L'Editorial de Titus FOLLY 


Michel Aikpé, capitaine de l'armée beninoise et ministre de l'Intérieur, a été assassiné le 20 juin 1975. Que peut-on faire sur le plan médiatique pour lui rendre un hommage à titre posthume? De mémoire, c'est la première fois de ma carrière que j'ai été confronté à un fait historique, mais qui malheureusement me met en difficulté avec les autres du Conseil éditorial. Pourquoi ? 

À Michel Aikpé, on était tous unanimes pour lui rendre un hommage appuyé à l'occasion des 50 ans de son assassinat.

Comment rendre un vibrant hommage à ce jeune officier sans blesser certains encore en vie ? Telle a été ma ligne cardinale dans cet exercice délicat.  

De toutes les formules et formats projetés, je vous propose la juxtaposition de deux versions Il y a d'une part l'officielle et gouvernementale au moment des faits et celle du général François Kouyami, l'un des rares acteurs de l'époque à avoir témoigné. 

Même en m'appuyant sur ce témoignage du général François Kouyami, l'un de mes mentors à Porto-Novo dont-on connait la probité Intellectuelle, je n'oublie pas cependant qu'il est tombé en disgrâce à la fin du régime Kérékou I. Oui, à la der, à la fin des fins, les relations entre Mathieu Kérékou et François Kouyami, n'ont plus été un fleuve tranquille.

Au regard de tous ces ingrédients historiques, et autres peccadilles et même d'air pestilentiel de ce dossier, vous constaterez que les versions publiées, ont été amputées à certains endroits. 

Ma DÉMARCHE est simple. Il s'agit de ne pas permettre  de ne pas canarder certaines personnalités encore en vie dont une très proche. 


50 ANS APRÈS POUR...

Au-delà de cette charge émotionnelle relative à de ce dossier, on peut bel et bien rendre hommage au capitaine Aikpé de vénérée mémoire. 

Et pour le faire, QUI MIEUX QUE MON CÉLÈBRE AÎNÉ, Jérôme Carlos? Avant de continuer, je m'incline encore devant la mémoire de cette icône de la presse béninoise et africaine. Même à l'Eucharistie éternelle et dans les cèdres d'Orient, je vais m'appuyer sur lui pour cet exercice.

À chacune de mes visites chez mon aîné à Porto-Novo,  à quelques encablures de ma maison familiale, entre autres échanges, sa fuite dans la nuit du 20 juin 1975, jour de l'assassinat de Michel Aikpé.

Saviez-vous pourquoi Jérôme Carlos a été contraint à un séjour d'exilé pour se retrouver en Côte d'Ivoire pour poursuivre sa carrière de journaliste ? C'est lui qui a été désigné pour rédiger le communiqué officiel. 

« Titus, comment pouvais-je rédiger le communiqué officiel à publier dans Daho-Express pour maquiller la mort d'un ami intime?», me répétait-il souvent.

Face à cette lourde responsabilité qui interpelle sa conscience, Jérôme Carlos a opté pour l'esquive. Dans la nuit de ce 20 juin 1975, pour avoir refusé de mettre sa plume au service du maquillage du meurtre de son ami, il a choisi entre la prison et l'exil. Déguisé en une banale ménagère, Jérôme Carlos, ex pensionnaire du lycée "Victor Ballot" dans sa vie d'élève et qui connaissait très bien Porto-Novo et ses environs, esquiva par les recoins pour se retrouver au Nigeria. 

Loin des textes blasphématoires, mais aux confluents des témoignages de mon aîné dans le métier et qu'on peut donc s'appuyer sur son témoignage pour honorer Michel Aikpé.

De Jérôme Carlos, on apprend que Michel Aikpé, jeune officier de l'armée était un paracommando, pétillant de forme à la sauce de l'école malgache et Saint-Cyrienne. Michel Aikpé a fait un secteur de l'armée où les tranches de formation sont très pointues.

« Prendre de l'altitude et descendre en parachute lui a certainement donné une sorte de kaleidoscope d’engagement, de clarté et hauteur d'esprit...», me disait souvent Jérôme Carlos de lui. 

Ancré dans le devoir et l'éthique, Michel Aikpé a été selon notre référence dans le métier. Solide repère dans l'armée, il était toujours en action en tant que fédérateur d’idées. 

Du 26 octobre 1972 au 20 juin 1975, Michel Aikpé, a assumé les charges de ministre de l'Intérieur, comme un leader d’influence. 

Il était parmi le quarteron qui a organisé le coup d'État du 26 octobre 1972 contre le Conseil présidentiel incarné cette année-là de gouvernance rotative, par Justin Ahomadégbé.

Pour rappel, ce quarteron en question était composé d'un trio magique de trois capitaines. Il s'agit de Michel Aikpé, Janvier Assogba et Michel Alladayè. Ce trio avait un nom d'emprunt : "Les 3 A C de l'armée". À ces trois capitaines, il y avait en plus, Mathieu Kérékou qui était commandant et président de la République.


... HOMMAGE À TITRE POSTHUME

Michel Aikpé était très apprécié dans l'armée, car dans l'exercice de l'exemple, il n'était pas un paracommando de salon. Son saut spectaculaire de parachutiste, le 30 novembre 1974, est resté dans la mémoire collective d'antan. 

De Jérôme Carlos, on peut retenir : « Lors du défilé en marge de la proclamation du marxisme-léninisme à la place Goho à Abomey, alors que tous s'attendaient à sa chute brutale des airs comme un sac de maïs, donc promis à une mort certaine, Michel Aikpé a retourné à son avantage, cette situation mal embarquée. Ce qui l'a encore rendu très populaire, quelques mois quelques mois avant son assassinat.».

Jérôme Carlos met également toujours en avant, le fait qu'au-delà de l'armée, Michel Aikpé était également très apprécié par le personnel politique d'alors. La jeune classe politique avant-gardiste, socialiste et marxiste de l'époque après le coup d'État du 26 octobre 1972, savait rendre une fière chandelle à ce noble serviteur de la République.

Je retiens également du témoignage de Jérôme Carlos que Michel Aikpé était un chevalier sans relâche de l'armée avec trop de principes entre rigorisme et parfois intransigeance au point de non retour.

Peut-on plaider pour réhabiliter Michel Aikpé au regard de son kit de valeurs, il le mérite.  Malheureusement, sur le pont des arts, je ne suis ni décideur ni ayant le pouvoir décidu d'empêcher les feuilles de tomber. 


lafriqueenmarche du 24 juin 2025 No 940