À l’hôtel "Palm Club" de Cocody, votre rédaction y a fait un tour, le 15 juillet dernier. Ce jour-là,  l'ambiance était toujours lourde et les regards fuyants. Que s'est-il passé le jeudi 10 juillet dernier lors de l'arrestation du client, l'illustre journaliste béninois, Hugues Sossoukpè ? Responsables et personnel tentent d'éclairer votre lanterne.

« De loin, j'entends  "Laissez-moi Laissez-moi". Ensuite, les cris persistent encore : "Laissez-moi Laissez-moi"...Alors que je venais de démarrer ma journée de travail cet après-midi-là...», détaille une jeune dame, la trentaine révolue avec une rondeur exquise sans oublier ses nattes bien tressées sur la tête jusque dans le dos. 

« Quelques instants après, je vois notre client qui se débat, mais maîtrisé par six policiers, tous sous la garde d'un officier vu ses galons...», confie-t-elle encore. 

« Tout est allé très vite. Ils sont partis avec notre client avant même que la sécurité de l'hôtel ne réalise ce qui se passait.», dit-elle encore.


TERREUR AU COMBLE...


L'acceuil de "Palm Club Hôtel".


Alors que j'étais abasourdie, trois autres de mes collègues également témoins oculaires, tremblaient de peur, ont donné l'alerte.

« Mais face à des hommes très bien armés et organisés, que pouvons-nous faire ?» 

affirme-t-ielle pour conclure sous le regard d'une autre dame du personnel. 

Celle-ci enchaîne : « Depuis cet enlèvement dans nos murs, on n’arrive plus à bien travailler. Et une fois à la maison, moi particulièrement, je n'arrive pas à dormir. C'est un cauchemar pour nous, car on pensait être à l’abri, dans un quartier sécurisé et dans un hôtel respecté. Soudain, un après-midi, tout s’effondre..». Elle me regarde. 

Elle voulait continuer. Nos regards se croisent. Elle ne dit plus rien. C'est largement 'suffisant pour un personnel encore en état de choc. 

Grâce à des amis, clients fidèles de cet établissement hôtelier depuis quelques années, nous avions pu rencontrer ce personnel. 

Nous sommes à "Palm Club" d'Abidjan, positionné sur le boulevard Latrille, non loin de l'Université "Félix Houphouët-Boigny" avec un emplacement privilégié. 

À seulement 30 minutes de l’aéroport, cet hôtel offre un point de chute idéal pour les voyageurs d'affaires et les familles.

Situé au cœur de ce quartier résidentiel, cossu et huppé de Cocody, cet  établissement de 88 chambres, a toujours été une valeur sûre à Abidjan. Il est à mi-chemin entre tradition ivoirienne et confort moderne, un hôtel qui allie hospitalité, affaires et détente, et qui offre des commodités pour un bon rapport confort/prix. Il se distingue également par la propreté des lieux et la literie de qualité. 

C'edt cet établissement qui a donc accueilli Hugues Sossoukpè. C'est dans ce site hôtelier qu'il a été kidnappé par six policiers sous la férule d'un officier. Pour ne pas traumatiser les prochains clients, nous avons fait la profession de foi de ne pas divulguer le numéro de cette fameuse chambre par Hugues Sossoukpè.

Outre le personnel, on a pu recueillir les impressions de responsables. Comme pour le personnel, il fallait également arrondir les angles et surfer sur l'informel. 

Mais avant, que de jérémiades et de génuflexions. Il ne peut en être autrement. Dans les couloirs de l’hôtel,  on regarde désormais chaque client avec suspicion. On doute de tout visiteur. On fait l'effort de ne pas se méfier des collègues de service.

Après trois rendez-vous annulés, avortés et reportés, le 4 ème fut le bon. Et comme si les planètes étaient alignées, l'un des responsables qui a finalement donné son accord de principe, analyse avec le recul ce qui s'est passé.


.. APRÈS CETTE ARRESTATION ROCAMBOLESQUE



Ici, on a une vue partielle de l'hôtel, vue qui donne sur la piscine


« Le "kidnapping" va laisser des cicatrices profondes, tant physiques qu’émotionnelles.», dit-il pour planter le décor.

