’être une personnalité publique, avant d’être un homme d’affaires et avant de devenir un patriarche, il était un homme de famille.

La famille occupait une place particulière dans son existence.

Il avait cette manière bien à lui de porter les siens.

Avec autorité parfois.

Avec exigence souvent.

Avec tendresse aussi, même lorsque cette tendresse ne se disait pas toujours avec de grands mots.

Il appartenait à cette génération d’hommes pour lesquels aimer sa famille signifiait aussi la protéger, la conseiller, l’éduquer et préparer ceux qui viennent après soi.

Il ne voulait pas seulement transmettre des biens.

Il voulait transmettre des valeurs.

Une éducation.

Une mémoire.

Un nom qui oblige.

Car un père ne transmet pas seulement ce qu’il possède.

Il transmet surtout ce qu’il est.

LE FRÈRE ET L’AMI...

Mais pour moi, Séfou restera surtout celui avec lequel j’ai partagé plus de quarante années de ma vie.

Et lorsqu’on perd un ami après tant d’années, on ne perd pas seulement une personne.

On perd une partie de sa propre histoire.

Il y a des souvenirs que personne d’autre ne pourra raconter parce que nous étions deux à les avoir vécus.

Des conversations dont je serai désormais le seul dépositaire.

Des silences que lui seul savait comprendre.

Des éclats de rire qui n’auront plus jamais exactement la même saveur.

Des moments difficiles où sa seule présence suffisait parfois à rendre l’épreuve moins lourde.

Et puis il y a toutes ces petites choses, insignifiantes pour les autres, mais qui deviennent immenses lorsque celui avec qui on les partageait n’est plus là.

C’est cela aussi, le deuil.

Ce n’est pas seulement pleurer celui qui est parti. C’est apprendre à vivre avec la place qu’il a laissée vide.

....L’HOMME POLITIQUE

Séfou fut aussi un homme politique.

Mais ceux qui réduiraient son existence à la politique passeraient à côté d’une partie essentielle de son parcours.

Il avait des convictions.

Des combats.

Des fidélités.

Des désaccords aussi.

Mais il avait surtout cette expérience des hommes qui ont longtemps fréquenté la chose publique : la conscience que les fonctions passent, que les partis changent, que les circonstances évoluent et que les hommes ne sont jamais éternels.

La République, elle, demeure.

Il aura contribué à écrire une page de l’histoire politique contemporaine du Bénin.

Il a connu les succès et les revers.

Les honneurs et les épreuves.

Mais il est demeuré debout.

Et c’est une autre chose que j’ai admirée chez lui :

cette capacité à traverser l’adversité sans jamais renoncer à avancer.

...L’HOMME D’AFFAIRES ET LE BÂTISSEUR

Séfou était également un bâtisseur dans le monde économique.

Et bâtir n’est pas simplement posséder.

Posséder, c’est avoir. Bâtir, c’est laisser.

Il savait entreprendre.

Il savait prendre des risques.

Il savait créer.

Il savait transmettre.

Derrière l’homme d’affaires, il y avait une véritable culture du travail et de la responsabilité.

Il savait qu’une entreprise n’est jamais seulement une affaire de chiffres.

Derrière les chiffres, il y a des hommes.

Des familles.

Des emplois.

Des destins.

Des générations.

C’est pourquoi son parcours économique ne peut être séparé de tous ceux dont la vie a été touchée, directement ou indirectement, par son action.

LE PATRIARCHE...

Puis, il y avait le patriarche.

Celui que l’on venait consulter.

Celui dont la parole comptait.

Celui auprès duquel on cherchait parfois une orientation, une médiation ou simplement quelques mots pour retrouver son chemin.

Le patriarche n’est pas simplement celui qui a vécu plus longtemps.

C’est celui dont la vie a suffisamment enseigné pour que les autres viennent chercher auprès de lui une lumière.

Séfou avait cette dimension.

Il avait connu des hommes.

Traversé des époques.

Connu les grandeurs et les fragilités de la vie.

Il savait que l’autorité véritable ne réside pas toujours dans la voix la plus forte.

Elle réside parfois dans la capacité à écouter.

À conseiller.

À réconcilier.

À soutenir.

À tendre la main.

...LE BIENFAITEUR

Et puis il y avait Séfou le bienfaiteur.

Celui-là, je voudrais que nous ne l’oubliions jamais.

Parce que certaines générosités sont visibles.

D’autres ne le sont jamais.

Certaines sont racontées.

D’autres disparaissent dans le silence de celui qui a donné.

Séfou savait donner.

Et il savait que la véritable générosité n’a pas toujours besoin de témoins.

