À l’approche des échéances électorales, la question du financement des partis d’opposition au Cameroun et en Côte d'Ivoire revient avec acuité. Dans ces deux pays, comment l'opposition va-t-elle pouvoir réunir les ressources nécessaires pour mener à bien la campagne face au pouvoir ?

Paul Biya est en lice au Cameroun. Alassane Ouattara l'est également en Côte d'Ivoire. 

Pour la présidentielle au Cameroun, le RDC  majoritaire, mieux structuré et bénéficiant d’un accès privilégié aux financements n'a pas de soucis à se faire.

En Côte d'Ivoire, le RHDP, le parti au pouvoir, bénéfice également d'un équilibre financier important.

En Afrique en général, si les partis au pouvoir accaparent une large partie des ressources, laissant aux opposants des miettes insuffisantes pour assurer une présence effective sur le terrain, on ne sera pas surpris de faire le même en Côte d'Ivoire et au Cameroun. C'est d'ailleurs clair, cette disparité renforce un climat de compétition inégale entre la mouvance présidentielle et l'opposition.


NERF DE LA GUERRE...

Pour endiguer ce manque de moyens, plusieurs partis d’opposition se tournent vers des sources parallèles.

Il y a les cotisations militantes, souvent symboliques.

Les levées de fonds auprès de la diaspora, levées qui deviennent un acteur central du financement politique africain.

Les soutiens privés surtout les entrepreneurs ou mécènes, contraints d'être discrets pour éviter des représailles du pouvoir.

Cependant, ces mécanismes se heurtent à la méfiance des électeurs et à la surveillance accrue des régimes en place, qui redoutent toute ingérence extérieure.

La question du financement ne se limite pas à un problème logistique. Elle conditionne la vitalité démocratique. Sans moyens équitables, le débat électoral s’appauvrit et le pluralisme s’étiole. 

Plusieurs observateurs estiment qu’il est urgent que les États africains adoptent des mécanismes transparents de financement des partis. Ce qui va éviter que la compétition politique ne se réduise à une simple formalité dominée par l’argent et le pouvoir en place.

À défaut de gros moyens financiers, les partis d’opposition de ces deux pays n'ont d'autres choix que de miser sur des stratégies alternatives.


...SUR DIFFÉRENTS DIAPASONS

Déjà au Cameroun, on constate que depuis la publication par le Conseil constitutionnel de la liste des 11 candidats (10 opposants et le président Paul Biya), les porte-étendards de l'opposition ont recours au numérique et aux réseaux sociaux, peu coûteux mais efficaces pour mobiliser les électeurs.

Quant à la Côte d'Ivoire, on attend de voir la capacité d'adaptation de l'opposition. Au nom de cette dernière, ils seront quatre face à Alassane Ouattara. Et à ce titre, c'est Simone Gbagbo, l'ancienne première dame qui est la plus attendue. Pourra-t-elle faire le poids financièrement face à la redoutable machine à efficacité du RHDP de Alassane Ouattara ? 

Aussi bien au Cameroun qu'en Côte d'Ivoire, les campagnes de proximité, centrées sur le porte-à-porte et les réunions locales seront comme une stratégie.

Le recours au bénévolat militant, moteur essentiel pour surmonter l’absence de moyens matériels sera aussi de mise.

Aussi bien en Côte d'Ivoire comme au Cameroun, tout dépit de l'opposition en matière de finances, pourra-t-il être repoussé?

Ou bien, l'opposition de ces deux pays recevra le coup le plus humiliant et boira jusqu'au fond la coupe amère de la défaite ?

En dépit de la campagne à l'américaine au profit des présidents Biya et Ouattara, il revient à l'opposition de savoir jouer ses cartes pour créer la surprise.


Jean-Pierre SAMOU 


lafriqueenmarche du 10 septembre 2025 No 1000