Le premier gouvernement du président Wadagni marque un tournant stratégique majeur pour le Bénin. À l'analyse, ce gouvernement allie la continuité politique, audace technocratique et rééquilibrage du genre.

Il faut souligner le style Wadagni avec son art de l'équilibre entre plusieurs paramètres pour avoir la performance.

Le Bénin vient de tourner une page de son histoire politique contemporaine avec le départ de Talon.

En installant son tout premier gouvernement, le président Wadagni ne se contente pas de succéder à Patrice Talon.

Il recompose l’architecture du pouvoir exécutif béninois avec des intitulés innovants pour les ministères.

Ce qui permet d'avoir un ancrage politique national, pour un impératif d’efficacité technique et de modernité sociétale.

En clair, cette équipe gouvernementale dessine les contours d'une gouvernance de précision.

PRIME À LA CONTINUITÉ 

Certes, il n'y a plus de ministres d'Etat surtout avec le départ du grand gardien du temple Bio Tchané au Plan et le départ de Didier Tonato au Cadre de vie.  Cependant, il y a la prime à la continuité.

Contre toute attente, il n'y a pas de table rase, le nouveau chef de l'État a choisi de s'appuyer sur les piliers de l'ère Talon. 

Ainsi, on constate le maintien de sept ministres clés de l'ancien exécutif. Ce qui répond à une logique de sanctuarisation des grands chantiers. 

Tout porte à croire que ces visages familiers de l'ancien régime incarnent la mémoire institutionnelle. 

EN OUTRE, il y la présence des technocrates qui est pour rassurer les partenaires techniques et financiers. Cette présence des technocrates garantit surtout que les réformes structurelles en cours ne subiront aucun coup de frein bureaucratique. C'est le choix de la stabilité face aux défis économiques.

L'autre marque de fabrique de ce gouvernement est l'entrée massive de technocrates. Ils ont été formés à l'étranger avec des profils d'Afrique, d'Europe ou d'Amérique. Objectif, permettre aux experts binationaux d'apporter avec eux des méthodes de gestion modernisées. 

SUBTILE ALCHIMIE 

En injectant ce sang neuf, Romuald Wadagni veut déconnecter les contingences électorales locales pour avoir des résultats quantifiables et de l’efficacité sectorielle.

S'agissant du pacte des partis, on aurait pu craindre un gouvernement purement hors-sol, mais la politique a su garder ses droits. 

Les grandes formations de la mouvance présidentielle BR et UPR ont été cassées dans une proportion très limitée même si le président Wadagni s'assure un bouclier législatif indispensable au Parlement. 

Ainsi, les ministres politiques feront le lien avec la base pour gérer le climat social, pendant que les technocrates déroulent les feuilles de route. 

C'est une cohabitation executive sous le signe de la discipline. 

Enfin, il urge de souligner qu'il y a un poste régalien pour les femmes. C'est le ministre des Affaires étrangères. C'est un signal pour le genre. 

Ce poste important ne relève plus ici du simple affichage ou du quota de politesse. 

Le poste de la diplomatie est un  portefeuille régalien stratégique.

Ce poste traduit une volonté de rompre définitivement avec le plafond de verre des postes non régaliens.

On attend le verdict des 100 jours pour apprécier davantage ce premier gouvernement Wadagni qui s'apparente à une machine de guerre administrative bien calibrée. 

Le chef de l'État a réussi à fusionner l'expérience des anciens, l'expertise de la diaspora, la légitimité des partis et la dynamique du genre. 

Il reste désormais à  Romuald Wadagni de faire jouer cette partition hétérogène à l'unisson pour répondre aux attentes sociales immédiates des Béninois.

Stanislas KPADÉ 

L'Afrique en marche du 26 mai 2026 No 1187