« Quand on a été informé, j'ai cru que c'était un "terroriste" qui a pris chambre chez nous. Dans un contexte de guerre asymétrique, la confusion était totale...», mentionne-t-il en plus.

« J'ai quitté précipitamment mon bureau pour m'enquérir de la situation. Dans la panique, tout allait dans tous les sens. Il a fallu les précisions de l'un des techniciens de la sécurité en charge de la vidéosurveillance pour nous donner la bonne information et nous rassurer : "c'est le journaliste béninois"...», raconte-t-il encore.

« Dès lors, mille interrogations fusent. Qu'a-t-il fait ? Était-il recherché pourtant invité  par l'État ivoirien par le biais du ministère du Numérique ? Mille questions taraudent l'esprit de chaque responsable. En un clin d'oeil, tous les responsables présents étions rapidement réunis comme pour une réunion de crise programmée depuis...», fait encore savoir notre interlocuteur. 

« Réunion de crise comme après l'attaque du 11 septembre aux USA ?», ai-je lancé pour détendre l'atmosphère encore chargée d'émotions. 

Cependant, il ne rit pas. Il garde la mine fermée et poursuit: « Et comme Abidjan, tout le monde connaît tout le monde, nos contacts au haut sommet, ont permis d'avoir plus de détails sur les raisons de ce "kidnapping" dans nos murs. C'est ainsi qu'on apprend que Monsieur Hugues faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international à exécuter à tout prix dans nos murs...».

Il raconte que : « Depuis lors, en dépit du calme apparent, il y a une ambiance qui masque cependant, un profond malaise. On tente de reprendre la vie lentement. Cependant, on a encore du chemin...».

« Ici, on sent que le personnel perçoit encore l’écho d’une nuit qui a bouleversé la vie de leur entreprise, le "Palm Club". Mais pour beaucoup, il faudra du temps avant que la peur ne s’estompe....».

Il dit encore : « Ce qu'ils sont venus faire dans un hôtel de référence, est suicidaire. On mettra du temps pour nous en remettre...», tout en tentant d'écraser dans son visage, quelques gouttes de larmes imaginaires. 

Entre-temps, un autre responsable nous écoute,  tout en farfouillant son portable. Il prend la parole et dit: « Face à la situation, nous prenons très au sérieux l’état émotionnel de notre équipe. Et comme nous tenons à notre personnel très averti, nous avons organisé une cellule de soutien psychologique pour eux. Des réunions de débriefing et des formations sur les procédures de sécurité sont en cours. 


RESPONSABLES ET PERSONNEL, MAIN DANS LA MAIN...

« À la question aviez-vous déjà visionné la caméra de surveillance de la chambre de Hugues, des couloirs et du parking ? Que peut-on retenir?...», ai-je voulu savoir.

« Si ! Si ! Cependant, on ne va pas dévoiler dans la presse. C'est No Coment...». Pour ne pas nous donner l'occasion de remuer le couteau dans la plaie, il préfère profiter de notre présence pour égrener les performances de l'hôtel. 

« Depuis des années, on a beaucoup travaillé d'arrache-pied pour atteindre une réputation solide. Par exemple sur le "Booking‑com", l’hôtel obtient une note de 7,1/10. Nous avons un personnel courtois (7,6), une propreté irréprochable (7,9) et un bon confort (7,8) et des infrastructures bien équipées (7,2).», fier de ce passé, mais en colère contre ce "mauvais sort". 

« Désormais, tout est à l'eau. On a du pain sur la planche, car les retours signalent qu'après ce "kidnapping", on doit tout reprendre à zéro...», explique-t-il encore.

Notre premier interlocuteur reprend la parole : « Ce qui s'est passé, n'est pas normal. Au nom de la raison d'Etat, dans un pays qui est à plus de 1000 kms de la Côte d'Ivoire, on est venu jusqu'ici, détruire notre business. Pourquoi ne pas attendre Hugues à l'aéroport et le kidnapper  lors de son retour à Lomé ?»

Responsables et personnel de "Palm Club Hôtel", tentent difficilement de reprendre le cours normal de leurs activités.

Comme on le dit à Abidjan en Nouchi, le patois en vogue : « Face à l'épreuve, le dos d'un seul homme ne peut porter le toit d'une case.».


A.J. N'GUESSAN 


lafriqueenmarche du 20 juillet 2025 No 956