La Chronique internationale de Salifou DIAGNE
L'ex président Embaló de Guinée Bissau, l'arroseur attitré n'a-t-il pas été bien arrosé par ses filleuls militaires qui ont bloqué son retour au pays ?
L'arroseur de Bissau a fini par boire la tasse. Umaro Sissoco Embaló, le président qui maniait l'art du coup de force et des décrets de dissolution comme d'autres manient le tuyau d'arrosage, vient d'être magistralement douché par ses propres créatures, ses filleuls militaires de Bissau.
En effet, en Guinée-Bissau, le karma politique ne prend pas de gants. Il porte des treillis. Après le coup d'État de novembre dernier pour empêcher la victoire de l'opposition à la présidentielle, pensait avoir installés au pouvoir des proches militaires pour ensuite exécuter ses basses œuvres.
Malheureusement, ces proches militaires ont retourné les vannes contre lui. Alors qu'il tentait de regagner le pays, ses fidèles lieutenants d'hier lui ont opposé une fin de non-recevoir implacable, barrant les pistes d'atterrissage de sa superbe et bloquant son retour.
À BISSAU, LE MAÎTRE DÉPASSÉ...
C'est l'histoire éternelle du maître dépassé par ses apprentis, du tenant du parapluie emporté par sa propre tempête.
Celui qui croyait saturer l'espace politique de ses manœuvres d'intimidation se retrouve aujourd'hui hors-jeu, séché sur place par le système qu'il a lui-même irrigué.
À Bissau, le fleuve a officiellement changé de lit, et l'arroseur public No 1 a trouvé ses maîtres en matière d'inondation.
Le désarmement des militaires proches de l'ex-président Umaro Sissoco Embaló par l'armée de Terre et le Haut commandement militaire illustre une stratégie classique de consolidation du pouvoir.
En désarmant la milice de Embaló, la junte fait le choix tactique aux dépens de lourds compromis.
Cette décision intervient alors qu'Embaló, renversé en novembre 2025, avait annoncé son retour à Bissau prévu le 4 octobre 2026 pour participer à l'élection présidentielle du 6 décembre 2026.
Le Haut commandement a bloqué ce retour pour des motifs de « sécurité nationale » et a procédé à la neutralisation des forces fidèles à l'ancien régime.
...PAR LA RIPOSTE DE LA JUNTE
L'évaluation de cette approche repose sur une balance fine entre risques et bénéfices.
Les avantages de cette stratégie pour le pouvoir actuel sont indéniables.
D'abord, il faut noter la neutralisation d'une menace interne directe. En désarmant la garde présidentielle et les éléments formés à l'étranger, les autorités de transition éliminent le risque d'un contre-coup d'État ou d'affrontements armés urbains à l'arrivée d'Embaló.
Mieux, cette décision de bloquer le retour de Embalô permet le contrôle du calendrier électoral. En interdisant l'accès au territoire au candidat Embaló, le gouvernement de transition sécurise la maîtrise du processus politique sans interférence d'une figure politique encore influente.
En outre, l'affirmation de l'autorité du Haut commandement démontre la cohésion des forces de l'armée de Terre face aux unités d'élite autrefois rattachées à la présidence.
Si beaucoup applaudissent cette décision relative à ce véto sur le retour de Embaló, cependant, d'autres craignent une frustration populaire qui expose le pouvoir à des accusations d'exclusion politique à l'approche du scrutin de décembre.
Mieux, les purges et réaffectations forcées risquent d'alimenter des ressentiments profonds au sein des casernes, déplaçant l'opposition dans la clandestinité.
En outre, il faut redouter la fracture institutionnelle . En effet, le désarmement a touché des cercles liés à Embaló avec la bénédiction du général Horta N'Tam pourtant considéré comme proche de Embaló.
Si l'opération sécurise l'immédiat en gelant le retour de l'ex-président, elle maintient une forte nervosité dans l'appareil sécuritaire à Bissau.
L'efficacité réelle de cette stratégie dépendra de la capacité des autorités à mener une transition jugée inclusive et transparente jusqu'aux urnes.
Pour mener à bien cette période sensible avant la présidentielle, la junte doit éviter une possible fracture au sommet de la hiérarchie militaire.
L'Afrique en marche du 6 octobre 2026 No 1266


