Le capitaine Ibrahim Traoré reste au centre du débat national et international. Arrivé à la tête du Burkina Faso le 30 septembre 2022, à la suite d’un coup d’État, il avait promis de restaurer la sécurité, de renforcer la souveraineté nationale et de redonner espoir à un peuple meurtri par des années d'actes terroristes. Quel bilan peut-on dresser après trois années d’exercice ?
La priorité affichée par Ibrahim Traoré était de reconquérir le territoire face aux groupes armés terroristes. A-t-il réussi ce pari?
LUTTE CONTRE LE TERRORISME ET RÉORIENTATION DIPLOMATIQUE...
En effet, les Forces armées burkinabè et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) ont multiplié les opérations. Certaines localités ont été reprises, et la capacité de réaction de l’armée s’est renforcée grâce à de nouveaux équipements.
Cependant, malgré ces efforts, une partie importante du territoire reste en proie à l’insécurité. Les attaques, parfois meurtrières, continuent, avec plus de deux millions de déplacés internes. Ce qui témoigne de l’ampleur du défi.
Sur le plan international, le capitaine Traoré a marqué sa différence. Le Burkina Faso s’est éloigné de certains partenaires traditionnels, en particulier la France. Il a renforcé ses liens avec la Russie, ainsi qu’avec ses deux voisins du Sahel, en occurrence le Mali et le Niger, au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Cette réorientation géopolitique est perçue par ses partisans comme une affirmation de la souveraineté burkinabè.
...ÉCONOMIE : DE NOUVEAUX LEVIERS
En matière de gouvernance et d'économie, le pouvoir Traoré affiche un volontarisme, cependant assorti de contraintes.
En effet, sur le plan interne, les autorités de transition ont lancé des initiatives pour stimuler la production agricole, soutenir les jeunes, promouvoir l’auto-suffisance et dicter une ligne claire en matière de souveraineté minière. Aujourd'hui, l'or du Burkina a une traçabilité et il sert d'élan pour le développement de ce pays.
Toutefois, la persistance de l’insécurité freine l’économie, accentue la pauvreté et alourdit les défis sociaux. Les caisses de l’État restent sous pression, tandis que le secteur privé peine à redémarrer.
LEADERSHIP FORT, MAIS...
À 36 ans, Ibrahim Traoré incarne une nouvelle génération de dirigeants africains avec leur leadership.
S'agissant de Ibrahim Traoré, il séduit une partie de la jeunesse de son pays et du continent africain par son discours de rupture et de dignité nationale.
Ses prises de parole fermes et son style direct lui valent une popularité notable au Burkina Faso et au-delà. En la matière, il est sur les traces de la figure iconique Thomas Sankara, le père de la révolution burkinabè, assassiné le 15 octobre 1987.
Cependant, ce leader jeune, symbole d’espoir et très souvent l'objet de controverses. Pour ses détracteurs, Ibrahim Traoré ne fait que de la propagande. Ce qui davantage fragilise son pays, car les soutiens financiers et militaires internationaux hésitent à poursuivre une coopération avec son pays.
Mieux, Ibrahim Traoré est critiqué pour sa gestion autoritaire, un manque de perspectives politiques claires et une transition dont l’issue reste incertaine.
En effet, en trois ans de gouvernance, parlant de gestion autoritaire, que de voix discordances embastillées ? Journalistes, acteurs des droits de l'Homme, syndicalistes et autres, ont été mis au noir pour que ses "ennemis de l'intérieur" se taisent.
Pourquoi tente-t-on de mettre sur le même diapason, acteurs de la société certes acerbes et terroristes?
Après trois ans de gouvernance, quelles perspectives s'offrent pour le Burkina ? Quelle voie le capitaine Traoré choisira-t-il pour conduire le Burkina Faso vers une stabilité durable ?
La question de l’avenir politique de ce pays demeure cruciale. Entre des avancées en matière de souveraineté et de mobilisation populaire, mais aussi des défis immenses en sécurité et en développement, dire que le bilan de ces trois années est contrasté n'est pas exagéré.
Radji SANOUSSI
lafriqueenmarche du 30 septembre No 1018


