Les mines congolaises présentent un risque sécuritaire élevé, et aucune partie ne souhaite s'y aventurer sans garanties. Le M23 n'a montré aucune volonté de se retirer de la zone malgré les négociations auxquelles il a participé à Doha. Tshisekedi et ses responsables de la sécurité sont conscients de l'impossibilité de reprendre par la force le territoire conquis par les rebelles.

Si le statu quo perdure, les négociations engagées suite à la lettre remise par Grine pourraient alors se réduire à la sécurisation des mines convoitées. Cela risque d'attiser l'appétit de la légende américaine de la sécurité privée Erik Prince, basée à Venise et à Abou Dhabi, qui suit de près l'offre congolaise faite à Trump.

Le fondateur de Blackwater, aujourd'hui à la tête du groupe Frontier Services, coté à Hong Kong, est déjà implanté en RDC (AI, 12/05/25). Il a signé un accord de collaboration entre octobre et novembre avec le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, sur la collecte des taxes minières.  L'accord prévoit la création et la formation d'une brigade fiscale, qui pourra intervenir dans le secteur minier, les hydrocarbures et l'industrie forestière.


...PEU À PEU EN ORBITE ?

Au moins 50 millions de dollars ont été déboursés ces derniers mois dans ce cadre. Une douzaine d'employés de Prince, menés par un ancien officier des forces spéciales américaines, ont été déployés à Kinshasa. Logés dans un luxueux hôtel de la capitale, ils évaluent actuellement les zones d'opérations et élaborent un plan de déploiement. Leur présence fait de Prince un acteur clé du rapprochement entre Kinshasa et Washington et ses acteurs du secteur privé.


...OFFRE DE 800 MILLIONS DE DOLLARS ?

Mais Prince n'est pas le seul citoyen américain à tenter de se positionner dans le secteur de la guerre privée. Ancien pasteur évangélique texan, Mark Junkans, à la tête de la société PJ-IC, s'est associé au Tchèque Martin Kachlik, patron de l'entreprise de défense Tricera, et à l'homme d'affaires congolais Alain Mbobela, patron de CBM Constructor.  Quelques jours avant que Tshisekedi ne sollicite l'assistance américaine en matière de sécurité, le trio a transmis un plan de soutien militaire au président congolais.

La proposition envoyée le 21 janvier, marquée « confidentielle », fait notamment référence à « la formation d'une équipe conjointe composée de représentants autorisés des FARDC (armée congolaise) et de nos opérateurs des forces spéciales » afin d'éliminer les cibles du M23. Le trio a proposé un plan opérationnel, incluant la livraison d'équipements militaires, dont des avions de combat, des hélicoptères UH-60 Black Hawk et 1 500 drones kamikazes. Il a également proposé la formation de 2 500 soldats des forces spéciales.

Contacté par Africa Intelligence, Junkans a insisté sur le fait que son nom et celui de son entreprise avaient été placés sur cette proposition « par erreur » et que PJ-IC ne joue « aucun rôle [...] dans les équipements ou services de défense ». Cela ne l'a pas empêché de proposer, pour le compte de son entreprise, une mission de conseil de 385 000 dollars au gouvernement congolais, dont le contenu – consulté par Africa Intelligence – est explicitement axé sur les questions de sécurité. 

Les représentants de ces entreprises ont été reçus fin avril par le vice-Premier ministre chargé de la Défense, Guy Kabombo Muadiamvita, et le ministre des Infrastructures, Alexis Gisaro, à qui ils ont présenté la facture d'environ 800 millions de dollars. Leur offre est toujours en cours d'évaluation par les autorités congolaises, qui cherchent à en vérifier le sérieux.


Source forum Reporters volontaires RDC 


lafriqueenmarche du 21 mai 2025 No 911