Quel est l'impact de la stratégie de la BAD sur la dette publique du continent?
Atténuer activement la crise de la dette publique en Afrique. Telle est la stratégie de la Banque africaine de développement (BAD). Cette stratégie vise à substituer les emprunts commerciaux coûteux par des financements concessionnels, tout en imposant des réformes de transparence budgétaire strictes.
En effet, malgré la stabilisation de la dette moyenne du continent à 58 % du PIB, les hausses de taux d'intérêt mondiaux imposent un coût annuel du service de la dette d'environ 163 milliards de dollars.
Face à cette urgence, l'impact de l'action de la BAD s'articule autour de quatre axes majeurs.
D'abord, il y a le financement concessionnel et la réduction du coût du capital.
En effet, la BAD combat la "prime de risque Afrique" exigée par les marchés privés et préconise les crédits à faible coût. Il s'agit de l'octroi de prêts via le Fonds africain de développement (FAD) à des taux quasi nuls pour éviter les marchés obligataires internationaux prohibitifs.
La BAD recommande l'Effet de levier. Il est question de l'utilisation de garanties partielles de crédit pour aider les États à lever des fonds à des maturités plus longues et des taux réduits.
La BAD mise également sur la Nouvelle architecture financière appelée (NAFAD) qui vise à mobiliser l'épargne institutionnelle africaine afin de lever 4 000 milliards de dollars en capital interne pour réduire la dépendance extérieure.
En deuxième position, la BAD évoque le renforcement de la gouvernance et de la transparence de la dette.
À travers son Plan d'action multidimensionnel pour la gestion de la dette, la BAD cible la gestion interne des finances publiques afin de contribuer à la visibilité statistique. Dès lors, grâce à la BAD, le nombre de pays africains assurant une couverture complète de leurs statistiques de dette est passé de 16 à 26.
S'APPUYER SUR...
La BAD veut un meilleur cadre législatif pour l'Afrique. Dans cette optique, les réformes législatives ont permis à plus de 40 pays africains d'adopter leur loi nationale encadrant l'endettement.
Des pays comme le Ghana et la Zambie ont mis en place des lois interdisant les dépenses extrabudgétaires non validées par le ministère des Finances.
Et pour accompagner ce processus, plus de 1500 cadres d'administrations publiques ont été formés à l'analyse de viabilité de la dette.
Le 3 ème point est relatif à la restructuration et le soutien aux États fragiles. Dans ce cadre, la BAD intervient directement pour débloquer les situations de défaut de paiement.
Grâce au Cadre commun du G20, un appui technique et financier de la BAD, a été accordé à plusieurs pays. On peut citer la Zambie, le Ghana, le Tchad et l'Éthiopie pour accélérer les négociations avec les créanciers bilatéraux et privés.
... UNE VISION INNOVANTE
La BAD soutient une Facilité d'appui à la transition (FAT). C'est un financement spécifique dédié à la gestion des risques de surendettement dans 22 États en situation de fragilité ou post-conflit.
Enfin, la dernière approche de la BAD mise sur le rappel des limites structurelles de son impact institutionnel.
Avec les dettes cachées par exemple, les passifs contingents et les dettes des entreprises publiques restent encore sous-documentés dans plusieurs pays.
Le cas du Sénégal en est une preuve avec à la clé des tensions persistantes, car le pays affiche une dette proche de 132 % du PIB..Ce qui contraint l'État à négocier des ajustements structurels rigoureux avec les bailleurs.
Frédéric TOURÉ correspondant en Côte d'Ivoire
L'Afrique en marche du 24 juin 2026 No 1210