Donner, ce n’est pas seulement se défaire de quelque chose. C’est parfois décider que ce que l’on possède doit servir à quelqu’un d’autre.

Il avait compris que lorsque la vie vous donne davantage, cette abondance peut devenir une responsabilité.

Responsabilité envers les siens.

Envers sa communauté.

Envers ceux qui ont moins.

Envers les générations qui viennent.

ET PUIS, IL Y A EU CE JOUR…

Mais il y a quelque chose que je ne peux pas ne pas évoquer.

Quelque chose qui, depuis sa disparition, m’a profondément bouleversé.

La manière dont les hommes et les femmes de ce pays ont répondu à son départ.

À peine l’annonce de sa disparition était-elle connue que les témoignages ont commencé à affluer.

Et moins de vingt-quatre heures après cette annonce, une mobilisation exceptionnelle s’est manifestée pour l’accompagner vers sa dernière demeure.

Des autorités.

Des responsables politiques.

Des personnalités du monde économique.

Des représentants de différentes communautés.

Des amis.

Des compagnons de route.

Des anonymes.

Des femmes et des hommes venus simplement parce qu’ils avaient quelque chose à dire à cet homme, ou simplement parce qu’ils avaient besoin d’être là.

Ils sont venus. Nombreux.

Et devant cette foule, j’ai compris quelque chose.

On peut parler d’un homme toute sa vie.

On peut raconter ses réalisations.

On peut rappeler ses fonctions.

On peut énumérer ses responsabilités.

Mais parfois, le plus grand témoignage est celui que les vivants rendent spontanément lorsque la mort vient frapper.

Ce jour-là, les titres n’avaient plus d’importance.

La fortune n’avait plus d’importance.

Les appartenances politiques n’avaient plus d’importance.

Il ne restait qu’un homme qui venait de partir… et une multitude de personnes qui étaient venues lui dire qu’il avait compté.

Cette foule était, à sa manière, un livre ouvert.

Chaque visage racontait une histoire.

Chaque présence était un témoignage.

Chaque larme disait quelque chose.

Et moi qui ai partagé plus de quarante années de sa vie, je regardais cette foule avec une émotion difficile à contenir.

Je me suis dit : « Séfou, regarde combien de personnes sont venues te dire au revoir. »

Et peut-être que, dans le silence de ce moment, j’ai compris que l’on ne mesure pas la grandeur d’un homme à la place qu’il occupe de son vivant, mais à la place qu’il continue d’occuper dans le cœur des autres lorsqu’il n’est plus là.

CE QUE JE RETIENS DE L’HOMME...

Aujourd’hui, je pourrais dresser la liste de ses réalisations.

Je pourrais rappeler ses responsabilités.

Je pourrais parler de ses entreprises, de ses combats politiques, de ses engagements et de ses œuvres.

Mais au moment où je dois te dire au revoir, ce ne sont pas les titres qui me viennent à l’esprit.

C’est ton visage.

Ta voix.

Tes conseils.

Tes silences.

Ton rire.

Ta fidélité.

Ton humanité.

Et cette certitude qui m’a accompagné pendant plus de quarante ans :

je pouvais compter sur toi.

C’est cela que je veux retenir.

Parce qu’au bout du compte, la grandeur d’un homme ne se mesure pas seulement à ce qu’il a possédé.

Elle se mesure à ce qu’il a donné.

Elle ne se mesure pas seulement au nombre de personnes qui connaissaient son nom.

Elle se mesure au nombre de personnes qui peuvent aujourd’hui dire, les larmes aux yeux :

« Cet homme a compté dans ma vie. »

Et moi, aujourd’hui, je peux le dire.

Plus de quarante années d’amitié ne disparaissent pas avec la mort.

Elles changent simplement de forme.

...MON FRÈRE, TU PEUX PARTIR

Séfou,

Tu as longtemps marché à mes côtés.

Nous avons traversé ensemble plus de quatre décennies.

Nous avons connu des jours de soleil et des jours de tempête.

Nous avons ri.

Nous avons discuté.

Nous avons parfois été en désaccord.

Nous avons surtout été fidèles.

Et maintenant, tu as répondu à un autre appel.

L’appel du Père céleste.

Je veux croire que tu ne nous abandonnes pas.

Tu continues simplement ton chemin ailleurs.

Nous sommes ici-bas pour un temps.

Tu le savais mieux que personne.

Nous construisons.

Nous travaillons.

Nous aimons.

Nous combattons.

Nous transmettons.

Puis vient le jour où il faut déposer tout ce que l’on possède et partir avec une seule chose : ce que nous avons été pour les autres.

Tu pars avec ton histoire.

