Pour une fois depuis le meeting "électrique" Du Pastef où Sonko a mis le "feu au pouvoir", rare était les occasions d'entente entre le président Bassirou Diomaye Faye et son premier ministre, Ousmane Sonko. Mais dans le cas d'espèce relatif aux incidents lors de la finale Sénégal-Maroc, les deux "têtes nucléaires" de l'exécutif de ce pays semblent être sur les mêmes diapasons face au Maroc. 

Le président Bassirou Diomaye Faye, a été le premier à tracer les sillons de l'apaisement avec le Maroc après cette finale baroque de la Can. C'était le mardi 20 janvier 2026 à la présidence de la République, lors de la cérémonie solennelle de gratitude de l'État sénégalais pour honorer les "Lions de la Teranga", revenus victorieux de Rabat. 72 h après la déclaration du président Faye, son premier ministre Ousmane Sonko, a également abondé dans le même sens. En effet, le premier ministre sénégalais, a aussi appelé à l'apaisement après la finale de la Can contre le Maroc, le dimanche 18 janvier 2026, dans le but de désamorcer les tensions survenues après ce match. 

Face aux débordements et aux échanges houleux sur les réseaux sociaux et dans l'opinion publique, Ousmane Sonko, a exhorté les supporters et les citoyens à la retenue et à « dépassionner cet épisode.». Ousmane Sonko a révélé qu'il s'est entretenu avec son homologue marocain pour réaffirmer la solidité du partenariat historique entre les deux Nations. Il souligne que l'incident ne devrait pas gâcher les relations bilatérales entre le Maroc et le Sénégal.

Ousmane Sonko a annoncé qu'il serait lundi prochain 26 janvier 2026 à Rabat pour la Commission mixte entre les deux pays. À cette occasion, il rencontrera son homologue marocain. Le gouvernement sénégalais, par la voix de son premier ministre, a assuré suivre attentivement la situation des ressortissants sénégalais au Maroc et a appelé à la vigilance face aux fausses informations qui circulent. Cette intervention vise à ramener le calme et à préserver l'amitié de longue date entre le Sénégal et le Maroc, une amitié qui doit mettre l'accent sur l'esprit sportif et la fraternité entre les peuples.

UNE PREMIÈRE DEPUIS...

À titre de rappel, avec ce dossier Maroc/Sénégal, c'est l'une des rares fois, où le président de la République, Bassirou Diomaye Faye et le premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, partagent publiquement une ligne non divergente.

Remontant dans le temps, le samedi 8 novembre 2025, Ousmane Sonko, chef du parti Pastef, a rassemblé une foule impressionnante à Dakar pour un géant meeting. Ce dernier, a davantage creusé le fossé entre le président Faye et son  premier ministre. «Ceux qui pensent qu’ils peuvent trahir l’esprit du changement seront démasqués.», avait lancé Ousmane Sonko sous les acclamations de la foule lors de ce  "Téra-meeting", organisé par le Pastef et qui a réuni plusieurs dizaines de milliers de militants venus de tout le pays.

Officiellement, il s’agissait d’une démonstration d’unité et de mobilisation citoyenne. Mais en coulisses, ce meeting a révélé un message politique plus tranchant qui semble avoir ravivé les tensions au sommet de l’État.

En effet, à ce meeting, Ousmane Sonko, a délivré un discours offensif sans filtre. Devant une marée humaine, le premier ministre, a prononcé un discours au ton combatif, dénonçant les lenteurs administratives, la corruption persistante et certaines "trahisons internes".

Il a aussi promis la transparence totale sur la dette cachée et s’en est pris à certains acteurs du système qu’il accuse de saboter les réformes. Après ce rassemblement, de nombreux membres du gouvernement, restés fidèles à Sonko, parlent au contraire d’un rassemblement patriotique, nécessaire pour relancer la ferveur populaire autour du projet Pastef.

RÉPONSE DU BERGER À LA BERGÈRE 

En guise de réponse, du côté du président Bassirou Diomaye Faye, une sorte de malaise et de crispations semble en être le concentré du chef de l'État.

Plusieurs observateurs ont vu dans ces propos du premier ministre, une attaque voilée contre des figures proches du président Bassirou Diomaye Faye, avec qui Sonko partage pourtant le pouvoir. Dans le camp présidentiel, le ton du meeting, a été mal perçu. Ce meeting a donné l'impression que Sonko, a voulu reprendre politiquement la main, tout comme s’il était en permanente campagne à un moment où des divergences s’accentuent sur la gouvernance du pays.

FOSSÉ BEAT DANS LE CAMP PRÉSIDENTIEL 

Après ce meeting qui a fait d'importants dégâts dans les deux camps du pouvoir, on a eu les tournées politiques des deux têtes de pont de l'exécutif.

C'est ainsi que le président Bassirou Diomaye Faye, a séjourné durant des jours à Ziguinchor (fief de Sonko). Après, Ousmane Sonko,  en guise de réplique a également séjourné à Kaolack (bastion électoral de Bassirou Diomaye Faye). À ces deux occasions, chacune des deux personnalités a fait la démonstration de force. Et au-delà des discours, il faut reconnaître leur puissance de mobilisation.

Mais lors du séjour de Sonko à Kaolack, on a vu plus de foules, de chants et slogans à sa gloire. Il n'y a pas de doute, Sonko reste l’homme fort du Pastef et conserve une légitimité populaire que peu de figures politiques peuvent égaler au Sénégal aujourd’hui.

Cependant, cette force populaire pourrait devenir une épée à double tranchant. En effet, si ce séjour à Kaolack renforce Sonko dans le rapport de force interne, elle peut être interprétée comme une pression directe sur le président Faye, voire comme une tentative de repositionnement politique.

En effet, la cohabitation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, présentée au départ comme un modèle de loyauté et de fraternité politique, semble aujourd’hui entrer dans une phase de méfiance silencieuse. Si le président garde les leviers institutionnels en tant que président de la République, Ousmane Sonko, en plus de son titre de 1er ministre, détient en plus, les rênes du parti avec sa puissance politique de feu. Et dans un contexte économique tendu, où la population attend des résultats rapides, cette rivalité pourrait peser lourdement sur la stabilité du pouvoir.

Le véritable risque, c’est que la double légitimité populaire pour Sonko, institutionnelle pour Faye devienne un duel.

Loin de cette atmosphère de méfiance, la réponse étatique du Sénégal face au Maroc, démontre que les lignes de fracture au sein du pouvoir, entre la présidence de la République (qui veut plus de discipline), et la primature (qui revendique plus d’autonomie politique), se tassent. L'accalmie va-t-elle durer entre les deux personnalités après le dossier relatif à la finale de Can ?

Arouna AMADOU depuis le Sénégal.

L'Afrique en marche du 25 janvier 2026 No 1101