Nous sommes à Kavimvira-Gatumba, la frontière entre Uvira (RDC) et le Burundi. Depuis que cette frontière a été réouverte le lundi 23 février dernier, un monde fou grouille dans cette localité pour matérialiser davantage le "pont" des retrouvailles entre Uvira et Bujumbura.
Ce matin-là, on était au lever du soleil sur le lac Tanganyika. À la frontière de Kavimvira, le silence pesant des dernières semaines est rompu par le vrombissement des motos et tricycles sans oublier le cliquetis des vélos chargés de marchandises.
Avec la levée des barrières après deux mois, c'est l'aube d'une vie économique nouvelle entre ces deux pays. D'où l'enthousiasme qui capture une région qui sort de l'asphyxie.
Devant nous, en quelques minutes, des vagues successives de milliers de personnes, ont franchi le poste frontalier. Ce qui témoigne de l'importance de ces retrouvailles.
À la rencontre des "mamans", les commerçantes, pionnières de la vitalité commerciale entre les deux pays, et qui, pendant 10 semaines, ont vu leurs stocks périr et leurs revenus s'effondrer, c'est le sourire.
L'ÂME CASSÉE, RETROUVÉE

Au-delà du retour des vélos, motos, et tricycles qui transportent des marchandises...
« Nous femmes sommes contentes, après plus de deux mois d’une attente éprouvante...», dixit Honorine revendeuse de légumes venue du Burundi.Pour elle : « Cette réouverture du poste de Kavimvira-Gatumba, n'est pas qu'une simple formalité administrative ; c'est la fin d'une asphyxie pour des milliers de commerçants et le retour de l'espoir pour les familles...».
« Cette frontière, c'est notre vie...», confie Guy-Manuel, un conducteur de tricycle. Il apprécie également cette réouverture : « À nouveau, les motos et tricycles chargés de marchandises ont repris leurs activités au grand bonheur de tous...».
« Ce corridor est stratégique pour les commerçants de même que les transporteurs. Cette localité est le moteur essentiel de notre économie locale. Cette réouverture est un pas décisif vers la stabilité et la prospérité partagée entre les deux pays...».
« Ceux qui ont cru qu'ils vont soumettre Uvira par les armes, ont échoué. Que ce passage reste à jamais un symbole de paix et de fraternité entre le peuple congolais et le peuple burundais....», martèle-t-il encore.
« La levée des barrières, symbolise l'espoir et l'avenir des deux peuples liés par des liens commerciaux historiques.», dit-il pour boucler son intervention.
ÉCONOMIE DE PARTAGE

... on voit également un nombre important d'acteurs commerciaux...
Selon un macroéconomiste congolais qui a requis l'anonymat : « Bujumbura, capitale économique du Burundi, et Uvira en RDC, forment un écosystème économique interdépendant....».
« Le poids économique de cette frontière représente près de 50 % de l'économie du Sud-Kivu...», fait-il savoir.
Il analyse encore : « Le retour des produits frais burundais sur les marchés d'Uvira et le flux de marchandises congolaises vers Bujumbura, marquent le redémarrage d'un moteur économique régional vital...».
Il insiste : « La levée des barrières le 23 février dernier, rétablit le passage des échanges qui font battre le cœur des deux pays que sont la RDC et le Burundi...».
« Ceux qui ont attaqué Uvira en décembre, et ont provoqué la fermeture du poste de Kavimvira-Gatumba se sont trompés, car ils ont eu l'effet contraire...», dit-il.
« Ceux qui sont venus ici avec les armes, la colère dès populations est remontée à leurs tympans. Avec la réouverture, le Burundi et la RDC, démontrent que cette frontière est un trait d’union inébranlable pour les deux peuples...»
...qui traversent à nouveau le poste frontalier de Kavimvira-Gatumba entre la RDC et le Burundi depuis sa réouverture le 23 février dernier.
Rappelons que la frontière a été fermée depuis décembre 2025 suite à l'offensive rebelle des seigneurs de guerre (AFC/M23).
Auguste DASHIMIYÉ avec la collaboration de Ghislain TINDUDU correspondant en RDC
L'Afrique en marche du 9 mars 2026 No 1133
