La Chronique internationale de Salifou DIAGNE
Le gouvernement du Mali veut offrir sept milliards de F.CFA pour récompenser les informateurs capables d'aider l'Etat à capturer le patron du Jnim, celui du FLA et autres. Cependant, ne faut-il pas craindre l'asymétrie des priorités et la prime à la fragilisation du tissu social, un tissu déjà soumis au terrorisme ?
Deux milliards de FCFA sont prévus pour tout informateur permettant la capture ou la neutralisation de Iyad Ag Ghaly, chef suprême du Jnim.
1,5 milliard de FCFA : Pour Hamadoun Kouffa (dirigeant de la "Katiba Macina", branche centrale du Jnim) et pour Abdoulaye Mahamadou Bekaye Diallo (alias "Doulé Bib de Nampala").
Un milliard de FCFA sera remis pour la "neutralisation" de Alghabass Ag Intallah, l'une des figures majeures de la rébellion du FLA.
500 millions de FCFA pour d'autres hauts cadres dont Bilal Ag Acherif (secrétaire général du FLA) et Seidane Ag Hitta (chef opérationnel du Jnim).
Au total, l'enveloppe globale mise sur la table par Bamako s'élève à 7,5 milliards de FCFA, répartie selon l'importance des profils recherchés pour leur implication présumée dans des actes terroristes et des atteintes à la sécurité nationale.
Cette annonce qui prend l'allure d'un avis de recherche par le ministère de la Sécurité et de la protection civile, a été diffusée sur la télévision d'État ORTM.
Cette stratégie intervient suite à la récente alliance tactique scellée entre le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (Jnim, affilié à Al-Qaïda) et les indépendantistes touaregs du Front de Libération de l'Azawad (FLA).
DU FRIC POUR VENGER LE SANG DES HEROS
L’or et le sang se disputent désormais le destin du Sahel dans un silence assourdissant. Mettre à prix, pour des milliards de FCFA, la capture des visages du JNIM et du FLA au Mali est un acte de puissance.
Cette somme astronomique pour cet avis de recherche est une force visible impulsée par le prix de la paix.
Évaluer la tête d’un chef de guerre à coups de milliards, c’est transformer la justice en une implacable équation financière.
Face à la violence asymétrique, l’État répond par une guerre d’usure psychologique par le miroir de la terreur où chaque allié de l’ombre devient un traître potentiel.
Mieux, l'Etat tient à venger son ministre de la Défense Sadio Camara tué le 25 avril dernier, celui-là même qui a brillé par son esprit chevaleresque, esprit relatif à l'édifice sécuritaire contre le terrorisme.
Cependant, ne faut-il pas craindre l'asymétrie des priorités et la prime à la délation ?
Ces milliards qui s’affichent sur les avis de recherche font cruellement écho aux besoins bien réels d’écoles, de puits et d’hôpitaux dans les zones désertées par l'État.
Ce chiffre monumental instille le doute, brise les loyautés invisibles et rappelle que l'autorité souveraine dispose d'une force de frappe financière inégalée.
Ces prix liés aux avis de recherche donnent donc le vertige de la démesure.
Mieux, c'est comme on finançait la délation à cette échelle. C’est comme si prenait le risque de fragiliser un tissu social déjà profondément meurtri par les suspicions communautaires.
Cette marchandisation des avis de recherche démontre à plus d'un titre que si la capture d'un homme vaut une fortune, la paix devient une affaire de gros sous plutôt qu'une construction politique durable.
La prime absolue saura-t-elle acheter la fin de l'hydre? Monnayer le sursis d'un système en quête de repères est-elle la solution ?
L'histoire dira si ces milliards auront pu acheter la stabilité ou simplement vont savoir nourrir le mythe de ceux qu'on visait à abattre.
L'Afrique en marche du 06/06/26 No 1195

