L'Editorial de Murielle MENSAH 


Effacer le passé colonial de Savè, la cité pittoresque des trois mamelles. Telle est la vision de cette commune dans le département des Collines. Jusqu'où ira cette commune ? Quelle sera sa source d'inspiration entre les exemples à la Goïta, Traoré du Mali, de Tiani du Niger, de Traoré du Burkina ou même de Sonko du Sénégal? 

L'édile de Savè, Dénis Oba Chabi, avec l'accord du Conseil communal réuni en session extraordinaire en mai dernier, un Comité chargé d’élaborer un projet de dénomination des rues, places et infrastructures publiques en hommage aux figures locales disparues, a été mis en place.

Ce Comité est chargé de proposer une sorte de  ‘’toponymie commémorative’’ pour valoriser le patrimoine historique et culturel de la commune de Savè.

Il faut donner à César ce qui lui appartient et au maire Chabi ce qui lui revient. Par cette vision, le maire de Savè, Dénis Oba Chabi, est déjà promis et même promu à la gloire. Il est incontestable qu'il va marquer d'une pierre, son mandat de six ans qui prend fin en février 2026 en attendant un nouveau mandat ( ne sait-on jamais).

Valoriser le patrimoine historique, ce n'est pas changer de vêtement ou de coiffure. Suffit-il de passer un parfum de luxe pour devenir une nouvelle personne? Suffit-il de changer de nom de rues pour changer une ville ?

En effet, cette décision d'africanisation, en somme un argument de la valorisation du patrimoine africain, suscite déjà un intérêt enthousiaste de fierté dans Savè. 

Dans un Bénin trop politisé jusqu'aux oncles, on espère que  ce créneau ne va pas susciter des débats difficiles ou stériles à arbitrer. 

Mieux, dans un contexte géopolitique et sous-régional prononcé contre la FrançAfrique, on espère qu'il n'y aura pas des manoeuvres de torpille venues de...(Suivez notre regard) 

En effet, quand on parle d'africanisation et de valorisation du patrimoine, le mouvement a été très sismique dans l'AES.


DONNER SUITE À UNE VOLONTÉ...

En effet, Assimi Goïta du Mali, Abdourahamane Tiani du Niger et Ibrahim Traoré du Burkina n'ont pas fait les choses à moitié. Il ont posé des actes forts en matière de changement de rues.

Dans les pays de l'AES, à la place de noms de militaires/généraux et autres figures de proue de la colonisation, on a débaptisé. Ainsi, on n'a plus les boulevards et avenues de Gaulle, Faidherbe ou Montaine, mais Thomas Sankara (le précurseur de la révolution burkinabè) et autres dans une nécessité identitaire et émancipatrice. 

Loin de ce fort élan marqué de l'AES, Savè peut s'inspirer de l'exemple d'Abidjan. En en débaptisant récemment les rues, les autorités en charge du dressage, ont puisé dans le gotha musical. À Abidjan, il y a désormais une rue avec le patronyme "Rue DJ Arafat", en mémoire de l'icône de la musique ivoirienne décédée il y a quelques années.

L'exemple de Ziguinchor avec le maire Ousmane Sonko (devenu 1er ministre du Sénégal en 2024), avec un reflet de l'histoire, de la culture, des lieux géographiques sans oublier une tendance forte des figures locales remarquées.

Cependant, au moment où certains applaudissent Savè, d'autres pensent que le dressage, à l'heure où la croissance urbaine se pose avec acuité, la qualité de vie des habitants est en question, le baptême de rues ne doit pas être une priorité. 

En dépit de tout, que ce niveau d'ambition et surtout cette volonté impulsée depuis les hauteurs sublimes des mamelles de la cité de Savè inspirent d'autres villes du Bénin surtout Cotonou. 


lafriqueenmarche du 24 juin 2024 No 940