Nous restons avec ta mémoire.

Tu pars avec tes œuvres.

Nous restons avec la responsabilité de les préserver.

Tu pars avec tes prières.

Nous restons avec les nôtres.

Et surtout, tu pars en laissant derrière toi une multitude de personnes qui peuvent témoigner de ton passage.

Parmi elles, il y en a une qui, malgré ses larmes, veut simplement te dire :

Merci.

Merci pour ces quarante années.

Merci pour ta fidélité.

Merci pour ton amitié.

Merci pour ta fraternité.

Merci pour tes conseils.

Merci pour tes silences.

Merci pour tes éclats de rire.

Merci pour les jours heureux.

Merci même pour les désaccords, parce qu’ils faisaient partie de cette vérité qui nous liait.

Merci pour toutes ces années où tu as été plus qu’un ami.

Tu as été mon frère.

UNE DERNIÈRE PAROLE...

On dit que les morts ne disparaissent jamais tout à fait.

Ils disparaissent de nos yeux.

Mais ils demeurent dans nos gestes, dans nos paroles, dans nos souvenirs et parfois même dans notre manière de regarder le monde.

Alors je ne veux pas te dire adieu comme si tout s’arrêtait aujourd’hui.

Je veux croire qu’une partie de toi continuera de marcher avec nous.

Dans une conversation.

Dans un conseil.

Dans une famille.

Dans une œuvre.

Dans une prière.

Dans cette mosquée et cette église que tu as fait construire côte à côte, comme deux témoignages silencieux d’une même aspiration : que les hommes apprennent à vivre ensemble.

Dans ces églises que tu as aidées à réhabiliter.

Dans ces écoles et ces infrastructures auxquelles tu as apporté ton soutien.

Dans ce commissariat.

Dans ce lycée technique.

Dans cette mairie.

Et dans toutes ces réalisations dont certaines sont connues et d’autres resteront peut-être longtemps ignorées du grand public.

Voilà pourquoi je crois que ton œuvre ne s’arrête pas avec ton départ.

Tu as laissé des pierres. Mais surtout, tu as laissé des possibilités.

Des enfants pourront apprendre.

Des familles pourront prier.

Des communautés pourront se réunir.

Des citoyens pourront être protégés.

Des générations pourront continuer à vivre et à construire sur ce que tu as contribué à bâtir.

Et c’est peut-être cela, finalement, la plus belle définition du bienfaiteur :

laisser derrière soi quelque chose dont les autres pourront encore bénéficier lorsque l’on ne sera plus là pour le voir.

Séfou, tu as construit des choses qui resteront lorsque nous ne serons plus là.

Mais ta plus grande construction, ce sont peut-être les liens que tu as créés entre les hommes.

Et ceux-là ne se mesurent ni en mètres carrés, ni en chiffres, ni en milliards.

Ils se mesurent en fidélités.

En souvenirs.

En vies touchées.

En mains tendues.

En œuvres accomplies.

Et en larmes versées au moment de ton départ.

Aujourd’hui, les miennes coulent.

Parce que derrière le patriarche, le politique, l’homme d’affaires, le chef d’entreprise et le philanthrope… moi, je pleure simplement mon ami.

Mon frère de plus de quarante ans.

Va en paix, Séfou.

Le chemin que tu avais commencé avec nous s’achève ici-bas.

Le reste appartient désormais à Dieu.

« La mort n’efface pas une vie ; elle révèle l’empreinte qu’elle a laissée. »

Et ton empreinte, mon frère, est profonde.

Très profonde.

Alors va.

Va retrouver le Père céleste auquel tu croyais.

Va retrouver ceux qui t’ont précédé.

Et si, là où tu vas, il est encore possible de regarder ceux qui restent ici-bas, regarde-nous une dernière fois.

Regarde ta famille.

Regarde tes amis.

Regarde tous ceux qui sont venus t’accompagner.

Regarde cette foule immense qui, en quelques heures, s’est levée pour te dire au revoir.

Tu vois, Séfou… tu n’étais pas seulement un homme connu.

Tu étais un homme aimé.

Et c’est peut-être le plus beau des héritages.

Nous, nous allons continuer.

Avec ton souvenir.

Avec tes enseignements.

Avec tes œuvres.

Avec cette absence qui, désormais, fera partie de nos vies.

Mais je garde une dernière certitude.

Après plus de quarante ans de marche commune, je refuse de croire que la mort puisse avoir le dernier mot sur une amitié comme la nôtre.

Ce n’est donc pas un adieu.

C’est un au revoir.

Au revoir, mon frère.

Repose en paix, Séfou.


lafriqueenmarche du 31 août 2026 No 1248