Son état psychologique cumule le deuil de ses parents et celui de sa conjointe. On parle de Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême iranien. Avec ce triple deuil, sa première déclaration officielle depuis son rang de guide suprême, se sent-il déjà ni "l'enfant de" et ni "la moitié de"? 

Mojtaba Khamenei, le nouveau guide suprême d'Iran depuis le 9 mars dernier suite à la mort de son père Ali Khamenei, a fait lire sa première déclaration sur le plateau de la télévision nationale.

En effet, le média public a lu une déclaration du nouveau guide suprême. Dans la substance de cette déclaration, le maître/mot qui transparaît, c'est la poursuite de la guerre. Dans cette déclaration, Mojtaba Khamenei exhorte son pays à l'abnégation pour continuer à bloquer le détroit d'Ormuz.

LIGNE DURE DE GUERRIER 

Alors qu'on croyait Mojtaba Khamenei en territoire de solitude absolue, souvent décrit comme un exil intérieur, le voici face à la profondeur émotionnelle.

Mojtaba Khamenei qui porte ce triple deuil, dans un pays dont toutes les fenêtres ont été condamnées, exige la poursuite de la guerre.

En perdant ses parents, l'orphelin perd son ancrage, ses racines et ce témoin silencieux qui l'aimait avant même qu'il n'existe. En perdant sa conjointe, il perd son horizon, sa boussole quotidienne et son projet futur. 

Il se retrouve à la croisée de deux silences : celui de l'adulte sans parents dont les voix se sont éteintes et sans oublier la vie choisie de sa conjointe qui s'est brisée. Psychologiquement, Mojtaba est comme dans une île avec un sentiment d'insécurité profond, car le filet de sécurité (celui des parents) et le pilier de soutien (celui de la conjointe), ont disparu simultanément. 

C'est un deuil qui demande une reconstruction identitaire radicale.  Dans ces conditions, il faut apprendre à s'appartenir entièrement à soi-même, sans aucun miroir pour refléter sa valeur ou son histoire.  C'est une épreuve de résilience pure, où désormais chacun de ses souffles est une conquête sur le vide.

POURSUIVRE LA MISSION DE GUERRE 

Entre le ciel lourd et la terre froide, alors qu'il ne lui reste que le poids du vide, il demande à la Nation une alliance au milieu d'un champ de cendres. 

Mojtaba Khamenei doit  combattre les ennemis USA et Israël pour que le silence ait enfin une raison d'être au nom de la Nation. Depuis le dimanche 8 mars dernier, il marche vers le feu, non pas en soldat, mais en écho d'une lignée dont il est le dernier mot. Mojtaba Khamenei, orphelin est désormais le guerrier en chef. Sans un style poétique, il devra mettre l'accent sur l'introspection et la résonance émotionnelle au nom de la grandeur de l'Iran. 

En dépit du deuil, il lui faudra un style épique en revanche, pour souligner l'ampleur des enjeux, la bravoure et le souffle héroïque de l'action.

Mojtaba Khamenei, avec le souffle de l'épopée, n'oubliera pas la mélancolie poétique. 

Mojtaba Khamenei, sans le fracas du nom de son père que personne ne prononcera  plus après 37 ans de règne, et sans le baiser de sa mère, et sans l'ombre de sa conjointe, il doit marcher davantage là où le ciel s’embrase.

Mojtaba Khamenei, après l'apprentissage sous la tutelle de son père ne doit craindre le retour d’un fantôme, mais doit se muer en un colosse d’acier. 

Sous son armure, le vide de l'absence de son géniteur tutélaire doit devenir sa force la plus féroce.

On ne peut briser un cœur qui a déjà tout perdu. Il ne combat pas pour la gloire des pères, ni pour la terre des ancêtres, mais pour le droit d’exister enfin dans le regard de l’ennemi.

Chaque coup d'épée est un cri vers les cieux muets. Il doit éviter que chaque bombe américaine ou israélienne, ne soit une pierre posée sur le tombeau invisible de ses parents défunts. 

Mojtaba Khamenei avancera seul, orphelin du monde, mais souverain. Loin du chaos qui a transformé son parcours en larmes froides, il lui revient de savoir que faire sur le champ de bataille, le seul foyer d'une époque spécifique futuriste.

Mojtaba Khamenei, en dépit de l'issue de cette guerre, a déjà gagné sur un trait particulier, celui du caractère du héros.

Ibrahim DIALLO 

L'Afrique en marche du 13 Mars 2026 No 1137