Par Salifou DIAGNE

La campagne électorale pour le scrutin présidentiel du 12 avril prochain, démarre ce jour 27 mars 2026, pour une quinzaine. Si aucun Béninois ne doute de la victoire de Romuald Wadagni, durant cette campagne,  femmes, jeunes, influenceurs, musiciens, agents de l'État, hommes d'affaires, acteurs politiques...chacun fera sa campagne. Et si on parlait de la grande kermesse des masques?

En attendant les bulletins de vote et le verdict des urnes le 12 avril prochain, il y a ce grand théâtre à suivre où la comédie humaine va se jouer à guichets fermés.

Si Romuald Wadagni, a déjà présenté son programme de société, derrière lui, chacun fera sa campagne dans celle du candidat. 

HOMMES POLITIQUES,  ces funambules du verbe, vont également promettre au nom de Wadagni, lors des meetings, des ponts là où il n'y a même pas d'eau. 

C'est le moment pour les hommes politiques d'aimer autant le peuple pour ses empreintes digitales.

Dans leur sport favori,  la gymnastique retournée, la conviction d'hier devient l'erreur de demain. Ils feront tout ceci avec le sourire du sauveur providentiel.

JEUNES, cette campagne est une saison de chasse pour eux. C'est la tradition depuis des décennies… Au t-shirt gratuit, le jeune va courir après des promesses d'avenir comme on court après un bus du campus qu’on sait déjà en panne. 

Hier fers de lance, aujourd'hui simples décibels au service d'un cortège, ils vont découvrir que le "changement" est souvent juste un nouveau nom pour le même vieux système.

ET QUE DIRE DES FEMMES ? Les voilà soudainement promues "muses de la Nation". On les flattera, on les drapera de pagnes à l'effigie de..., les transformant en panneaux publicitaires ambulants. 

Elles sont le "cœur" du pays, paraît-il, mais seulement le temps d'un meeting, avant de retourner au silence des cuisines dès que les urnes ont parlé.

AGENTS DE L'ÉTAT, ne seront pas en marge de la kermesse. C'est le moment de pratiquer l'art de la survie administrative. 

Ils vont donc développer une surdité sélective et une soudaine passion, tout en vérifiant discrètement dans quel sens souffle le vent pour savoir à quel nouveau portrait ils devront faire allégeance  pour une promotion dès la victoire sans bavure de Romuald Wadagni est assurée.

QUE DIRE DES HOMMES D'AFFAIRES ? Avec ces discrets architectes du business, l'élection n'est pas un choix, c'est un investissement.

Ils financent le bruit des uns et le silence des autres, sachant qu'au finish, c'est toujours le capital qui gagne. Avant de voter, ils vont facturer. 

ET VOICI LES INFLUENCEURS, ces bergers, qui troquent leurs filtres de peau parfaite contre des filtres de patriotisme. 

Hier, ils nous vendaient du thé détox pour purifier vos entrailles.  Aujourd’hui, ils nous vendent des promesses pour assainir la Nation. 

D’un glissement de doigt (swipe up), ils passent de la promotion d’un hôtel à Dubaï à la défense des oubliés du terroir, avec un engagement à la profondeur d’une story de quinze secondes. 

L'influenceur, durant les deux semaines de campagne, brille et s'efface, et ne laisse derrière lui qu'un écran noir.

ÉCOUTONS LES MUSICIENS, ces troubadours du meilleur offrant. Leurs mélodies, autrefois rebelles, se sont muées en jingles électoraux. 

Le rythme ne bat plus pour le cœur du peuple, mais pour la cadence du chèque. Ils vont chanter le futur en regardant le montant du virement. 

Ils vont transformer l'espoir en un refrain entêtant qui s'évapore dès que les projecteurs s'éteignent.

C'est une symphonie de l’opportunisme où l’on ne vote plus pour une idée, mais pour un logo, une danse TikTok ou un refrain facile. 

Ils chanteront pour le destin commun, car dans l'ombre de ces paillettes numériques, il faut galvaniser les citoyens.

Au finish, « À chacun sa campagne», a tout son sens même si le risque est que le gagnant ne pourra pas donner satisfaction à tous. 

Le cirque de la campagne passera avec le costume changé de certains. Mais en réalité, au fond, elle restera ce moment magique où la vertu sera dans cette pièce pour permettre à chacun après le rideau de changer de costume.

Avant le 12 avril prochain : « À chacun sa campagne.». 

L'Afrique en marche du 27 mars 2026 No 1146