La riposte de l'Iran suite aux frappes aériennes combinées USA/Israël  depuis le 28 février dernier, a contraint les pays du Golfe (EAU, Qatar, Koweït, Bahreïn) et même Jordanie à  adopter une résilience portée par la diversification et des vents contraires liés à la géopolitique et aux marchés de l'énergie. Le développement de ces oasis économiques est-il compromis avec cette guerre ? 

Les économies du Conseil de coopération du Golfe (CCG), avaient montré des signes de ralentissement par rapport aux sommets pandémiques de la Covid. Après, elles sont redevenues robustes grâce aux réformes structurelles. Et si on passait en revue chacun de ses pays en ce début de conflit ? 

EMIRATS ARABES UNIS, avec sa croissance et ses prévisions (2025-2026), ce pays est en tête de la région, misant sur une croissance de 4,5 % en 2025.

QATAR ET BAHREÏN sont deux pays qui  maintiennent une dynamique stable grâce aux services financiers, au tourisme et au transport aérien.

KOWEÏT 

Ce pays présente une plus grande vulnérabilité budgétaire avec des dépenses primaires atteignant 94 % du PIB hors pétrole. 

Tous ces pays, grands producteurs énergétiques, étaient entrain de bénéficier du  facteur pétrolier quand survint malheureusement, ce conflit en Iran, qui soulève une tempête de sable partout 

En effet, L'OPEP+ a prolongé ses réductions de production jusqu'à fin 2025 pour stabiliser les prix face à une demande mondiale atone. 

Toutefois, une augmentation progressive de la production est attendue pour 2026, ce qui pourrait stimuler le PIB global, et ce en dépit des risques géopolitiques.

En effet, les récentes tensions régionales, avec des frappes entre l'Iran et ses voisins en ce début de mars 2026, ont généré des incertitudes sur les investissements et le tourisme.

En résumant les indicateurs (Estimations 2025-2026) avec la croissance de chaque pays, on peut retenir que les Emirats Arabes Unis vont afficher 4,5 %    en misant sur la diversification énergétique et le  tourisme en dépit de la dépendance au dollar.

Quant au Qatar, il espérait faire valoir son gaz et ses services financiers    .

Le Koweït, projetait, en dépit de la baisse de ses     hydrocarbures, de retrouver de l'élan grâce à sa    rigidité budgétaire.

Malheureusement, tous ces pays du Golfe, au regard de cette crise géopolitique, vont devoir revoir certaines de leurs prétentions à la baisse.

LE CAS JORDANIEN 

La Jordanie fait preuve d'une résilience face aux défis structurels.

L'économie jordanienne, bien que plus modeste, affiche une stabilité prudente malgré un contexte régional complexe. 

En matière de performance économique, le PIB réel a progressé de 2,8 % fin 2025. Le FMI et les agences de notation comme S&P maintiennent des perspectives stables ("BB-/B") pour le pays en 2026.

Cependant, ce pays doit faire face aux défis majeurs. C'est le cas du stress hydrique. En effet, la Jordanie figure parmi les pays les plus touchés par la pénurie d'eau. Ce qui freine son développement agricole.

Ce pays doit faire face à un taux de chômage élevé et une dette publique nette estimée à 75 % du PIB jusqu'en 2029. Ce qui pèse sur la consommation intérieure.

En dépit de ces vents contraires, il y a des  opportunités. En effet, le pays mise sur ses secteurs technologiques (Gaming, FinTech) et ses ressources minières, illustrées par un investissement de 813 millions USD dans le secteur du brome début 2025. Et voilà la Jordanie également contrainte au mode ralenti suite aux frappes iraniennes. 

QUAND LES DRONES SURVOLENT LES CHANTIERS PHARAONIQUES 

Loin de l'effervescence habituelle des chantiers pharaoniques et du scintillement des skylines, les oasis économiques du Golfe traversent une séquence inédite de tempérance forcée. 

De Dubaï à Koweït City, en passant par Amman ou Doha, le dynamisme légendaire de ces hubs mondiaux semble s'être mué en une vigilance silencieuse.

Longtemps portées par une expansion débridée, ces Nations doivent faire face après ce conflit à un virage structurel. 

La conjoncture internationale, marquée par ces tensions géopolitiques persistantes et une volatilité des marchés énergétiques, impose une rationalisation des ambitions. 

Avec cette guerre dans le Golfe Persique, ce n'est plus la course au record qui prime, mais la quête de la résilience.

Si les Émirats et le Qatar maintiennent le cap vers l'après-pétrole, la crise actuelle oblige le rythme de s'ajuster. Après la guerre, les investissements doivent devenir plus sélectifs, privilégiant la technologie et le capital humain au béton.

Au Koweït et à Bahreïn, la gestion des équilibres fiscaux va ralentir le déploiement de certains grands projets d'infrastructure. Il faudrait donc poursuivre les contraintes budgétaires. 

Signalons qu'à la lisière de ce bloc, la Jordanie va tenter après la guerre  de préserver sa stabilité économique, malgré un environnement régional complexe qui pèse sur ses flux touristiques et commerciaux.

En clair, après la guerre, il y aura de la maturité plutôt que la léthargie. Ce "mode ralenti" n'est pourtant pas un déclin, mais une respiration stratégique. 

Pour ces monarchies, il s'agira d'une mue nécessaire. Il faut passer d'une économie de flux rapides à un modèle de pérennité. 

L'heure est à la consolidation des acquis et à l'optimisation des ressources internes. Le désert arabe va-t-il s'endormir ou observera, s'adaptera et recalibrera ses forces pour le prochain cycle de croissance ? 

Karim MOUFARADJOU correspondance particulière depuis Qatar 

L'Afrique en marche du 4 mars 2026 No 1130