Paul Biya, président du Cameroun, défend et revendique une idéologie politique intitulée : "Pour le libéralisme communautaire". Mais que recouvre réellement ce concept souvent cité dans les discours officiels, mais encore mal compris du grand public ?

Paul Biya est actuellement à l'étranger à l'entame de la campagne présidentielle pour le scrutin du 12 octobre prochain. 

Son absence a été astucieusement masquée par une interview publiée dans le journal officiel, "Cameroun Tribunes". 

Les ténors du RDPC à la manœuvre ont publié cet entretien présidentiel qui a trait à : "Pour le libéralisme communautaire", cette idéologie du président/candidat qui remonte à 40 ans.


SUBSTANCE D'UNE IDÉOLOGIE...

"Pour le libéralisme communautaire" de Paul Biya. De quoi retourne cette sorte de bréviaire ou d'idéologie ?

Cette doctrine a vu le jour en 1985. Depuis plus de quarante ans, Paul Biya surfe sur cette sorte de bréviaire.

Le terme est apparu en 1985, lors du congrès de Bamenda qui a vu la transformation de l’UNC (Union nationale camerounaise) en RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), le parti au pouvoir. 

Paul Biya voulait alors donner une orientation idéologique claire à son régime, différente du marxisme qui dominait certains pays africains, mais aussi éloignée du libéralisme occidental jugé trop individualiste.

"Pour le libéralisme communautaire" se veut donc une voie médiane pour affirmer la liberté individuelle, mais l’inscrire dans la solidarité collective et les réalités socio-culturelles camerounaises.

Selon les textes fondateurs du RDPC et les discours de Paul Biya, le libéralisme communautaire repose sur la primauté de la personne humaine. Ce  qui fait que chaque citoyen est libre et acteur de son développement.

Ensuite, la communauté doit être considérée comme un cadre d’épanouissement. Dès lors, l’individu ne peut s’accomplir qu’en harmonie avec sa famille, son village, sa communauté.


...ENTRE AUTRES

Aussi, cette doctrine met en exergue l'économie de marché régulée sous le parapluie de l’État qui encourage l’initiative privée et l’entreprise, mais garde un rôle de régulateur pour éviter les excès.

En outre, la justice sociale est aussi de mise. Elle permet de réduire les inégalités régionales et sociales grâce à la redistribution et aux programmes publics.

Enfin, la tolérance et le pluralisme sont aussi des axes importants. Ce qui permet d'accepter la diversité culturelle et linguistique du Cameroun, qui compte plus de 250 ethnies.


ENTRE RÉALITÉ ET ILLUSIONS...

Dans la pratique, beaucoup d’analystes estiment que le libéralisme communautaire reste davantage un slogan politique qu’un véritable projet économique et social structuré. 

Ses principes ont rarement été traduits en réformes concrètes et mesurables.

Certains opposants y voient même une formule destinée à donner une légitimité idéologique à un régime présidentiel hyper-centralisé, sans véritable contre-pouvoir.

40 ans après son lancement, le concept continue pourtant d’être mis en avant lors des congrès du RDPC, les discours présidentiels et les programmes officiels. 

Pour ses défenseurs, il s’agit d’une "idéologie adaptée" aux réalités africaines, qui refuse à la fois le collectivisme rigide et l’individualisme excessif.

Pour ses critiques, le libéralisme communautaire est un mot d’ordre flou, utilisé comme outil de propagande plus que comme boussole de gouvernance.

Avec l'absence de Paul Biya (actuellement à l'étranger) à l'entame de la campagne présidentielle pour le scrutin du 12 octobre prochain, le débat et ses controverses par rapport à cette idéologie du président/candidat sont plus que d'actualité.


Enerst DJONKEP depuis Yaoundé


lafriqueenmarche du 1er octobre 2025 No 1019