À quelques semaines d’une élection présidentielle décisive, la Côte d’Ivoire se retrouve au cœur d’un débat politique enflammé. L’ancien président Laurent Gbagbo, figure historique de la scène nationale et leader du PPACI, a annoncé qu’il ne donnera aucune consigne de vote pour le scrutin de 2025. Une décision qui fait grand bruit et que certains de ses partisans considèrent comme une véritable coup de poignard contre le peuple ivoirien.

Selon un proche de Laurent Gbagbo qui a fait l'annonce, aucun des quatre candidats en lice face au président Ouattara n'ayant pas eu l'aval ni du PDCI, ni du PPACI, ni du FPI, l'opposition ne donnera pas de consigne de vote. 

Rapidement, cette position a suscité incompréhension et colère dans une partie de son électorat. Beaucoup espéraient que l’ancien président donnerait une orientation claire, notamment face à la candidature de Ouattara.


INCOMPRÉHENSION ET CRITIQUES...

Certains cadres du PPACI, tout en restant prudents, n’ont pas caché leur malaise. « Le président Gbagbo nous laisse sans boussole, à un moment où le peuple attend une direction », a confié un militant de son parti frustré.

Du côté de la société civile, des voix s’élèvent également : « Refuser de donner une consigne de vote dans un tel contexte, c’est livrer le peuple ivoirien à l’incertitude », affirme un activiste pro-démocratie.

Pour des observateurs politiques, ce choix pourrait être un coup stratégique. En ne soutenant aucun candidat, Gbagbo éviterait d’exposer son parti à une défaite politique et préserverait son image pour l’avenir. Mais cette stratégie pourrait aussi coûter cher en termes de crédibilité auprès de sa base militante, qui attendait une prise de position ferme.

Dans les quartiers populaires d’Abidjan, certains électeurs n’ont pas mâché leurs mots :

« C’est une trahison pure et simple. Nous l’avons soutenu dans les moments difficiles, et aujourd’hui il nous abandonne », déplore un commerçant de Yopougon.

D’autres, au contraire, défendent ce choix de Laurent Gbagbo : « Le peuple est assez mûr pour décider. Il n’a pas à dicter pour qui voter.», estime un fonctionnaire de banque à Cocody.

À quelques semaines du scrutin, le refus de Laurent Gbagbo de donner une consigne de vote laisse planer une incertitude majeure. Cette posture pourrait peser lourd sur le rapport de force électoral, car son électorat, historiquement discipliné, se retrouve désormais livré à ses propres choix.

Reste à savoir si ce geste sera perçu comme un acte de liberté démocratique… ou comme une rupture définitive entre Gbagbo et une partie de son peuple.


 Jean-Pierre SAMOU


lafriqueenmarche du 21 septembre 2025 No 1009