Le président nigérian, Bola Tinubu, a déclenché une vive polémique diplomatique en attribuant la recrudescence du terrorisme et des enlèvements dans le nord du Nigeria à l'effondrement de la sécurité dans les pays de l'Alliance des États du Sahel (AES), à savoir le Mali, le Burkina Faso et le Niger. L'AES n'a pas accepté ce narratif et a répliqué.
Les déclarations de Bola Tinubu lors d'une réunion avec des chefs traditionnels nigérians remontent au 30 juillet 2026. Le chef d'État nigérian a affirmé que l'insécurité au Sahel aggravait directement les difficultés de son pays.
AES, AU BAN DES ACCUSÉS...
Bola Tinubu a soutenu que plusieurs terroristes opérant au Nigeria ne sont pas Nigérians mais originaires des pays frontaliers.
Le président Tinubu a directement imputé la recrudescence des enlèvements et de l'insécurité dans le nord du Nigeria à l'« effondrement » sécuritaire des États du Sahel voisins.
Il a affirmé que de nombreux terroristes opérant sur le sol nigérian n'étaient pas originaires du pays, désignant implicitement les membres de l'AES comme des vecteurs d'instabilité.
Selon lui, la porosité et le manque de contrôle du côté de l'AES facilitent les incursions criminelles et le banditisme transfrontalier.
...ET RÉPLIQUE DES TROIS ÉTATS SAHÉLIENS
Réunis en urgence à Ouagadougou, les représentants de la Confédération de l'AES, ont vigoureusement rejeté ces accusations, qu'ils qualifient d'« inexactes, simplistes et surprenantes.».
Les trois pays ont formellement convoqué le chargé d'affaires de l'ambassade du Nigeria au Burkina Faso pour lui signifier leur profond regret.
Le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, a rappelé que les victoires de l'AES contre les djihadistes protègent également le Nigeria en limitant les mouvements terroristes.
RAPPEL HISTORIQUE
L'Alliance des Etats du Sahel, a souligné que le groupe "Boko Haram" est né et s'est développé au Nigeria bien avant l'expansion du terrorisme au Sahel.
Pour l'AES, les déclarations nigérianes occultent et méconnaissent les lourds sacrifices consentis au quotidien par les armées de l'AES et leurs populations avec des succès profitables au Nigeria.
L'AES soutient que la neutralisation des bases djihadistes au Sahel réduit mécaniquement la mobilité et les capacités de nuisance des groupes armés vers le territoire nigérian.
Donc pour l'AES, l'antériorité de "Boko Haram" ne fait pas de doute. Les diplomates Sahéliens ont rappelé pour finir que le groupe terroriste "Boko Haram" a vu le jour au Nigeria et que le Niger le combat depuis de nombreuses années, bien avant l'expansion actuelle de la crise.
Une manière d'inviter Abuja à ne pas rejeter la responsabilité de ses propres failles sécuritaires. Les autorités sahéliennes appellent désormais Abuja à privilégier des discours de solidarité face à un « ennemi commun », plutôt que des déclarations qui divisent la sous-région.
Face à ce recadrage, le chargé d'affaires nigérian au Burkina a affirmé avoir pris bonne note de la position de la Confédération et s'est engagé à rendre fidèlement compte à ses autorités à Abuja.
Après cette protestation diplomatique officielle suite aux accusations de Bola Tinubu, Abuja va-t-il calmer le jeu ?
Jean-Pierre SAMOU correspondant au Burkina
lafriqueenmarche du 9 août 2026 No 1239

