L'Union africaine a adopté en 2022 une stratégie continentale en matière d'Économie sociale et solidaire (ESS) Portée par la micro-finance, les coopératives, les mutuelles et les associations, l’économie sociale en Afrique apparaît comme un levier puissant pour le développement local. Cependant, elle reste confrontée à de nombreux défis économiques et institutionnels.
« L'Union africaine a adopté en 2022 une stratégie continentale de promotion de l’Economie sociale solidaire. Elle consiste à inciter les États à intégrer ces structures dans leur planification économique...», fait savoir Ousman Adisa, spécialiste en Economie sociale et solidaire pour planter le décor.
Pour lui : « Sur le plan macroéconomique, l’ESS représente jusqu’à 7 % du PIB dans certains pays d’Afrique de l’Ouest, comme le Nigeria, e Sénégal ou le Bénin...».
Le spécialiste poursuit et mentionne que : « Selon l’Union africaine, plus de 350 000 structures relevant de l’ESS sont recensées sur le continent. Ces structures touchent directement ou indirectement près de 250 millions de personnes. La majorité d'entre elles se retrouve en Afrique de l'Ouest...».
«Dans la partie occidentale du continent, coopératives agricoles, mutuelles de santé, tontines communautaires, entreprises sociales…sont autant d’initiatives qui répondent à des besoins essentiels, tout en favorisant l’emploi, la cohésion sociale et l’autonomisation économique.», le spécialiste en Economie sociale et solidaire, Ousman Adisa pour conclure.
ÉCONOMIE SOCIALE COMME ALTERNATIVE...
Pour Majib Musa, gestionnaire de portefeuille et spécialiste en Économie sociale et solidaire : « Dans un continent où plus de 85 % de la population active évolue dans l’informel, l’Economie sociale et solidaire (ESS) émerge comme une alternative économique viable et inclusive...».
Il martèle encore : « L’Économie sociale et solidaire permet de répondre à des défaillances structurelles. On peut citer l'absence de couverture sociale, faible accès au crédit, marginalisation des femmes et des jeunes, etc. Ce qui démontre que les ESS sont un levier contre les inégalités...
Il analyse encore puis conclut : « Dans de nombreuses zones rurales, les coopératives agricoles permettent par exemple aux petits producteurs de mutualiser les moyens de production, de négocier de meilleurs prix sur les marchés, ou encore de faciliter l’accès à la microfinance.».
...CADRE RÉGLEMENTAIRE ENCORE TIMIDE
Analysant le cadre institutionnel encore timide des ESS, Ruliu Tamiou, expert en stratégies financières déclare que : « La reconnaissance institutionnelle des ESS est encore timide. En effet, bien que plusieurs pays aient amorcé une reconnaissance juridique de l’ESS (comme le Maroc ou la Tunisie), la majorité des États africains ne disposent pas encore de lois-cadres spécifiques. Ce qui fait que les acteurs de l’économie sociale sont souvent exclus des politiques de développement ou de soutien aux PME classiques...».
« Néanmoins, des signaux positifs existent. L'Union Africaine a adopté en 2022 une stratégie continentale de promotion de l’ESS, incitant les États à intégrer ces structures dans leur planification économique.», dit-il pour boucler son analyse.
SURMONTER LES INSUFFISANCES...
Seïdou Musahou, expert en institutions financières : « Le potentiel des ESS reste largement sous-estimé et sous-exploité, en raison du cadres juridiques clairs et harmonisés. Il faut aussi déplorer les conditions draconiennes pour l'accès aux financements publics et privés, du manque de formations spécifiques en gestion et gouvernance, et de visibilité sur les marchés formels...»
Aussi, pointe-t-il du doigt : « L'absence de politiques économiques ambitieuses dans certains États, absence qui freine encore l’essor de ces modèles pourtant porteurs d’inclusion...».
...RELEVER LES DÉFIS
Face à cette situation, l'expert Seïdou Musahiou, appelle à : « Une pleine capacité des ESS, il faut les structurer et professionnaliser comme enjeux à long terme et transformer l’Economie sociale en véritable moteur de croissance...».
Pour lui: « Plusieurs chantiers s’imposent. Il urge que les institutions financières internationales comme la BAD, le PNUD, l'AFD, etc, commencent par accorder une place croissante à ces modèles dans leurs programmes...».
« Les ESS doivent mettre en place des incitations fiscales et favoriser l’intégration numérique pour toucher de nouveaux marchés...», soutient-il encore.
« Il faut également que les Etats inscrivent dans leur Loi de finances et déboursent des fonds dédiés à l’investissement solidaire. Le renforcement des capacités de gestion et de leadership des acteurs de terrain en matière d'ESS doit être aussi pour les Etats africains, une priorité parmi tant d'autres.», analyse l'expert Seïdou Musahiou pour boucler.
Wilfried GBÊGAN correspondant au Nigeria
lafriqueenmarche du 6 août 2025 No 971
