L’exécution publique de Mariam Cissé, jeune influenceuse malienne, très suivie sur "TikTok", continue de provoquer indignation et incompréhension à travers le pays. 

Enlevée le jeudi 6 novembre 2025 lors d’une foire à Echel, elle a été exécutée le lendemain sur la place centrale de Tonka.

La jeune femme a été tuée par des hommes armés se réclamant d’un groupe djihadiste. Au-delà de l’émotion, cette mise à mort met en lumière des enjeux religieux, politiques et juridiques profonds qui traversent le Mali depuis plusieurs années, tout en dénonçant le prétexte religieux par lequel on tente d'asseoir la terreur

En effet, les assaillants ont accusé Mariam Cissé : « De collaboration avec les forces du gouvernement et d’impudeur ». Son activité sur les réseaux sociaux où elle diffusait des vidéos sur la vie quotidienne, la culture locale et parfois des messages de soutien à l’armée, aurait été perçue comme contraire à l’idéologie rétrograde des groupes islamistes présents dans le nord du Mali.


...RIGORISME RELIGIEUX ET PORTÉE POLITIQUE 

Dans les zones sous leur influence, ces groupes imposent une lecture extrême de la charia. Les femmes doivent se voiler entièrement, éviter les activités publiques, et ne pas apparaître sur les réseaux sociaux.

Ainsi, l’exécution de Mariam Cissé s’inscrit dans une logique de terreur religieuse, visant à rappeler à la population que toute expression de liberté, notamment féminine, sera sévèrement réprimée.

Pour les jihadistes, son meurtre n’est pas seulement une punition, c’est un message. En effet, pour les terroristes, les réseaux sociaux sont vus comme des outils d’insoumission, surtout lorsqu’ils sont utilisés par des femmes.


PORTÉE POLITIQUE...

Sur le plan politique, cette exécution révèle les limites du contrôle de l’État malien sur certaines régions du nord. 

Malgré la présence des Forces armées maliennes et le soutien de groupes alliés, plusieurs localités comme Tonka ou Goundam demeurent largement sous influence de groupes armés affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) ou au JNIM.

Ce drame met en cause la stratégie de sécurisation du gouvernement de Assimi Goïta, qui avait promis de pacifier le territoire et d’assurer la souveraineté nationale après le départ des forces étrangères.

Or, l’exécution publique d’une jeune civile, au vu et au su de toute une communauté, illustre la persistance de zones grises échappant au contrôle de l’État.

Sur le plan symbolique, ce meurtre est aussi une attaque contre la jeunesse malienne, notamment celle qui s’exprime sur les réseaux sociaux. Les groupes extrémistes cherchent à dissuader toute forme de discours libre et à réduire au silence les voix modernistes perçues comme pro-gouvernementales.


...ENTRE FOI, ÉTAT ET LIBERTÉ 

Le cas de Mariam Cissé symbolise la collision entre trois dimensions essentielles du Mali contemporain.

Il y a d'abord le volet religieux. En effet, la lutte entre l’islam tolérant majoritaire et les dérives radicales imposées par les extrémistes deviennent préoccupantes.

S'agissant du volet politique, la question du contrôle territorial et de la légitimité de l’État dans les zones reculées sont également à l'ordre du jour.

Sur le plan juridique et sociétale, la protection des droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression, face à la montée de l’intolérance et de la violence sont  aussi des éléments d'appréciation qui contribuent au décryptage.

L’exécution de Mariam Cissé soulève enfin des questions juridiques majeures. Dans un État de droit, une telle mise à mort sans procès constitue une violation flagrante du droit à la vie. Ce droit est garanti par la Constitution malienne et par les conventions internationales signées par le Mali (notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples). En dépit de tout, c'est un vide juridique et institutionnel préoccupant.

Mais dans les régions sous contrôle de groupes armés, le droit officiel de la République est remplacé par la loi du plus fort. Les juridictions locales, les forces de sécurité et même les autorités administratives y sont souvent absentes ou impuissantes.

Ce vide juridique permet à ces groupes d’imposer une "justice parallèle" fondée sur la peur et les exécutions publiques, sans possibilité de recours ou d’enquête impartiale.

Ce drame révèle la faillite du système judiciaire dans les zones occupées. La justice malienne ne s’y applique plus.

Cette mort tragique rappelle le prix que paient encore de nombreux civils, notamment les femmes, dans les zones de conflit.

Cette mise à mort est aussi un avertissement à une jeunesse malienne en quête de liberté sur les réseaux sociaux. 

Pour la mémoire de Mariam Cissé, de nombreux internautes africains et dans le monde, ont salué son courage, symbole d’une génération qui veut vivre libre, parler libre et créer librement.


Arouna AMADOU


lafriqueenmarche du 12 novembre 2025 No 1044