La Chronique internationale de Salifou DIAGNE
Comme un destin sur mesure et dans le silence de la savane où le vent porte encore l'écho des empires passés, une parole a surgi, celle de Ibrahim Traoré. Elle est tranchante comme le fer du forgeron : « La démocratie n’est pas pour nous. ». Quelle grille de lecture peut-on avoir après cette déclaration du président burkinabè ?
Pour le président burkinabè, ce n'est pas seulement un constat, c'est une rupture. C'est l'aveu d'un vêtement trop large, cousu sous d'autres cieux, qui entrave la marche d'un peuple en quête de sa propre verticalité et qui lutte contre le terrorisme.
L'ÉCORCE ET LA SÈVE
On connaît Ibrahim Traoré pour son cri d'authenticité. Il y a dans cette affirmation une audace brute, celle de vouloir décoloniser l’esprit de la gouvernance.
On y devine également une volonté de troquer les urnes contre le socle de la sécurité, et les discours importés contre la réalité du terrain. En disant que la démocratie n'est pour nous, c'est dire que l’efficacité est la forme suprême de la liberté quand la survie est en jeu.
Face à la lutte contre le terrorisme, Ibrahim Traoré, préfère regarder le miroir occidental et d’y briser son propre reflet pour chercher, enfin, un visage qui ressemble à son pays.
RISQUE D'UN HORIZON CLOS
Dans un pays qui fait face au terrorisme, dire que le vêtement de la démocratie est inadapté, c'est mettre entre parenthèse l'aspiration à la dignité, un principe pourtant universelle.
Dire que la démocratie n'est pas pour nous, c'est tenter d'enfermer le génie d'un peuple. En effet, le danger n'est pas de rejeter un mot " démocratie", mais de faire du droit de chacun, à être l'architecte de la cité.
La sève d'un pays comme le Burkina, a besoin d'une écorce solide (l'autorité). Cependant, sans l'arbre de la liberté dont l'ombre nous vient de la démocratie, il faut craindre l'immobilisme.
Que va nous proposer Ibrahim Traoré ? Une "Troisième Voie" est-elle en projet ? Au fond, il s'agira de réclamer une démocratie, loin des procédures bureaucratiques ? Le vision de Ibrahim Traoré n'est pas une fin, mais un commencement : celui de prouver que l'on peut être juste sans être imitateur, mais puissant sans être sourd.
Car si la démocratie n'est pas pour nous, le Burkina doit faire en sorte pour que l'excellence et la justice, n'aient pas de frontières.
L'Afrique en marche du 3 avril 2026 No 1151

