La pleine capacité de production de la raffinerie "Dangote" du fait de la Guerre au Moyen-Orient, a provoqué une baisse des prix à la pompe au Nigeria. Ce qui a engendré une sorte de tourisme en carburant.

« Je préfère venir de Cotonou à idiriko le weekend pour me ravitailler en carburant...», dixit Mathieu, un transporteur béninois rencontré à une station-essence, dans un véhicule de marque "Toyota" de couleur grise avec une plaque du Bénin. 

Il poursuit: « Depuis le 10 mars dernier, où la raffinerie "Dangote", a annoncé une baisse significative des prix à la sortie de l'usine (gantry price) pour soulager le marché intérieur, les prix défient toute concurrence ici. Je préfère donc venir ici pour faire le plein...».

Il cite de mémoire les prix pratiqués dans les stations essence au Nigeria : « Ainsi, pour l'Essence (PMS), le prix est passé de 1 175 ₦ à 1 075 ₦ par litre, soit une réduction de 100 ₦.... »

« Je préfère venir ici pour profiter de ce bien que met à la disposition du Nigeria, le propriétaire de cette méga raffinerie, Aliko Dangote. Ici, on voit d'autres nationalités qui passent par Cotonou pour venir ici faire le plein...», dit-il.

Il martèle encore : « Sans Dangote, dans ce contexte de guerre au Moyen-Orient, on allait acheter l'essence à 3000 F le litre...».

« Pendant des décennies, le Nigeria importait cette richesse pour les occidentaux. Aujourd’hui, le géant de Lekki, Aliko Dangote, a inversé la vapeur, transformant le pays en un pôle d'attraction pour ses voisins....», précise-t-il.

« De la frontière à Sèmè-Kraké, à Idiroko jusqu'aux confins du Cameroun, personne ne peut résister à cette  réduction des prix dans leurs stations d'essence.», déclare-t-il pour conclure.

LE DIESEL, PAS EN RESTE 

Ici dans cette station-essence à Idiroko (Nigeria), le tourisme en carburant est à son comble avec des véhicules venus surtout du Bénin pour faire le plein.

Inoussa, transporteur Burkinabè, avec son  gros-porteur immatriculé dans son pays, avant de retourner au Burkina via Cotonou, Lomé, Ouaga, y a également fait une descente pour faire le plein.

« Par rapport au Diesel (AGO), le prix a chuté de 1 620 ₦ à 1 430 ₦ par litre, avec une baisse de 190 ₦...», explique-t-il.

«Je préfère donc venir ici pour faire le plein. Tous les autres qui viennent ici apprécient la générosité de Dangote et sa vision.»,  dit-il pour conclure. 

TOURISME EN CARBURANT 

Que retenir de ce concept "tourisme en carburant"?

Selon Malick Soulihu, macro-économiste de son État : « L'expression "tourisme en carburant" ou encore "tourisme à la pompe", désigne les conducteurs qui franchissent une frontière nationale pour faire le plein dans un pays voisin où les taxes ou les prix à la pompe sont nettement inférieurs...». 

Il poursuit : « C'est un levier de pouvoir d'achat. C'est un moteur principal, celui strictement économique. Face à l'inflation ou à des disparités fiscales importantes entre pays limitrophes (par exemple entre le Tchad et le Nigeria, les automobilistes cherchent à réaliser une économie substantielle sur un budget contraint...». 

Il continue ses explications : « C'est un phénomène géographique de zone frontalière. Ce tourisme est par nature localisé. Il crée des flux intenses de circulation sur quelques kilomètres au-delà de la frontière, transformant les stations-service en véritables hubs commerciaux...».

« Ces zones développent souvent des activités commerciales (alimentation, boisson, etc ) pour maximiser le panier moyen du visiteur éphémère...», explique encore l'expert.

« Cependant, c'est un paradoxe fiscal. Le détour kilométrique effectué pour économiser quelques F.CFA génère un défi fiscal pour le gouvernement nigérian, c'est un jeu d'équilibre complexe.», analyse le macroéconomiste pour conclure. 

PAYS LIMITROPHES 

« Le  Nigeria avec ces prix modérés relatifs au carburant, bénéficie de recettes fiscales massives grâce au volume de ventes.

Les pays limitrophes dont les transporteurs viennent ici, vont subir une perte de recettes (évasion fiscale) et une fuite de la consommation intérieure...», fait savoir l'économiste Djibril Ali. 

Pour lui : « On ne peut empêcher ce phénomène de "tourisme en carburant" surtout venant des pays limitrophes comme le Bénin, le Cameroun, le Niger et le Tchad...».

Il poursuit : « La baisse des prix au Nigeria grâce à la raffinerie "Dangote", a fait chuter le prix du litre d'essence...».

Il analyse encore : « Cette baisse rend le carburant nigérian nettement moins cher que dans les pays voisins. Au Tchad, par exemple, le litre peut atteindre 1 500 à 2 000 FCFA, ce qui incite les consommateurs et les contrebandiers à s'approvisionner ici au Nigeria...».

« Parmi les pays limitrophes, le Cameroun est devenu l'une des premières destinations d'exportation pour l'essence de Dangote. Ce qui facilite l'accès légal et informel...», développe-t-il encore.

«Outre, le Cameroun, il y a le Niger et le Bénin. La disponibilité de l'essence "Dangote" à prix modéré, relance le secteur du "Kpayo" (essence de contrebande), qui avait été affaibli par la fin des subventions nigérianes en 2023.

Pour capturer l'essence, un phénomène socio-économique, mêlant pragmatisme frontalier et renaissance industrielle, l'or de Lekki, prend corps avec le "tourisme en carburant". .

Quand le Nigeria redessine les routes de l'Afrique, il existe un nouveau pèlerinage sur les routes de l’Afrique de l’Ouest vers le pays de Dangote.

À chaque poste-frontière du Nigeria, ce ne sont plus seulement des marchandises qui circulent, mais un souffle nouveau : l’essence de la raffinerie Dangote.

Wilfried GBÊGAN 

L'Afrique en marche du 1er avril 2026 No 1149