La Chronique internationale de Salifou DIAGNE

Son élection et son identité cristallisent actuellement de fortes tensions politiques et médiatiques en France. Après sa victoire historique dès le premier tour avec l'étendard de l'alliance entre LFI et le Parti communiste, Bally Bagayoko, d'origine malienne est la cible d'un déchaînement d'attaques racistes. Ce déchaînement de haine, n'est-il pas symptomatique du racisme ambiant en France? 

Bally Bagayoko, a organisé une marche contre le racisme à Saint-Denis le 4 avril 2026. Depuis son élection récente, Bally Bagayoko, avec 50,8 % des voix dès le premier tour des municipales, a ravi la ville au Parti socialiste, faisant de Saint-Denis, la plus grande ville de France (plus de 100 000 habitants) dirigée par un maire "insoumis".

Tout serait parti d'une phrase attribuée au nouveau maire : « Saint-Denis était la ville des Rois, maintenant elle est la ville des Noirs ». Ce qui a provoqué une vive controverse, notamment sur les plateaux de chaînes comme CNews et BFMTV. 

Sur les plateaux de ces deux médias, certains commentateurs y ont vu une forme de communautarisme. D'où une vague d'insultes et d'attaques racistes. 

CNews, compare Bally Bagayoko avec des références à une "tribu" et des comparaisons animales (comparaison à un singe ou évoquant une attitude de « mâle dominant.».

Ancien cadre à la RATP et ex-joueur de basket, Bally Bagayoko est souvent présenté par ses soutiens comme l'enfant de Saint-Denis. L'élu a grandi en HLM dans cette ville dont il est aujourd'hui le premier maire noir. 

REPOS DES ROIS, POURSUITE DE REVES 

Avec cette vague de propos racistes contre cet élu, doit-on tergiverser pour nommer la haine qui tend à se dissoudre dans les valeurs de la République et de l'histoire?

On dit de Saint-Denis qu’elle est le repos des rois, mais elle est surtout le réveil des rêves. Et avec l'élection de Bally Bagayoko, c'est la suite du testament qui a lentement commencé en ce qui concerne les postes électifs d'Africains en France depuis quelques années.

Quand certains ne voient dans son écharpe qu’un contraste de couleurs, ils oublient que le tricolore lui-même est né d’un mélange de colères et d’espoirs. 

Avec Bailly Bakayoko, c'est le testament d'une France qui a appris à conjuguer ses racines au futur.

Être maire, ce n’est pas représenter une origine, c’est incarner une destination : celle de l’égalité réelle.

Le bruit qui court aujourd’hui sur les ondes et dans les lettres anonymes, n'est pas le cri d’une force, mais le murmure d’une peur qui refuse de s'éduquer. 

On attaque Bailly Bakayoko parce qu'il est un miroir trop fidèle de ce que les Africains sont devenus. Grâce à eux, la France devient une Nation plurielle qui n’attend plus la permission d’exister à ses plus hautes fonctions.

Le savoir et la fraternité sont leur bouclier. À ceux qui voudraient renvoyer à une "banalisation" de la haine, la France doit répondre fermement.

Car au fond, ce n'est pas le nom Bakayoko qu'ils insultent, c'est la promesse même de la République.

Ce qui est dommageable dans cette affaire, à quand la fin du silence au sommet de l'État du régime Macron contre la haine décomplexée? 

L'Afrique en marche du 7 avril 2026 No 1153